Pont-de-Nant et Ovronnaz, fruits de la passion botanique

NatureFrançois Bonnet dans le tendre jardin alpin La Thomasia (1260 m), Marie-Jo Maillard sur le superbe sentier menant à la Seya (2182 m), ont le même but, faire connaître leurs amies les fleurs.

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Il y a deux jours, Marie-Jo Maillard était au bord des larmes. Pourtant, cette botaniste autodidacte passionnée était en pleine préparation de l’ouverture officielle – dimanche 16 juillet – de «son» sentier botanique, sur la Seya qui domine Ovronnaz. Et elle était cernée de toutes parts par les fleurs qu’elle adore: arnicas, gentianes jaunes, pourpres, asters, joubarbes et Cie.

Alors, pourquoi ces moments de tristesse à plus de 2000 m d’altitude? Parce qu’elle venait de découvrir des fleurs piétinées, arrachées, des parcelles fleuries couvertes de bouses de vaches, des bancs retournés, ses panneaux cassés et des tronçons de sentier souillés. Pourtant, elle avait reçu un soutien solidaire et financier de tout un monde, de la Commune de Leytron aux sociétés locales – très généreuses et convaincues – en passant par les bénévoles, pour concevoir, aménager et préparer ce sentier. On sait combien, aujourd’hui, pour les stations, l’ouverture et l’accès à la nature estivale sont importants d’un point de vue touristique.

Mais il reste des récalcitrants et il a suffi d’une personne, le locataire de l’alpage - un Vaudois de Château-d’Œx! – pour que l’atmosphère change. Il ne respecte pas les règles fixées, il fait paître ses vaches en des lieux qui devaient être préservés, et ne veut rien entendre. Il faudra donc à Marie-Jo Maillard beaucoup de vaillance, et encore un vrai soutien pour tenir bon cet été, réparer ce qui peut l’être, en espérant que cet empêcheur de vivre en bonne entente s’en aille au plus vite brouter loin de ce bijou de sentier.

«La Seya, notre Cervin à nous»

Heureusement, si deux tronçons sont touchés, et seront sans doute fermés momentanément, il reste plusieurs kilomètres enchanteurs qui invitent à la découverte de plus de deux cents espèces de fleurs d’ici. «J’observe la nature de la Seya depuis de nombreuses années, et il y a trois ans, j’ai commencé, pour ce projet, à photographier, identifier, répertorier la flore. Cette montagne est d’une richesse folle en raison de son orientation aux quatre points cardinaux et des différents substrats qu’on y trouve. Dans mes rencontres avec les gens de passage, j’ai pu vérifier l’immense intérêt du public pour la flore, alors je n’ai eu que du plaisir à réaliser, avec l’aide de beaucoup de monde, ce projet sur cette Seya qui est un peu notre Cervin à nous.»

La conception du sentier est épatante: des panneaux interactifs avec des QR codes, des photos nombreuses et de qualité, des informations générales, des bancs bien placés, et ces cinq grands livres posés sur des lutrins en pleine montagne. Ils sont en métal, lourds mais très maniables, et livrent mille informations sur ce qui s’offre à la vue du passant. Les feuilleter en contemplant l’exceptionnelle poussée d’arnicas de cette année, en apprenant l’existence d’anémones à fleur de narcisses, ou de géraniums blancs, en saluant une foule de gentianes jaunes, d’orchis vanillés, est un vrai plaisir. Et là-bas, trois marmottes, un chamois, quelques oiseaux qui se croient discrets dans le mélèze, disent la richesse de la nature environnante. Allez-y, c’est le moment, le panorama est superbe, la floraison est à son apogée et la Seya est bien plus facile à gravir – c’est un grand mot, aucun danger nulle part – que le Cervin!

Les arnicas en folie

Au retour d’Ovronnaz, petite halte chez François Bonnet, pour se laisser prendre par les finesses de La Thomasia, le jardin alpin de Pont-de-Nant, à quelques kilomètres au-dessus de Bex. Paysage enchanteur, comme à Ovronnaz, mais ici, c’est en creux, on est entouré par la majesté des rochers et des sommets. La Thomasia, sas d’entrée en pleine réserve naturelle, c’est minuscule et immense à la fois, car on y trouve des plantes et leurs fleurs de la terre entière. François Bonnet est jardinier-botaniste, la nature est sa passion. Là, il vient d’arrêter son regard sur trois insectes en pleine extase sur un chardon bleu des Pyrénées.

La veille, il était du côté du col des Pauvres, et il y a vu, comme Marie-Jo à Ovronnaz, les arnicas en folie. Depuis quinze ans, à Pont-de-Nant, il veille avec nuances – «il ne faut pas trop désherber, la nature sait ce qu’elle fait, les plantes nous montrent ce qui leur est nécessaire» – sur la belle harmonie de son jardin. On s’arrête auprès des primevères du père Vial, on salue le pavot bleu de l’Himalaya, on s’en va en Afrique du Sud pour regarder à la loupe une minuscule créature à double éperon, et on s’imprègne du bleu envoûtant du panicaut des Alpes.

Ici aussi, c’est le bon moment pour une visite, les fleurs sont encore là. Il faut passer par là-haut pour poser des questions à François Bonnet qui voit passer beaucoup d’Anglais, d’habitants de la région attachés à La Thomasia, de fidèles qui ne se lassent pas des réponses de celui qui se considère comme un passeur. Il a cueilli récemment, au cours de ses balades, du cerfeuil musqué dont il a fait un sirop excellent, on a eu le privilège de le goûter. Marie-Jo Maillard, à Ovronnaz, mériterait bien de voir quelqu’un arriver avec une bouteille de sirop, de douceur, pour elle qui offre toutes ses amies les fleurs au public. (24 heures)

Créé: 15.07.2017, 10h50

Se balader en s’instruisant

Y aller

Ovronnaz. Sentier botanique «Mille fleurs» de la Seya (2182 m)

Pour s’y rendre: à Ovronnaz, prendre le télésiège de Jorasse, puis suivre les panneaux indicateurs. C’est un sentier de montagne accessible aux familles et enfants, bien sécurisé, même s’il faut de bonnes chaussures de montagne. Le petit parcours, sur 4,5 km, dure en gros 1 h 50. Mais de nombreuses haltes sont à prévoir auprès des panneaux et des jeux. Le grand parcours, sur 8,3 km, dure 3 h 10. Infos: 027 306 42 93

Pont-de-Nant. Jardin alpin La Thomasia (1260 m)

Pour s’y rendre: de Bex, suivre Les Plans-sur-Bex puis les indications. La Thomasia a fêté ses 125 ans l’an dernier. Deux mille plantes alpines y sont bichonnées. En ce moment, exposition de photographies de Mario Del Curto. Et puis, juste à côté du jardin, on peut manger, fort bien, à l’Auberge de Pont-de-Nant.

Infos jardin: 024 498 13 32 ou www.botanique.vd.ch. Info Auberge: 024 498 14 95

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