Les visages du théâtre suisse à Lausanne

ScènesDès jeudi, Programme commun investira les scènes de la cité. Portraits d'artistes du pays à (re)trouver lors de ce rendez-vous.

L'affiche de la manifestation, pilotée par le Théâtre de Vidy et l'Arsenic.

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Marielle Pinsard et l’art de la drague à l’africaine

Marielle Pinsard (47 ans) poursuit sa réflexion sur les rapports culturels entre l’Europe ou l’Afrique. Depuis hier soir déjà, l’auteure-metteuse en scène est de retour à Vidy, où Vincent Baudriller l’avait déjà programmée la saison dernière avec la reprise de son spectacle En quoi faisons-nous compagnie avec le menhir dans les landes? «Ce spectacle, très corporel, autour des thèmes de l’homme et de la bête, m’avait laissée un peu sur ma fin. Pour le préparer, j’avais fait un voyage en Afrique et j’avais été fascinée par la tchatche incroyable des gens rencontrés. Dans les années 2000, les jeunes, totalement désillusionnés par la situation économique, ont inventé le nouchi, une langue incroyable, très gestuelle, poétique et imagée. Je suis partie de là pour créer On va tous dallasser Pamela! » Une création qui, en tableaux successifs (avec danse et musique aussi), mène une recherche sociologique autour de la drague à l’africaine. Pour son meilleur et pour son pire. «Sur le continent noir, séduire est tout un art.» Paroles enjôleuses, langue fleurie, approche méthodique, efforts d’imagination. Pour en parler, la métisse lausannoise a invité 7 interprètes originaires de Côte d’Ivoire, du Bénin et du Cameroun, 7 guest stars au bagou fascinant qui réveilleront quelques clichés et plongeront le public dans la réalité d’un continent secoué par son histoire. Ancienne ou récente. Face à eux, une danseuse. Il sera aussi question d’argent, d’arnaque sur Internet, de fascination pour les expatriés. «Il faut os er convoquer les clichés pour les exorciser», assure celle qui creuse son sillon artistique depuis dix ans avec des spectacles qui revisitent la culture et la société. Des pièces toujours très personnelles. Souvent bien allumées .

Vidy, sa 5 (17 h 30), ma 8, me 9 et sa 12 (19 h 30), je 10 (21 h), ve 11 (19 h), di 13 (18 h 30)


Fabrice Gorgerat, l’ouragan et l’effet papillon

A 45 ans – il les aura le premier jour du festival –, Fabrice Gorgerat est déjà un vieux renard des scènes lausannoises, qu’il arpente depuis 1994 et la création de la compagnie Jours tranquilles. Et à l’Arsenic, le Lausannois formé à Bruxelles est un peu chez lui. Avec Blanche/Katrina, sa nouvelle création, le metteur en scène va boucler son triptyque dédié aux catastrophes, un cycle élaboré en étroite collaboration avec les milieux scientifiques de l’UNIL. Après avoir traité des aléas nucléaires dans Médée/Fukushima puis de l’épidémie mondiale d’obésité avec Manger seul, place à un fléau plus massif: l’ouragan qui s’est abattu sur La Nouvelle-Orléans en 2005. Ne pourrait-il pas avoir été causé par Blanche Dubois, le personnage de la pièce de Tennessee Williams Un tramway nommé désir (1947), cette aristocrate déchue qui atterrit dans un quartier populaire de la ville américaine? La démarche scientifico-artistique questionnera l’effet papillon – théorie selon laquelle un battement d’ailes au Brésil pourrait provoquer une tornade à l’autre bout du monde. «Lorsqu’on traite des catastrophes, dans une perspective à la fois scientifique et théâtrale, le plateau devient rapidement le lieu de rencontre de l’irrationnel et de la science que, peut-être, seule la poésie peut concilier», observe Fabrice Gorgerat. «Comment construire une explication à partir de rien, du rien d’un quotidien minable à une catastrophe gigantesque où Blanche prendrait valeur de mythe?» Il sera question de réchauffement climatique, de parole scientifique, d’humain et de tragique. Sur scène, il y aura, à n’en pas douter, du chaos, de la matière.

Arsenic, ce ven 4, sam 5 mars 8, mer 9 (19 h 30), dim 6 (17 h) puis dans le cadre de Programme Commun je 10 (19 h), ve 11 (21 h), sa 12 (15 h), di 13 (18 h)


