Denis Maillefer et Natacha Koutchoumov doivent lancer la nouvelle Comédie

ThéâtreRencontre à Genève avec les deux co-directeurs fraîchement adoubés et coup de projecteur sur leur vision d'avenir.

En route! Avec le chemin de fer en arrière-plan, la loco Natacha Koutchoumov-Denis Maillefer sifflera début 2020 le déménagement de la Comédie du boulevard des Philosophes à la gare des Eaux-Vives du CEVA.

En route! Avec le chemin de fer en arrière-plan, la loco Natacha Koutchoumov-Denis Maillefer sifflera début 2020 le déménagement de la Comédie du boulevard des Philosophes à la gare des Eaux-Vives du CEVA. Image: GEORGES CABRERA

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Ils ont à charge de lancer le vaisseau de la nouvelle Comédie: rien de moins. Et de redessiner ce faisant la carte théâtrale non seulement de Genève, ni même de la Romandie, mais, qui sait, au-delà des frontières suisses. Soudé, les deux têtes sur les quatre épaules, le duo ne se laisse pas démonter par l’ampleur de sa tâche. S’il l’accomplit, il devra sa réussite à ces qualités du terroir que sont la simplicité et l’entrain. Natacha Koutchoumov et Denis Maillefer se présentent à nos lecteurs.

A J + 3 de votre nomination, comment vous sentez-vous?
Natacha Koutchoumov: Heureuse, avec un sentiment de responsabilité chevillé au corps. Le travail, lui, a commencé à J + 1 heure!
Denis Maillefer: Déjà à J – 9 mois! Outre le bonheur et la responsabilité, je ressens du plaisir et de la fierté.

Etes-vous surpris par l’enthousiasme unanime que soulève votre nomination?
N.K.: Très agréablement surprise! Je m’étais préparée à des réactions plus divisées. Il semble qu’on accueille positivement nos profils différents, à Denis et à moi, qui redoublent notre palette esthétique allant du classique au plus expérimental.
D.M.: Je crois qu’une certaine courtoisie est de mise lors d’une nomination qui conclut une procédure aussi longue et sérieuse. On se dit: laissons-les travailler!

Qu’aurait-on pu vous reprocher?
D.M.: On pouvait craindre une forme de régionalisme, un manque de vision, de réseau. Il se trouve qu’on a tout cela en stock!
N.K.: C’est vrai, nous entendons rayonner tout en restant enracinés dans notre sol. L’idée d’un binôme pouvait également interroger. Heureusement, le phénomène tend à se répandre.

Le 1er juillet prochain, quand vous vous mettrez à votre bureau boulevard des Philosophes, quelle sera la première chose que vous ferez?
N.K.: Nous réunirons l’équipe en place et lui communiquerons notre vision de l’avenir. Nous lui ferons partager l’envie de porter le projet.
D.M.: Ce travail, nous l’entamons dès maintenant. De même que nous avons déjà commencé à nouer des liens avec les artistes. Cet été, nous serons vraisemblablement à Avignon. Pour être vus, il faut aller voir ailleurs!

A quelles activités consacrerez-vous la saison 2017-18, déjà programmées par votre prédécesseur Hervé Loichemol?
D.M.: A fédérer et organiser l’équipe en fonction de nos besoins; à installer une philosophie à l’interne.
N.K.: A être tout le temps partout, en lien constant avec nos partenaires suisses et étrangers, afin de les éclairer sur la réalité de cet outil majeur du paysage théâtral romand.

Entre la dernière saison à l’actuelle Comédie (2018-19) et la saison inaugurale à la nouvelle (2020-21), votre politique de programmation sera-t-elle amenée à changer drastiquement?
D.M.: Sur les plans techniques et budgétaires, sûrement. Mais au niveau de la ligne artistique, non. Il nous faut imprimer notre marque de fabrique d’emblée, afin d’embarquer pour la suite. Notre esthétique ne va pas changer parce qu’on change de bâtiment.
N.K.: En revanche, l’identité portée par notre Ensemble permanent et notre programmation pluridisciplinaire n’éclora qu'à la nouvelle Comédie. On y drainera ces artistes étrangers attirés par notre infrastructure!

Comment vous répartirez-vous la gestion de l’institution?
D.M.: De tout ce qui relève de la ligne artistique, de la programmation et des ressources humaines, nous répondrons conjointement. On s’est partagé le cahier des charges concernant certains secteurs, dont on gardera néanmoins une connaissance commune. Nous avons prévu de nombreuses réunions hebdomadaires!
N.K.: Sur les questions relatives à la presse ou à la médiation culturelle, j’aurai le final cut en cas de désaccord; sur la communication ou les assurances sociales, ce sera Denis. L’essentiel est que nous serons tous au service de la création. La solidité de l’organisation ouvrira la porte de l’intranquillité. Ce moment de magie que promet le théâtre implique beaucoup de compétences…
D.M.:… et de plaisir! Notre gestion ne sera ni anarchiste, ni royaliste.

Comment se définit votre projet sur le plan artistique? Défendrez-vous l’éclectisme? La radicalité?
N.K.: Nous défendons une maison de théâtre d’aujourd’hui qui mette l’accent sur la performance des interprètes. La qualité du dispositif y servira la singularité de l’artiste. Nous ne perdrons jamais de vue son désir, et nous ferons en sorte que la nécessité de sa vision s’impose. C’est à cette condition que nous toucherons un large public.
D.M.: Nous présenterons une plus grande proportion de coproductions avec l’extérieur, à l’échelle suisse et internationale, en étant proactifs dans nos collaborations avec des artistes phares qui nous permettront de devenir de gros employeurs sur le territoire.

