Finance
«Nous ne voulons pas risquer une bulle immobilière»
L'essentiel
Banque privée?La stratégie d’un développement dans ce secteur se poursuit grâce à la Banque Piguet Galland.
Conjoncture?Il n’y a pas davantage de PME en difficulté qu’il y a un ou deux ans, mais Pascal Kiener reste «d’un optimisme prudent».
Immobilier?La prudence est de mise à l’heure d’accorder des prêts hypothécaires pour des objets trop chers.
Comment réagissez-vous aux attaques américaines contre les banques suisses?
- Cette affaire est très complexe et nous manquons de faits pour pouvoir l’évaluer de manière pertinente. Par exemple, on ne sait pas ce qui est précisément reproché aux onze banques visées par les autorités américaines, à part Wegelin et précédemment UBS. Schématiquement, il semble toutefois qu’il faille distinguer deux cas de figure. D’un côté, des banques qui ne se seraient pas entièrement conformées aux cadres légaux et réglementaires. Une des difficultés dans ce dossier vient du fait que ces cadres semblent être interprétés différemment des deux côtés de l’Atlantique. De l’autre côté, des établissements qui ont des clients américains tout en respectant ces règles. Ils n’ont par exemple pas fait de démarchage aux Etats-Unis sans licence ou n’ont pas fourni d’assistance active à l’évasion fiscale. Je ne vois pas ce que l’on pourrait alors leur reprocher.
La reprise par la Raiffeisen de la Notenstein Privatbank, soit les affaires non américaines de Wegelin, change-t-elle la donne sur le marché de la banque privée?
- Non, pour nous, cela ne change rien.
C’est un marché sur lequel vous vous montrez plus agressifs, notamment avec votre filiale privée Piguet Galland…
- Tout à fait. En 2008, lors de la présentation de notre nouvelle stratégie, nous avons clairement opté, concernant le Private Banking, pour une stratégie de croissance sur le marché domestique (onshore). Dans le canton, nous estimons notre part de ce marché entre 15% et 20%. Ce qui signifie que nous avons un potentiel de progression intéressant par rapport à d’autres activités où nos parts de marché sont plus importantes. Or, dans ce domaine, certains clients préfèrent une petite enseigne, d’autres un grand établissement cantonal. Avec l’achat de la Banque Franck Galland etsa fusion avec la banque Piguet, on atteint une taille critique (8 milliards de francs de masse sous gestion) qui nous permet de bien nous positionner avec deux marques distinctes. L’objectif de Piguet Galland Cie SA est aussi de croître au-delà du canton de Vaud, en Suisse romande.
Parlons conjoncture. Comment percevez-vous l’économie vaudoise en ces temps de crise?
- Je reste d’un optimisme prudent. Les perspectives sont clairement moins bonnes qu’il y a douze mois. Je vois un ralentissement sous l’influence de la crise en Europe, mais pas une récession, notamment parce que la Suisse exporte proportionnellement plus vers les pays émergents que ses voisins européens. Pour sa part, le canton de Vaud est encore mieux positionné que la moyenne suisse. Dans les faits, à l’heure actuelle, on ne voit pas plus d’entreprises en forte difficulté qu’il y a douze ou vingt-quatre mois. Toutefois, il faut compter sur un certain décalage avant d’observer les retombées d’un éventuel fléchissement. Nous n’observons pas d’augmentation notable de l’utilisation des lignes de crédit qui témoignerait de difficultés grandissantes. Cela dit, nous ne percevons pas tout à travers notre activité de crédit: deux tiers de nos clientes PME – qui sont près de 30?000 – n’en ont simplement pas besoin. Au final, c’est la durée du ralentissement qui s’avérera critique dans la résistance des entreprises.
La santé des entreprises est toutefois très contrastée, non?
