Tentative d’hypnose collective au Montreux Jazz Festival

Critique The Cinematic Orchestra ou Yello, jazz planant ou disco dandy, valaient mieux mercredi que le set DJ de Keytranada.

Dominic Marshall, claviériste du groupe anglais The Cinematic Orchestra, dirigé par Jason Swinscoe, mercredi 12 juillet au Montreux Jazz Festival.

Dominic Marshall, claviériste du groupe anglais The Cinematic Orchestra, dirigé par Jason Swinscoe, mercredi 12 juillet au Montreux Jazz Festival.

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Est-ce le comble du snobisme que d’inviter un producteur vedette, un génie du remix, un façonneur de sons courtisé de toutes parts – Alicia Keys notamment – à se produire sur scène pour un DJ set servant d’échauffement à la soirée qui s’ensuit? Kaytranada, Louis Kevin Célestin de son vrai nom, 25 ans le mois prochain, c’est ce fascinant créateur remoulant avec talent la pop contemporaine, qu’on a pu écouter mercredi au Montreux Jazz Festival dans un Auditorium Stravinski vaguement concerné par ce qui se tramait sur scène.

Les plus belles jantes du monde

Les breaks beat s’enchaînent subtilement, les gimmicks sont soigneusement exploités et les références abondent – acid jazz, be-bop, funk, hip-hop, house, trap. Le petit gars tout simple, seul face au public derrière ses machines s’affaire en honnête artisan sur son catalogue préféré. «Au cas où, c’est fait pour danser…», indique-t-il tout de même. Mais comment demander plus à la foule éparse, alors que la nuit n’est encore qu’une vue de l’esprit? Sans les corps moites, sans la fête, l’ensemble ressemblait à l’animation select d’un apéro d’après régate.

Une bonne ration de dandysme compenserait-elle ce mauvais départ? Un étage plus bas, au Lab, le duo zurichois Yello, emmené par l’impeccable Dieter Meier, élégant crooner portant la moustache comme d’autres la chevalière, officiait à la revue du répertoire maison. Electronique et disco, latino sur les bords, roublard au milieu: tout Yello devant une foule assez attentive pour se laisser happer par ce déferlement d’idées hétéroclites. Comme on faisait tourner les tables jadis, Yello – c’est son péché bourgeois d’esthète d’aujourd’hui – fait tourner la vidéo dingo d’une caméra Go Pro fixée sur une roue de voiture. Côté pile, on contemple le paysage qui part à la renverse dans un tourbillon de couleurs; côté face, on admire une collection de jantes, sans nul doute les plus belles du monde. Et le son lourd, mêlant house et percussions afro, pulse dans les tempes. L’hypnose opère un temps, même court. Pure illusion.

Encore un effort, on y est presque

Revenu à l’Auditorium Stravinski, The Cinematic Orchestra entamait à son tour une manœuvre autrement plus complexe. Du jazz, on entend la matière vibrante, on apprécie les notes parcimonieuses sondant le bois, le cuivre et les peaux pour en extraire une intime rondeur. De l’électronique, on gagne cette ouverture sur de longues plages alanguies, ambient cosmique roulant sur une batterie rapide. Ici la basse, plus loin les claviers, puis encore la guitare: l’ensemble compose un paysage d’absences et de présences, tapis moiré traversé de saillies presque violentes. Le saxophone ténor lance un thème, l’enregistre, se met en boucle, ajoute un son, un autre… Jusqu’à ce maelström final qui lance l’orchestre, pour de bon. Seconde hypnose de la soirée, cette dernière a demandé un temps d’écoute plus long. Il faut accepter les pauses entre les morceaux, analyser un minimum la musique, D’un effort supplémentaire, cependant, l’effet gagne en intensité. Et c’est l’ivresse, enfin. Même si, ce soir-là, on n’est pas revenu avec la gueule de bois…

(24 heures)

Créé: 13.07.2017, 15h18

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