L’automobile allemande s’électrise à marche forcée

Après le «dieselgate» Les constructeurs font de la voiture à batteries le pilier de leur stratégie. Les Allemands, eux, ne suivent pas.

Le scandale des moteurs truqués chez Volkswagen a sorti les Allemands de leur aveuglement.

Le scandale des moteurs truqués chez Volkswagen a sorti les Allemands de leur aveuglement. Image: CARSTEN KOALL

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Alors que Volkswagen fait le point sur ses résultats annuels aujourd’hui, une question se pose. Sans le «dieselgate», les constructeurs allemands – un secteur qui compte près de 800 000 salariés – auraient-ils réalisé les retards accumulés dans le secteur de la voiture électrique? «Ce scandale a servi de formidable accélérateur dans un domaine où il existait un déficit d’investissement», admet Stefan Bratzel, expert du marché automobile et responsable du Center of Automotive Management de Bergisch Gladbach (FHDW).

Le scandale des moteurs truqués chez Volkswagen a sorti les Allemands de leur aveuglement. «Quand vos modèles tournent presque tous à l’essence et au diesel, vous n’avez pas envie de transformer toutes vos usines», analyse Ferdinand Dudenhöffer, expert de l’automobile à l’Université de Duisbourg et Essen. «Sans la concurrence du pionnier américain Tesla, les Allemands n’auraient pas non plus investi des milliards dans des modèles électriques d’une plus grande autonomie», ajoute-t-il.

Une BMW i3 à 3 milliards

Pourtant, le succès n’est toujours pas au rendez-vous. Même BMW, à la pointe l’électrique en Allemagne, a raté son entrée en scène. Malgré trois milliards de francs injectés dans le développement de la «i3», le constructeur allemand ne parvient toujours pas à concurrencer Tesla.

Daimler (Mercedes) vient juste de lancer une gamme dans le 100% électrique. Quant au groupe Volkswagen, qui a tout chamboulé en un an pour sortir du diesel, il veut lancer 30 modèles d’ici à 2020 et écouler, dans dix ans, plus de 3 millions de voitures électriques, près du tiers de sa production actuelle. Audi prépare déjà une version électrique du SUV Q6 et de l’A7. Volkswagen croyait à «l’avenir de la technologie diesel» il y a un an encore. Son patron, Matthias Müller, assure aujourd’hui que le futur est électrique…

Un enthousiasme qui n’est pas encore partagé par les Allemands. Malgré la prime de 4000 € versée par l’Etat, les ventes ne décollent pas. «L’autonomie des véhicules reste trop faible, les infrastructures sont peu développées et le prix trop élevé par rapport au diesel», explique Stefan Bratzel.

Des ventes marginales

A la fin de 2016, le gouvernement a débloqué 300 millions d’euros sur la période 2017-2020 pour ajouter 15 000 bornes électriques au réseau, qui en compte environ 6000 actuellement. «Nous voulons faire de notre pays un modèle en matière d’électromobilité», répète Alexander Dobrindt, ministre allemand des Transports. Mais le chemin est encore long: moins de 12 000 voitures électriques ont été vendues en 2016 en Allemagne – un chiffre en baisse par rapport à celui de 2015 –, contre plus de 3 millions pour les moteurs à explosion. «Le secteur n’est pas pour autant en mauvaise posture. Les constructeurs allemands sont très forts dans la conduite automatisée et surtout dans la mobilité, le grand défi de l’avenir», insiste l’expert Stefan Bratzel.

Google, la grande menace

Daimler et BMW sont présents depuis des années dans l’autopartage (carsharing). Ils ont compris que la menace ne venait pas de la mort du diesel mais de l’arrivée de nouveaux concurrents très agressifs: les géants de l’Internet. «Le vrai danger de l’industrie automobile allemande, c’est Google & Co.», insiste Stefan Bratzel.

«A l’avenir, les gens n’achèteront plus de voiture. Ils loueront les véhicules sur des plates-formes de mobilité. La question est de savoir qui les contrôlera. Les chances pour les constructeurs de devenir eux-mêmes des opérateurs sont de 50-50», juge-t-il.

Les Allemands se sont lancés dans la course un peu tard: Volkswagen a sa plate-forme (MOIA) depuis… la fin de 2016. S’ils perdent la bataille, Volkswagen, BMW ou Daimler pourraient finir par devenir des sous-traitants d’Uber ou d’Apple, qui leur imposeront leurs conditions.

(24 heures)

Créé: 13.03.2017, 21h51

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