Face-à-face intime avec Marie-Caroline Hominal

MCH, Silver, Fly girl, MadMoiselle MCH. Marie-Caroline Hominal a plusieurs personnalités. Et, surtout, un univers bien à elle, baroque, à la frontière des genres et des disciplines. Qu’elle propose une performance flamboyante entourée d’invités ou, à l’inverse, une création miniature pour un seul spectateur, quand elle ne danse pas pour Gisèle Vienne, Gilles Jobin ou encore La Ribot, la performeuse aime brouiller les identités, mêler comique et tragique, décliner les émotions. Lors du dernier Festival de la Cité, la trentenaire franco-suisse, formée à Zurich et à Londres, investissait le Capitole pour un Ballet , un long rituel de 5 heures passé avec des personnages issus du monde de la nuit, de la fanfare, du spectacle. Entre danse, musique, texte et vidéo. L’an dernier, elle offrait une chorégraphie vaudou avec Froufrou , présenté à l’Arsenic. A Vidy – où elle reviendra créer Taxi-Dancers en mai –, c’est à un face-à-face «intime et fantasmagorique» que la chorégraphe invite le public. Elle recevra les spectateurs un à un durant quinze minutes dans sa loge. «J’ai ressenti le désir de créer des moments privilégiés, confiait-elle, en 2014, lors de la création de ce Triomphe de la Renommée , inspiré de l’un des six poèmes de Pétrarque intégré à l’ensemble I Trioni . La performance n’est ni filmée ni photographiée. Il s’agit juste d’un instant que l’on partage à deux.» Dans la série de poèmes, la renommée l’emporte sur la mort, avant d’être vaincue par le temps et l’éternité. «Le succès nous sauve de l’oubli. Faire de l’art émane pour moi d’un besoin d’exister par mon œuvre. Cette performance parle de cela, de la nécessité de laisser une trace, même si elle est immatérielle. Je répète chaque fois plus ou moins la même chose, mais chaque personne me nourrit de son énergie. Il y a un aspect très méditatif là-dedans.»

Vidy, ve 11 (15 h), sa 12 (14 h), di 13 (11 h), sur inscription (15 min)


Thom Luz et sa symphonie météorologique

Il est beau gosse, mais il a surtout du talent. Le Zurichois Thom Luz (34 ans) a été élu metteur en scène de l’année 2014 par le magazine berlinois Theater heute . Rien d’étonnant! Cet archéologue du théâtre musical défriche sur un mode très personnel les liens entre scène et musique. Ou sons. A côté de son activité théâtrale, il est rockeur. Performeur, aussi. Le public de Rock Oz’Arènes l’a découvert en 2013 avec son groupe My Heart Belongs to Cecilia Winter. Deux ans plus tôt, c’est du côté du Festival des arts vivants à Nyon qu’il triturait des ondes Martenot. A Vidy cette année, il fait son retour dans le festival Programme Commun – après son spectacle spectral de 2015, When I Die , qui convoquait les fantômes de Brahms, Rachmaninoff, Grieg et Debussy –, avec un atmosphérique Unusual weather phenomena project . Quadruple coucher de soleil, pluie qui tombe à l’envers, inversion du cycle des saisons… Pour sa nouvelle création, le bidouilleur d’ambiance musicale en direct s’est inspiré du physicien américain William R. Corliss qui, en 1974, a recensé les phénomènes météorologiques extraordinaires. Ceux-ci seront retranscrits en musique par un quatuor dans une pièce sur le quotidien, avec brume, microphones, fragments sonores enregistrés jusqu’à obtention d’«un ordre multicouche voire un désordre multicouche». «Le monde est étrange. Il est composé de manière étonnante mais fonctionne tout de même, observe Thom Luz. Corliss était convaincu que nous ne comprenons la réalité au mieux qu’en l’approchant par l’anormalité.» Sa création s’annonce poétique et esthétique. Créée à Zurich jeudi prochain, cette coproduction sera reprise, dans la foulée de son passage à Lausanne, à Paris et à Bâle, avant une tournée internationale en préparation pour la saison prochaine.

Vidy, je 17 et ve 18 (19 h), sa 19 (16 h 30), di 20 (15 h) (24 heures)

Créé: 05.03.2016, 16h26

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Durant dix jours, Programme Commun propose plus 18 spectacles, entre théâtre, danse et performance, pour plus de 50 représentations. A voir cette semaine:


«Nous sommes repus mais pas repentis» , de Séverine Chavrier, création d’après Thomas Bernhard, à voir à Vidy du 9 au 20 mars.


«Théâtrologie bocagère», création de Christian Geffroy Schittler, à voir à l’Arsenic, je 10 (18h et 21h).


«Dragging the bone», de Miet Warlop, 1re suisse, à voir à l’Arsenic, ve 11 (19h30) et sa 12 (17h).

«Legends & Rumours», de Phil Hayes, acceuil, à voir à Vidy, sa 12 (15h et 20h30) et di 13 (13h).

«Master class de Valérie Dréville» à la Manufacture, sa 12 (11h30), entrée libre, inscr. contact@manufacture.ch

«Quart d’heure de culture métaphysique», d’Oscar Goméz Mata, sa 13, à la Manufacture (11h), à l’Arsenic (18h).

«Le Mudac à Vidy», prologue de l’exposition «Sains et saufs, surveiller et protéger au XXIe siècle», à voir au foyer de Vidy dès le 10 mars

«Afro Party Pamela», fête d’ouverture au Théâtre de Vidy, sa 12 (22h30-2h)

Billetterie www.programme-commun.ch

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