L’union libre entre l’Arsenic et Vidy s’est avérée foisonnante

ScèneLes deux théâtres lausannois ont bouclé, dimanche, la 2e édition de Programme Commun sur un bilan positif.

Phil Hayes, Maria Jerez et Thomas Kasebacher ont imaginé une performance pleine d’imagination qui s’amuse du passé, au présent.

Phil Hayes, Maria Jerez et Thomas Kasebacher ont imaginé une performance pleine d’imagination qui s’amuse du passé, au présent. Image: DR

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La prise de risque a été forte. Le pari s’est avéré gagnant. Avec 7200 entrées comptabilisées pour l’ensemble de la manifestation, la 2e édition de Programe Commun – le minifestival piloté par les théâtres de Vidy et de l’Arsenic – a réussi à plonger le public dans le maelström de la création scénique contemporaine. D’ici ou d’ailleurs, et malgré parfois des conditions de réception pas toujours idéales: à Vidy, avec des horaires de spectacles se chevauchant, il a fallu composer certaines représentations avec la bande-son d’autres.

Côté compteurs, les chiffres sont dans la droite ligne de la première édition. Le rendez-vous culturel a attiré 134 professionnels (essentiellement des directeurs ou programmateurs, dont 78% provenant de l’étranger). Avec un taux plus élevé de projets nouvellement créés ou tout juste dévoilés – près de la moitié sur les 16 rencontres artistiques programmées 54 fois durant neuf jours –, les directeurs Vincent Baudriller et Sandrine Kuster n’ont toutefois pas hésité cette année à attiser les débats. Artistiques, avec des propositions parfois encore en phase de développement ou d’autres à la recherche de nouveaux langages scéniques, comme celles de Miet Warlop et sa performance plastique surréaliste ou celle de Marlene Monteiro Freitas et sa danse pantomimique surprenante (quoique interminable).

Débats artistiques et politiques

Durant deux semaines, les débats ont été artistiques. Politiques aussi, avec des spectacles qui ont questionné nos héritages culturels (Thomas Ostermeier et Séverine Chavrier), notre rapport à l’Afrique (Marielle Pinsard et Milo Rau), la capacité de l’art à éveiller les consciences ou, plus simplement, l’engagement de l’artiste (El Conde de Torrefiel, Kristien de Proost). Sans oublier, bien entendu, quelques ovnis, parmi lesquels la pièce décalée emmenée par Phil Hayes – Legends & Rumours, sur la possibilité de rehausser d’épique l’action passée la plus insignifiante. Ou le très abouti Inaudible, pièce chorégraphique présentée par Thomas Hauert à Sévelin 36, autour de la part d’interprétation propre à chaque créateur, à chaque œuvre.

«Sandrine et moi sommes tous les deux sensibles au travail d’artistes engagés dans le monde dans lequel ils vivent»

«A l’heure du bilan, on ne peut que s’avouer heureux, a réagi, lundi, Vincent Baudriller. Sandrine et moi sommes tous les deux sensibles au travail d’artistes engagés dans le monde dans lequel ils vivent, qui posent des questions sans nécessairement asséner des réponses. A ce niveau, Programme Commun a amené son lot de propositions, souvent très intéressantes et qui ont emprunté des chemins formels originaux.» Parfois réussis, d’autres moins.

Autour des questions écologiques, les faiblesses dramaturgiques de l’inventif Blanche/Katrina n’ont pas réussi à dénouer tous les fils ni à transcender les questionnements de Fabrice Gorgerat sur nos responsabilités face aux catastrophes naturelles. Le passionnant essai de la Compagnie El Conde de Torrefiel – sur le paysage, la scène et les tentatives d’investir le discours intellectuel ou le militantisme – a souffert, quant à lui, d’être présenté sous le chapiteau. Avec un plateau au pied du public, l’épaisseur textuelle de ce théâtre de lecture a pesé sur la finesse esthétique déployée par des tableaux très minimalistes.

Rendez-vous en 2017

La recherche plus expérimentale de Thom Luz sur le dérèglement climatique marquera, par contre, longtemps les esprits. Construite autour de quatre musiciens qui triturent leur instrument, des bandes d’enregistrement magnétique et des ballons de baudruche, sa métaphore musicalo-météorologique mérite encore des ajustements. Mais son ballet sonore et visuel n’en reste pas moins très hypnotique. Et pointe avec beaucoup d’intelligence l’étrangeté dans laquelle l’humain se dépêtre. Avec le dérangeant Compassion, l’histoire de la mitraillette, de Milo Rau, cet Unusual Weather Phenomena Project restera l’un des grands moments de l’édition 2016 de Programme Commun. De quoi se réjouir déjà de l’année prochaine: le rendez-vous est pris du 23 mars au 2 avril 2017.

Unusual Weather Phenomena Project de Thom Luz restera l’un des grands moments de l’édition 2016 de Programme Commun. (24 heures)

Créé: 21.03.2016, 18h46

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