- Nous avons mis en place une démarche proactive de consultation et d’accompagnement des entreprises qui permet de voir avec elles quelle est leur situation avant que d’éventuelles difficultés surgissent. On observe ainsi que le nombre de nos clients en difficulté potentielle est le même qu’il y a quelques années. Il existe évidemment des disparités entre secteurs. Le tourisme, la sous-traitance orientée exportation, par exemple, vivent une période plus difficile que l’horlogerie, la chimie ou la construction.
Et Petroplus?
- Nous faisons partie d’un consortium bancaire qui lui a accordé des lignes de crédit et dont la composition a été publiée à sa création. L’exposition de la BCV est très marginale.
Dans le marché immobilier, y a-t-il une bulle ou pas? Beaucoup d’objets ne sont-ils pas surcotés? Est-ce l’heure de serrer la vis?
- Tout d’abord, les fondamentaux restent sains: il y a un important besoin de logements que les nouvelles constructions n’arrivent pas à satisfaire. En effet, en dix ans, on a dénombré 35?000 logements supplémentaires alors que le nombre d’habitants augmentait de 95?000. Le taux de vacance reste bas, à 0,5%. C’est cette situation qui est à l’origine de la hausse des prix de 7% à 8% en moyenne annuelle. Cela dit, certains ingrédients propices à l’émergence d’une bulle sont présents: taux d’intérêt durablement bas, forte concurrence entre les acteurs, par exemple. En termes de prix, on est actuellement proche du niveau des années 1989-1990, compte tenu de l’évolution de l’inflation et des salaires. A part quelques exceptions, ce sont des niveaux élevés, mais qui ne résultent pas d’une vague spéculative. Il ne faudrait cependant pas que cette progression continue à ce rythme pendant plusieurs années encore.
Et votre croissance dans ce marché? Quel est votre objectif?
- L’immobilier constitue une part importante de notre bilan. Sur 35 milliards de francs, les affaires hypothécaires représentent 22 milliards. Depuis trois ans, nous enregistrons une croissance annuelle comprise entre 7% et 9%. Pour les années à venir, nous avons décidé de la contenir quelque peu en visant maintenant plutôt 4% à 5%. Cela pour trois raisons: il s’agit tout d’abord de maintenir dans la durée une structure de bilan équilibrée et de qualité. Ensuite, il s’agit d’anticiper les exigences supplémentaires – notamment en termes de fonds propres – proposées par la FINMA et la BNS afin de freiner la progression du marché hypothécaire. Enfin, en tant que leader, avec environ un tiers du marché, et en tant que banque cantonale responsable, nous ne souhaitons pas contribuer à l’émergence d’une bulle.
Pratiquement, comment cette volonté se traduit-elle?
- Nous avons revu certains critères. Notamment, lors d’estimations immobilières, nous refusons de financer des affaires dont les prix nous paraissent avoir atteint un niveau trop élevé. Nous veillons aussi à ce que nos clients n’entreprennent pas des projets qu’ils ne pourraient plus assumer en cas de hausse des taux. Si toutes les parties prenantes du marché immobilier (banques, assurances, professionnels de l’immobilier, propriétaires, etc.) agissent de manière responsable, il sera alors possible de contenir la hausse des prix.
Que vous apporte le relèvement de la note à long terme de Standard?& Poor’s de AA- à AA?
- Cela illustre notre solidité et nous donne une meilleure marge de manœuvre sur le marché pour nous refinancer à des conditions favorables. Cela nous permet aussi d’accéder au cercle restreint des banques dans le monde notées AA ou plus sans bénéficier d’une garantie formelle de l’Etat. Cette évolution n’est pas négligeable si l’on considère qu’en 2003 nous étions encore notés A-. Il est vrai que la bonne notation du canton de Vaud soutient la nôtre. Nous sommes néanmoins très fiers de cette progression. (24 heures)
Créé: 12.02.2012, 22h47
Publier un nouveau commentaire
Caractères restants:


Veuilliez attendre s'il vous plaît 





