La plus haute distinction théâtrale pour celui qui fouille le réel

L’Anneau Hans Reinhart a été décerné, jeudi soir, au metteur en scène soleurois Stefan Kaegi, du collectif Rimini Protokoll.

Le metteur en scène soleurois Stefan Kaegi, membre du collectif helvético-berlinois Rimini Protokoll, a reçu ce jeudi 28 mai l'Anneau Hans Reinhart, le Grand Prix du théâtre suisse.

Le metteur en scène soleurois Stefan Kaegi, membre du collectif helvético-berlinois Rimini Protokoll, a reçu ce jeudi 28 mai l'Anneau Hans Reinhart, le Grand Prix du théâtre suisse. Image: DR

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Avec ses deux acolytes du collectif helvético-berlinois Rimini Protokoll, Stefan Kaegi (42 ans) a inventé pas moins qu’un nouveau théâtre documentaire, ludique et immersif. Depuis 2002, le Soleurois parcourt le monde entier avec ses créations interactives qui, sur scène ou dans l’espace urbain, brisent les frontières et transforment le spectateur en «expert du quotidien». Bien loin des formes classiques du spectacle scénique.

Le nom du Soleurois figure désormais aux côtés des plus grands de la scène suisse, d’Omar Porras à Daniele Finzi Pasca, de Christoph Marthaler à Jean-Marc Stehlé, de Luc Bondy à Bruno Ganz, François Rochaix, Dimitri ou encore Anne-Marie Blanc. Jeudi soir, le créateur formé à l’école d’art zurichoise F + F a été honoré de la plus importante distinction théâtrale du pays: l’Anneau Hans Reinhart, qui, depuis 1957, salue un artiste pour son apport à la discipline. Fabriqué sur mesure pour le lauréat et accompagné d’un chèque de 100'000 fr., ce prestigieux prix est depuis deux ans décerné sous les auspices de l’Office fédéral de la culture. Et parce que la loi interdit d’octroyer cette distinction à des artistes étrangers, c’est Stefan Kaegi qui reçoit tous les honneurs, même si son travail reste indissociable de celui des deux Allemands Helgard Haug et Daniel Wetzel.

Depuis 2002, les trois compères travaillent ensemble, dans des combinaisons mouvantes. «Rimini Protokoll cherche tout à la fois à définir le spectateur comme membre d’une communauté et individu singulier, observe l’intéressé, contacté mercredi à Moscou avant son retour en Suisse. Recevoir ce prix tout seul va fondamentalement à l’encontre de notre démarche collective.» Pas question pour autant de refuser la distinction: «Ce prix vient valider nos prises de risque. C’est, surtout, une vraie reconnaissance pour des formes théâtrales nouvelles.»

Dispositifs spectaculaires

Rimini Protokoll a débuté sur les scènes indépendantes, avant d’être programmé par le Schauspielhaus de Zurich et de créer l’événement en 2006 au Festival d’Avignon, à l’invitation de l’artiste associé Jan Fabre. Le collectif est loin d’être inconnu en Suisse romande. René Gonzalez conviait le Soleurois en 2007 pour présenter Mnemopark à Vidy, spectacle dans lequel des passionnés de modélisme octogénaires occupaient la scène. En 2008, Airport Kids faisait monter sur la scène lausannoise les enfants d’employés de multinationales. L’an dernier, avec Remote X, c’est le directeur Mickael Kinzer qui proposait au trio d’artistes de téléguider les spectateurs du Festival de la Cité, équipés d’oreillettes. Et quelques semaines plus tard, le collectif créait le buzz du côté de l’ECAL avec Situation Rooms. Un impressionnant projet programmé par Vincent Baudriller à Vidy, théâtre qui produira la prochaine création du collectif. En permettant au public d’incarner tout à tour une dizaine d’acteurs plus ou moins liés à l’industrie de l’armement, Rimini Protokoll réussissait à brouiller subtilement le réel. Enfermé dans un décor hyperréaliste et muni d’une tablette numérique, chacun devenait l’acteur d’un grand jeu de rôle, forcé à agir.

«On cherche à développer de nouveaux dispositifs spectaculaires qui ne laissent pas le spectateur en position passive, explique Stefan Kaegi. Grâce à l’informatique et aux moyens technologiques, l’interactivité qui peut se réaliser aujourd’hui constitue un défi intéressant pour renouveler le théâtre.» C’est précisément cette démarche que le Grand Prix Suisse du théâtre salue: «Rimini Protokoll révolutionne toujours notre perception du théâtre contemporain en tant qu’instrument de communication avec le monde, remarque la directrice du Festival Belluard à Fribourg, Anja Dirks, membre du jury. Ils ont déjà marqué de leur empreinte une génération de gens de théâtre dans le monde entier. Leur langage, leur méthode et leur curiosité sont à la fois spécifiques et universels.» (24 heures)

Créé: 28.05.2015, 21h40

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