Berlin choisit le protectionnisme pour contrer l’appétit des Chinois

EconomieL’Allemagne se donne le droit de bloquer une acquisition dans un secteur clé. Les milieux d’affaires crient à l’ingérence.

Le décret est une réaction directe à l’affaire du fabricant de robots industriels Kuka, fleuron en matière de recherche, qui avait été repris en 2016 par le chinois Midea sans que Berlin ne puisse s’y opposer.

Le décret est une réaction directe à l’affaire du fabricant de robots industriels Kuka, fleuron en matière de recherche, qui avait été repris en 2016 par le chinois Midea sans que Berlin ne puisse s’y opposer. Image: Keystone

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L’Allemagne est confrontée à la même situation que la Suisse. Les Chinois sont accusés de vouloir faire main basse sur les secteurs technologiques de pointe. Au cours des deux dernières années, une vingtaine d’entreprises helvétiques ont été rachetées par des investisseurs chinois, comme le géant agrochimique bâlois Syngenta, acquis par China National Chemical Corporation, ou encore Swissport et Gategroup, repris par le spécialiste du transport aérien et de la logistique chinois HNA.

Jusqu’à présent, les Allemands étaient sur la même longueur d’onde que le ministre suisse de l’Economie, Johann Schneider-Ammann, qui n’a jamais émis d’objection à ces rachats de fleurons économiques. Contrairement à la France, très interventionniste, les responsables politiques allemands n’avaient pas l’habitude de se mêler des affaires des entreprises. En Allemagne, c’est le marché qui décide, pas les chefs de gouvernement.

«Il ne faut pas être naïf»

Les temps changent et les milieux économiques voient d’un très mauvais œil cette décision d’Angela Merkel de se réserver un droit de veto pour certaines acquisitions «sensibles». Selon eux, le choix de Berlin va à l’encontre des règles du marché et risque d’être contre-productif. «Cela rend l’Allemagne moins attractive aux yeux des investisseurs. L’ancien règlement était largement suffisant», a protesté Stefan Mair, directeur de la puissante Fédération de l’industrie allemande (BDI). «Il ne faut pas être naïf», lui répond Brigitte Zypries, ministre social-démocrate de l’Economie (SPD), dont le gouvernement a adopté un décret mercredi lui permettant de bloquer l’acquisition d’une entreprise «stratégique» par un groupe issu d’un pays situé en dehors de l’Union européenne, dès que l’entrée au capital dépasse les 25%.

Habilité jusqu’ici à se prononcer dans des domaines vitaux comme l’armement ou l’énergie, Berlin vient d’élargir son champ d’influence aux prestataires de services («cloud computing» en tête), fabricants de logiciels pour les réseaux de télécommunications, hôpitaux, banques ou aéroports. Par ailleurs, le Ministère de l’économie voit son délai d’examen rallongé de deux à quatre mois. «La complexité des dossiers nous oblige à revoir notre système de contrôle», a justifié Brigitte Zypries. «Nous restons l’une des économies les plus ouvertes au monde tout en veillant aux bonnes conditions de concurrence», a-t-elle ajouté.

Débat idéologique

Le décret est une réaction directe à l’affaire du fabricant de robots industriels Kuka, fleuron en matière de recherche, qui avait été repris en 2016 par le chinois Midea sans que Berlin ne puisse s’y opposer. Fondé en 1898, Kuka fournit toute l’industrie automobile allemande et équipe également les chaînes d’assemblage d’Airbus.

Comme en Suisse, les Chinois sont accusés de viser d’abord le savoir-faire et la technologie dans ces secteurs de pointe (énergie, défense, etc.) mais aussi le made in Germany et le Swissness, c’est-à-dire l’image de qualité rattachée aux deux pays. Avant le G20, Angela Merkel avait elle-même mis en garde contre «l’expansionnisme économique chinois», soulignant que, vue de Pékin, l’Europe était perçue comme une «péninsule asiatique».

Le choix de Berlin a été également critiqué par la presse, qui s’inquiète d’une dérive protectionniste de l’Allemagne après celle qui se profile aux Etats-Unis. «Les salariés, les clients et les actionnaires de Kuka sont aujourd’hui très satisfaits du changement de propriétaire. Pourquoi le gouvernement aurait-il besoin d’un veto?» s’interroge la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ). «L’Allemagne, championne des exportations, vient de lancer un signal dévastateur en faveur du protectionnisme dans le monde», regrette le quotidien conservateur de Francfort.

L’initiative de Berlin risque enfin de se heurter aux réticences des autres membres de l’Union européenne (UE), comme le Portugal, la Grèce ou l’Espagne, qui craignent que ces mesures ne freinent les investissements asiatiques dans leur propre pays. Au dernier sommet de l’UE, les représentants de ces pays se sont opposés au président français, Emmanuel Macron, qui avait émis l’idée de contrôler, au niveau européen, toutes les acquisitions d’entreprises stratégiques par des intérêts basés hors de l’Union.

(24 heures)

Créé: 14.07.2017, 08h30

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