Le retour triomphal d’un chef-d’œuvre

ScèneCréé en 2004, «Eraritjaritjaka - Musée des phrases» d’Heiner Goebbels est repris dès ce soir à Vidy. Après douze années de tournée internationale.

Grâce aux techniciens de Vidy qui ont assuré la production de la tournée, le spectacle imaginé par Heiner Goebbels en 2004 a été joué par André Wilms sur quatre continents en douze ans.

Grâce aux techniciens de Vidy qui ont assuré la production de la tournée, le spectacle imaginé par Heiner Goebbels en 2004 a été joué par André Wilms sur quatre continents en douze ans. Image: MARIO DEL CURTO

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Une aventure exceptionnelle se boucle ces jours-ci à Vidy. Après avoir traversé quatre continents et avoir été joué plus de 140 fois dans 22 pays – attirant près de 44 000 spectateurs au plus fort de son exploitation entre 2004 et 2007, plus de 60 000 au total –, le spectacle Eraritjaritjaka - Musée des phrases, créé par le compositeur et metteur en scène allemand Heiner Goebbels il y a douze ans à Lausanne, est repris jusqu’à samedi dans le théâtre lausannois. Un chef-d’œuvre multiprimé et joué dans les plus grands festivals qui mêle musique, voix, mouvement, design et vidéo; un événement qui constitue peut-être la dernière occasion de découvrir ce monde «critique et poétique», inspiré par les observations d’Elias Canetti, avec l’acteur André Wilms et le Mondriaan Quartet.

«Comme toutes les aventures menées par Goebbels à Vidy, Eraritjaritjaka a eu une destinée assez remarquable, reconnaît le directeur Vincent Baudriller. C’est rare de voir un spectacle voyager aussi loin et aussi longtemps.» Habituellement, un succès scénique circule deux ou trois ans, jusqu’à ce que les artistes se retrouvent aspirés par d’autres projets. Avec Goebbels, avec la dimension «universelle» mais aussi la distribution réduite de ses projets – qui font une place importante à la musique –, les compteurs explosent par-delà les frontières linguistiques. Le solo Max Black est en tournée depuis 1998! Avec les quatre autres spectacles de l’Allemand toujours au catalogue de Vidy, ce succès mobilise presque une équipe permanente au sein du théâtre.

Nicolas Bridel, en tournée depuis 2004

«Au fil des ans, un long compagnonnage s’est développé avec Heiner Goebbels», confie Nicolas Bridel (58 ans). Régisseur général de Vidy, celui qui s’est formé au Théâtre des Osses, à Givisiez, dans les années 1990 et a voyagé jusqu’à 150 jours par an jusqu’à peu, lorsqu’il était encore responsable de tournée, a accompagné Eraritjaritjaka aux quatre coins du monde depuis 2004. Avec, à ses côtés, pour chaque étape, huit techniciens, une administratrice, l’équipe artistique ainsi que le caméraman qui assure les séquences filmées, parties prenantes d’un spectacle qui questionne le pouvoir des images sur celui des événements en direct. Il y parvient grâce à un dispositif reposant sur des astuces techniques (tenues secrètes) mises en œuvre pour troubler la géographie des lieux, pour créer la continuité qui finit par perturber les sens et la logique spatiale.

«Quand on est en tournée, c’est naturellement très intense. Il faut parer à toutes les urgences, trouver des solutions pour assurer le spectacle quand le décor n’a pas été livré à temps ou que la technologie défaille, résume le régisseur. Mais, dans une telle aventure, le plus passionnant commence, en fait, au moment de la création. Heiner Goebbels est un artiste qui associe très tôt les techniciens, réclame qu’on lui fasse des propositions, mène de vrais ateliers de recherche. Participer à ce processus créatif d’expérimentation devient très gratifiant.»

Plus tard, quand le spectacle doit être monté à la hâte à l’étranger, connaître toute la genèse du projet devient un avantage non négligeable, assure le Lausannois. «Goebbels est l’un des rares metteurs en scène où la vidéo est utilisée intelligemment. Au final, on oublie la performance technique, mais la technologie reste essentielle à ses créations, et tout est réglé comme un ballet.» De quoi donner des sueurs froides en coulisses quand, à quelques heures d’une représentation, un appareil vieux de quinze ans ne s’allume plus ou quand un container envoyé depuis l’autre bout du monde n’arrive pas à temps.

«Vive le système D!»

«Les décors vieillissent, l’électronique fatigue. Des frayeurs, en douze ans, on en a eu un certain nombre, s’amuse Nicolas Bridel, mais on a toujours réussi à assurer les représentations.» Même quand une tempête a noyé le décor, acheminé par bateau vers New York, il y a quelques années. Ou qu’un vol a privé toute l’équipe de ses ordinateurs, comme en Allemagne quelque temps plus tôt. «Vive le système D!» Et la bonne préparation. Pour garantir le rythme et les contraintes des tournées, le décor a été construit en deux exemplaires.

«En douze ans, on a juste changé le projecteur car l’évolution technique a été conséquente dans ce domaine, résume Nicolas Bridel. Tout le reste est «d’origine». C’est comme cela que l’on a réussi à conserver l’esthétique voulue par Goebbels au moment de la création de ce spectacle que l’on se réjouit de montrer de nouveau à Lausanne.» (24 heures)

Créé: 17.05.2016, 10h52

Lausanne, Théâtre de Vidy

Ma 17, me 18, ve 20 et sa 21 mai (20 h)
Rés.: 021 619 45 45
www.vidy.ch

Régisseur général de Vidy, Nicolas Bridel a coordonné durant des années l’équipe technique qui a suivi les créations de Goebbels à travers le monde.
(Image: PHILIPPE MAEDER)

Les tournées, le pari payant de Vidy

Eclairage En prenant les rênes du Théâtre de Vidy, il y a deux ans, Vincent Baudriller savait qu’il allait passer une partie de son temps sur les routes. Pour découvrir des spectacles et rencontrer les artistes; pour accompagner, aussi, les créations de Vidy qui voyagent à travers le monde et portent loin son étendard. C’est d’ailleurs l’intense activité liée à la production qui a, entre autres, convaincu l’ancien directeur du Festival d’Avignon de poser ses valises à Lausanne. Car, si Heiner Goebbels, avec cinq spectacles actuellement au répertoire, constitue une exception, de nombreuses créations coproduites par Vidy finissent régulièrement par jouir d’un destin international.

D’ici à la fin de la saison, trois spectacles maison seront, par exemple, à l’affiche à du Théâtre de l’Odéon à Paris. Chaque année, quatre ou cinq circulent intensément. «Les tournées se sont développées de manière importante sous la direction de René Gonzalez, rappelle Vincent Baudriller. Elles font véritablement partie de l’identité et du savoir-faire de Vidy, qui, avec 200 dates par année, constitue l’un des théâtres européens qui tourne le plus.» Grâce aux grands noms attachés au lieu ou
à son histoire: des Jacques Lassalle, Bob Wilson, Luc Bondy, Peter Brooks avant, des Matthias Langhoff, James Thiérrée, Martin Zimmermann, Thomas Ostermeier encore aujourd’hui.

Dans le budget global du théâtre, cette activité constitue 12% des dépenses et des recettes. De quoi générer, aussi, des profits substantiels? «Un théâtre public n’est pas dans une logique commerciale, rappelle Vincent Baudriller. Chacune de ces aventures est avant tout un pari artistique.»

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