Chronique de Davos (3)
Le grand retour des bonus
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Peut-être n’est-il pas surprenant que lors d’une réunion de l’élite économique à Davos, la question des bonus des banquiers ne soit jamais loin dans l’esprit des délégués. Mais à la différence de ces dernières années - où les banquiers exprimaient des remords face au niveau élevé de leur rémunération - il semblerait que la contre-attaque soit en marche.
Car devant la bonne santé des profits, la culture des bonus bancaires est de retour, ce qui en irrite plus d’un, à commencer par le premier ministre britannique David Cameron et le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Sir Mervyn King.
A l’heure où les banques s’apprêtent à verser des milliards de dollars de rétributions supplémentaires, les critiques ne manquent pas de souligner une fois encore le caractère injuste de cet enrichissement.
«Gratification de la réussite»
Plus encore, pour des banques comme la Royal Bank of Scotland, renflouée par le gouvernement britannique, aujourd’hui détenteur d’une participation majoritaire. Dans cette affaire, il semble que le gouvernement britannique ait obtenu gain de cause en imposant que le bonus versé à Stephen Hester, patron de RBS, passe de 2 millions GBP à un niveau de référence inférieur à 1 million GBP (963,000 GBP).
A Davos, j’ai demandé son avis sur cette question à Bob Diamond, PDG de Barclays. Selon lui, tout ce débat tourne autour de la question de la «rémunération au résultat». Pour cette année, Bob Diamond n’envisage aucune concession sur ses propres bonus, qui pourraient dépasser les 15 millions de dollars si les rapports sont exacts. Il a au contraire déclaré avec force: «A chaque fois que j’entends un dirigeant politique parler de la suppression de la rémunération à l’échec, je voudrais les entendre parler de la gratification de la réussite.» Il admet cependant que les rémunérations seront en baisse dans le secteur cette année et qu’il se doit d’être «sensible au contexte général».
Jamie Dimon, PDG de JP Morgan Chase, reconnaît également la nécessité de tenir compte de la situation. «Les gens sont en colère parce qu’à Wall Street beaucoup s’en sont mis plein les poches alors même que les entreprises faisaient faillite. Et je suis d’accord avec eux.» Bien qu’il qualifie la politique menée par sa banque «d’absolument révoltante», il la défend: «Nous n’avons jamais eu d’indemnités de départ spéciales. Nous avons toujours examiné les résultats sur une longue période.»
Nouvelles réglementations en vue
Ces propos ne satisferont sans doute pas les décideurs politiques comme Michel Barnier, le Commissaire européen en charge des services financiers, pour lequel les progrès réalisés à ce jour sont insuffisants. Il m’a dit qu’il espérait mettre en place de nouvelles réglementations sur les rémunérations d’ici la fin de l’année - un dispositif qui sera très impopulaire dans la City de Londres et confirmera l’opinion des financiers selon laquelle M. Barnier est l’ennemi de la finance.
Les débats de cette année ne sont ni nouveaux ni plus vifs que dans les années passées. Il est difficile de justifier pourquoi les gens du monde de la finance bénéficient de bonus aussi importants. Dans le Financial Times de ce matin, John Gapper avançait l’hypothèse selon laquelle «on mange peut-être tout simplement beaucoup de chocolat lorsqu’on travaille dans une chocolaterie», et qui semble malheureusement se vérifier.
Je suis convaincu que Bob Diamond saura être sensible à la situation, mais cela ne sera peut-être pas suffisant pour les critiques vautours, prêts à s’attaquer aux bonus qui seront distribués. Je me demande sincèrement si le monde de la finance a tiré une quelconque leçon des trois années qui viennent de s’écouler. C’est bien beau de toucher des bonus, mais à l’heure où tant de gens souffrent de l’austérité, perdent leur emploi et ont des difficultés pour payer leurs factures, un peu de gratitude, et non l’habituelle avidité, ne serait pas superflue. ()
Créé: 27.01.2012, 17h39
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