Le chapeau flotte sur la tête de «L’enculé»

ScèneA Lausanne, la pièce créée par Geoffrey Dyson souffre d’une distribution mal ajustée et se dilue dans la caricature. Critique.

A sa sortie de prison, l’ex-dealer portoricain Jackie (Matthieu Sesseli) retrouve sa petite amie cocaïnomane, Veronica (Caroline Althaus).

A sa sortie de prison, l’ex-dealer portoricain Jackie (Matthieu Sesseli) retrouve sa petite amie cocaïnomane, Veronica (Caroline Althaus). Image: Gaia Baur

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L’enculé au chapeau est un texte hybride. Une pièce dans laquelle les ressorts dramatiques reposent sur la mécanique du vaudeville et qui se double d’une ambition d’étude sociale. Celle d’un petit groupe de junkies, des paumés qui luttent contre leurs addictions, tentent de cerner les frontières de l’amitié et, surtout, se perdent dans les coucheries des uns et des autres. N’est pas Feydeau qui veut, n’en déplaise à l’auteur américain Stephen Adly Guirgis, si ce n’est au metteur en scène Geoffrey Dyson et à sa complice traductrice Antoinette Monod.

A sa sortie de prison, l’ex-dealer portoricain Jackie (Matthieu Sesseli) retrouve sa petite amie cocaïnomane, Veronica (Caroline Althaus). La candeur des retrouvailles est balayée par le doute et les engueulades. La faute à un chapeau d’homme découvert sur une table, preuve d’adultère. Aux côtés du jeune couple, il y a Ralph (Edmond Vullioud), l’ami paternaliste de Jackie qui trafique des boissons nutritionnelles avec sa compagne Victoria (Fanny Pelichet). Et Julio (David Marchetto), le cousin gym queen, autant ringard que sincère.

Défendue tambour battant par les comédiens et traversée de sympathiques scènes burlesques, cette farce sexuelle au goût de sitcom – jouée au Pulloff jusqu’au 29 janvier – ne réussit, pourtant, pas à allumer d’étincelles. Le parlé vrai (et cru) des personnages se brouille de dialogues ampoulés qui rendent artificielles les bonnes répliques et autres tirades joliment absurdes. N’est pas Tarantino qui veut. Les situations cocasses et les caractères loufoques dans lesquels se dépêtrent les personnages virent, quant à eux, à la caricature filandreuse. Sans le tragicomique qui fait la force des bons vaudevilles. Sans la tendresse amère qui animait la précédente production de la compagnie Théâtre Claque, Le Cinoche d’Annie Baker.

Cette première adaptation française de L’Enculé au chapeau rate le coche à cause d’une direction d’acteur qui n’a pas (encore?) trouvé son diapason entre jeux réaliste, caricatural ou cocaïné. Ainsi qu’une scénographique trop réaliste avec des allusions décoratives au pop-art qui ne suffisent pas à créer l’ambiance cartoonesque que le spectacle semble vouloir cultiver.

Note: A voir jusqu'au 29 janvier. www.pulloff.ch (24 heures)

Créé: 11.01.2017, 13h57

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