A Vidy, Massimo Furlan cherche l’accueil

ScèneAvec «Hospitalités», le créateur lausannois a incité un village basque à aider des migrants. Interview.

Porteurs d’une démarche pour l’accueil de migrants dans leur village, les habitants de La Bastide-Clairence ont même accepté de la rejouer dans «Hospitalités» de Massimo Furlan (quatrième depuis la gauche).

Porteurs d’une démarche pour l’accueil de migrants dans leur village, les habitants de La Bastide-Clairence ont même accepté de la rejouer dans «Hospitalités» de Massimo Furlan (quatrième depuis la gauche). Image: Odile Meylan

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Avant même de devenir sa nouvelle création, Hospitalités, le dernier projet artistique de Massimo Furlan, s’est concrétisé dans le réel d’une démarche citoyenne. Attablé dans un café lausannois, le performeur et homme de théâtre revenait, la semaine dernière, sur cette «aventure incroyable» portée ces jours sur la scène du Théâtre de Vidy.

Invité il y a deux ans en résidence par le musicien Kristof Hiriart dans le village français de La Bastide-Clairence, bourgade à la croisée des cultures basque et gasconne, le Lausannois ne savait pas ce qu’il venait y chercher. «Je ne fais jamais deux fois la même chose, mais la parole, le fait de se raconter, est souvent un appel», assure le fantasque créateur qui a pourtant souvent œuvré sur un axe visuel, et qui louche d’ailleurs avec tendresse sur deux grands-mères en train de gober des crevettes.

«J’ai donc cherché à savoir qui étaient les habitants et récolté des anecdotes sur leurs vies.» Au gré de ses rencontres et de ses discussions, se fait jour le portrait d’une localité qui, après avoir connu la morosité il y a une trentaine d’années, a su redorer son blason en devenant un village pimpant, repeuplé d’artisans d’art, aux charmes touristiques certains.

«Le problème, c’est que les prix de l’immobilier ont ensuite grimpé, interdisant l’accès au logement pour les jeunes qui ne pouvaient plus y rester…» Face à cette conjoncture chagrine, l’artiste y va de sa solution. «Accueillir des migrants pouvait stopper la hausse des prix de l’immobilier, voire même les faire baisser. A partir de cette provocation, qui n’était pas gratuite en pleine crise migratoire, j’ai échafaudé ma fiction.»

Au début, son projet consiste à réunir dans le plus grand secret cinq protagonistes du cru pour imaginer un scénario rythmé par des annonces faites aux habitants sur l’arrivée prochaine de migrants. «Il y avait l’ancien maire, l’actuel, et nous avions prévu des coups de théâtre – des propriétaires bien connus de la région devaient même changer d’avis et léguer des maisons avant de prendre leur retraite en Inde! – afin de susciter débats, réflexions et polémiques. Mon rôle consisterait à écrire cette histoire. J’étais sidéré qu’ils acceptent de jouer le jeu, ils auraient pu s’attendre à ce que je leur propose une sculpture pour rond-point!»

Pourtant, pendant les préparatifs, un malaise grandit. «Quelque chose ne fonctionnait pas: l’idée de révéler à la fin que tout cela avait été réalisé pour de faux.» Qu’à cela ne tienne, l’équipe décide de transformer le projet en vraie démarche, à l’heure où les enfants morts sur les plages parsèment les pages de la presse et où l’Allemagne de Merkel ouvre ses frontières. «Il fallait continuer à interroger cette notion d’hospitalité mais inscrire cette histoire dans la réalité.»

Avec la convocation des villageois dans la salle de la mairie, invités à venir écouter des spécialistes de la question, commence alors une longue marche. La création d’une association, les premières procédures, puis les premiers blocages d’une administration dont les lenteurs tiennent de l’«arme étatique contre les initiatives des citoyens», selon un Massimo Furlan effrayé par ce qu’il voit, ailleurs, dans les médias. «Des femmes du Secours catholique emmenées par des policiers casqués, des gens harcelés parce qu’ils ont permis à des réfugiés de recharger leurs portables…»

Mais le désespoir guette. «J’ai cru que cette création serait l’histoire d’un échec.» Une famille finit par pouvoir être accueillie à La Bastide-Clairence. «Pour l’instant, cela fait 5-7 personnes sur une population de 1000. Si on devait arriver à 10, on serait à 1%, ce qui serait incroyable à l’échelle du pays.» A Vidy, l’histoire d’Hospitalités est relayée par ceux qui ont porté ce combat pour maintenir une solidarité vivante par-delà les frontières: de vrais habitants qui se racontent, formant la mosaïque d’un destin villageois.


Lausanne, Théâtre de Vidy Du me 11 au di 15 janvier Rens.: 021 619 45 45 www.vidy.ch (24 heures)

Créé: 08.01.2017, 20h37

L'intervention

Lausanne, Théâtre de Vidy
Du me 11 au di 15 janvier
Rens.: 021 619 45 45
www.vidy.ch

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