Quel est l’avantage d’avoir des artistes et non des administrateurs aux manettes? En d’autres mots, quelle sera votre signature de gestionnaires artistes?
N.K.: Notre statut d’artistes nous aide à évaluer les compétences logistiques indispensables à un grand spectacle. Mais également à nous montrer économiquement lucides. Nous nous autoriserons tantôt à encourager une velléité, tantôt à agir en garde-fous.
D.M.: Nous insufflerons auprès de l’équipe, mais aussi auprès du public, cette remise en question permanente qui est le propre de l’artiste.

Avez-vous déjà une idée de la composition de l’Ensemble permanent de comédiens qui sera l’une de vos marques de fabrique?
N.K.: Avant l’appel d’offres par la Fondation d’art dramatique (FAD), nous rêvions ensemble de comédiens traversés par leur engagement, comme on en rencontre en Allemagne, en Russie, en Belgique. Nous tenions déjà à créer un esprit de collectif puissant. L’Ensemble ramènera constamment la maison à son cœur, c’est-à-dire au plateau.
D.M.: Si nous n’avons pas, à ce stade, de noms à communiquer, nous nous sommes adressés à des metteurs en scène étrangers pour évaluer leur intérêt à travailler avec une troupe suisse: la réponse était enthousiaste.

Constituerez-vous un répertoire avec cet Ensemble?
D.M.: Grâce à lui, les acteurs peuvent se remplacer, reprendre un rôle. Ainsi, oui, les pièces peuvent rester au catalogue, on peut les ressortir en fonction de la demande.
N.K.: Nous espérons que la qualité de jeu de notre Ensemble donnera sa pérennité à la nouvelle Comédie. Ce serait notre legs idéal.

Une fois installés aux Eaux-Vives, début 2020, combien d’employés aurez-vous, tous secteurs confondus?
D.M.: Dans le projet adopté par la FAD, le nombre est estimé à 61, 5 emplois à plein-temps, sans compter l’Ensemble de 9 comédiens et 5 stagiaires, un artiste associé, et un assistant metteur en scène.

Craignez-vous de ne pas obtenir les 12 millions de francs annuels de subvention nécessaires au fonctionnement de l’institution?
N.K.: Nous avons bon espoir que chacun prendra conscience de l’apport exceptionnel que représente cette ruche de création.
D.M.: Ce serait dommage de construire pareil théâtre pour le laisser sous-exploité.

Quelle atmosphère voulez-vous voir régner au sein de votre palais de verre?
N.K.: Un peu comme au Théâtre des Amandiers que dirige Philippe Quesne à Nanterre, je voudrais qu’on y ressente une vraie porosité entre les artistes et les usagers. Qu’on ait l’impression qu’il s’y passe tout le temps quelque chose. Le café sera crucial. Ce sera un lieu de vie accueillant, où l’on aura envie d’être et de faire la fête!

Quelles seront les répercussions de votre nouvelle fonction sur vos vies privées?
D.M.: Je m’organise pour m’installer à Genève. Mais, vous savez, nous ne sommes pas les premiers parents à travailler!
N.K.: La vie normée est incompatible avec la vie artistique. Le théâtre dépasse de toute façon le cadre horaire. Notre mode de vie sera impacté, mais on a déjà nos solutions!

Que faut-il encore vous souhaiter?
D.M.: Que notre projet soit partagé par le plus grand nombre!
N.K.: Que nos paroles trouvent un écho avant même le 1er juillet! Que tous prennent conscience de la chance éblouissante qui s’offre à notre ville! (24 heures)

Créé: 10.02.2017, 08h29

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Nom Maillefer Denis.
Age 51 ans.
Profession Metteur en scène, directeur de théâtre, enseignant, chroniqueur.
Origine Vaud.
Lieu de naissance Pompaples (VD).
Domicile Lausanne.
Etat-civil Célibataire.
Enfants Deux, l’un de 16 ans, l’autre de 12.

*****

Nom Koutchoumov Natacha.
Age 43 ans.
Profession Comédienne, metteure en scène, pédagogue.
Origine Russie, Italie, Ecosse.
Lieu de naissance Genève.
Domicile Genève.
Etat-civil Mariée.
Enfants Deux, l’un de 9 ans, l’autre de 4.

Les grandes lignes du projet

Nommés mardi dernier à la tête de la Comédie de Genève pour une entrée en fonction le 1er juillet 2017, Denis Maillefer et Natacha Koutchoumov (alias DMNK) ont pour principale mission de mettre sur les rails le futur théâtre sis à la gare CEVA des Eaux-Vives. Tandis que le premier coup de pioche interviendra dans les jours qui viennent, le bâtiment conçu par FRES architectes (Paris) devrait être remis à la Ville en janvier 2020.
Dans l’immédiat, les codirecteurs doivent conclure l’ère de la vieille dame installée boulevard des Philosophes, dont la naissance remonte à 1913. Après une saison 2017-2018 programmée par leur prédécesseur Hervé Loichemol, ils assureront la suivante (18-19) tout en préparant la transition vers ce «théâtre idéal» que devrait être la nouvelle Comédie. Doté de deux salles de spectacle – une frontale de 500 places, une autre modulable de 200 –, d’ateliers de fabrication de décors et de costumes, de deux salles de répétition, de locaux administratifs et d’espaces publics (billetterie, restaurant, librairie, hall d’accueil), l’établissement dont la construction a été budgétée à 98 millions de francs entretiendra un rapport d’ouverture avec son environnement urbain flambant neuf. La double ambition d’y valoriser la création locale – en engageant notamment une compagnie permanente – et d’y attirer les grands noms du théâtre européen devrait permettre de faire rayonner l’institution bien au-delà des frontières romandes, et justifie des charges de fonctionnement de 15 à 16 millions par année.

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