La vie de Chaplin en noir, blanc et rose arrive sur scène

ThéâtreLa tournée romande d’«Un certain Charles Spencer Chaplin» débute mercredi à Yverdon. Critique.

Maxime d’Aboville (au centre), incarne un Chaplin à la fois tendre et distant, troublant de ressemblance physique, aussi, et dans une scénographique qui évoque avec force le Hollywood des premiers temps.

Maxime d’Aboville (au centre), incarne un Chaplin à la fois tendre et distant, troublant de ressemblance physique, aussi, et dans une scénographique qui évoque avec force le Hollywood des premiers temps. Image: Jeep Stay

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Un biopic théâtral qui balaie, en deux heures, soixante ans de la vie de Chaplin. Une production privée parisienne qui – ce n’est pas toujours le cas – met les moyens à la hauteur de ses ambitions, avec une distribution d’envergure, une mise en scène dynamique et des décors élégants qui plongent le public dans l’univers noir et blanc de Hollywood, dans l’intimité rose pâle ou cramoisie de l’artiste. Et l’embarquent sur les pas de ce citoyen du monde, entre Londres, New York, Los Angeles, Paris et, bien entendu, Corsier-sur-Vevey.

Créé fin 2015 au Théâtre Montparnasse, Un certain Charles Spencer Chaplin arrive dès mercredi sur les plateaux romands. Et devrait séduire les fans de Charlot comme les curieux de Charlie. Car la pièce raconte, en une succession de tableaux évocateurs, l’homme plus que l’artiste, recréant avec inspiration l’atmosphère et l’état d’esprit d’une époque. A noter que, pour des questions techniques, les spectateurs d’Yverdon, de Morges et de Pully ne verront pas le spectacle avec tous ses éléments scénographiques. «Pas de quoi entamer sa magie», assure Christian Silhol, l’administrateur de la tournée qui a débuté il y a quelques jours, en France.

Imaginée par le dramaturge Daniel Colas, la pièce avance par flash-backs. A travers une chronologie savamment agencée, elle se focalise sur les épisodes marquants qui, de 1912 à 1975, ont vu le petit artiste de music-hall se construire une carrière à la sueur de son intransigeance artistique. On a vu le nouveau riche rester marqué par son enfance de misère, on a vu le séducteur enchaîner les conquêtes… «La pièce raconte avant tout le rapport de Chaplin avec les Etats-Unis, confie Maxime d’Aboville, excellent dans le rôle-titre. Ce pays lui a permis de devenir la plus grande star du monde mais finira par le persécuter, le pourchasser et le pousser à l’exil à Corsier-sur-Vevey. On est, d’ailleurs, très content de venir jouer en Suisse, là où les gens l’ont connu.»

Scandales permanents
Certes, l’histoire enfonce un peu le clou sur l’anecdotique et le croustillant d’une vie souvent dissolue, entourée de rumeurs et de scandales permanents. Une place exagérée est aussi faite aux origines juives longtemps attribuées au Londonien, question superflue qui n’est pas toujours traitée avec finesse. Quant à elles, quelques scènes – qui servent à psychologiser le personnage ou à éclairer son enfance – tirent en longueur ou glissent vers l’explicatif. «J’ai remarqué quelques écarts avec la vérité historique, remarque pour sa part Kate Guyonvarch, directrice de Roy Export SA, la société qui gère, avec les descendants Chaplin, les droits de l’œuvre et l’image du cinéaste. Mais il s’agit, pour l’essentiel, de détails, d’éléments qui permettent de garantir la tension dramatique du spectacle.»

Car Daniel Colas réussit, surtout, un joli tour de force narratif en évoquant les 1000 facettes du personnage, rappelant à quel point l’artiste reste universel, une icône qui ne perdra jamais de son actualité. Il nous montre le migrant qui s’est trouvé dans le viseur des autorités américaines. Il nous montre le créateur qui n’a eu de cesse de défendre les libertés individuelles, sur fond de puritanisme, d’antisémitisme, de nationalisme galopant, de paranoïa politique…

Troublante ressemblance
Gonflant sa petite stature à la hauteur du génie, Maxime d’Aboville – Molière 2015 pour son interprétation de The Servant – joue de son flegme pour créer un homme à la fois tendre et distant. Sévère et égocentrique, aussi. Plus surprenant, sans recours à du maquillage ou d’autres trucages, il réussit à incarner l’artiste à tous les âges, vieillissant son personnage dans une scène, le retrouvant fringant jeune homme dans la suivante. A ses côtés, une très belle distribution de neuf comédiens, dont une Linda Hardy, troublante de ressemblance dans le rôle d’Oona.

Cerise sur le gâteau, au-delà de sa visée biographique, Un certain Charles Spencer Chaplin réussit à convoquer sur scène (sans jamais le singer) le célèbre vagabond immortalisé sur pellicule. Daniel Colas s’amuse, par exemple, à recréer, sur scène, un slapstick avec un combat de boxe. Pourquoi s’en priver: n’est-ce pas le théâtre qui a inspiré le cinéma des débuts et son rapport frontal au spectateur? La scène fonctionne parfaitement. Dimanche à Montrouge, au sud de Paris, la salle était hilare en découvrant cette reconstitution, savourant également les quelques images d’archives qui habillent, par moments, le grand écran entouré d’ampoules, en fond de scène. Plébiscitant, surtout, l’apparition tant attendue de Charlot, melon sur la tête et canne à la main, juste avant que le rideau ne retombe. (24 heures)

Créé: 06.03.2017, 17h27

La tournée suisse

Yverdon-les-Bains: mercredi 8 mars, Théâtre Benno Besson (024 423 65 84 ou www.theatrebennobesson.ch)

Genève: mardi 14 et mercredi 15 mars, Théâtre du Léman (www.theatreduleman.com)

Saint-Maurice: jeudi 23 mars, Théâtre du Martolet (024 485 40 40 ou www.theatredumartolet.ch)

Pully: Ve 24 mars, Théâtre de l’Octogone (021 721 36 20 ou www.theatre-cotogone.ch)

Fribourg: lundi 27 mars, Théâtre de l’Equilibre (026 350 11 00 ou www.equilibre-nuithonie.ch)

Berne:dimanche 28 mars, Konzert Theater (www.konzerttheaterbern.ch)

Morges: mercredi 3 mai, Théâtre de Beausobre, (021 804 97 16 ou www.beausobre.ch)

Vevey: jeudi 4 mai, Théâtre Le Reflet-Vevey, (021 925 94 94 ou www.lereflet.ch)

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