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Anniversaire de Max Havelaar

«Dès le départ, notre succès a été spectaculaire»

Interview: Laureline Duvillard. Mis à jour le 14.02.2012

La Fondation Max Havelaar Suisse fête aujourd'hui ses 20 ans. Rolf Buser, son premier directeur général, revient sur l’aventure Max Havelaar, du café aux bananes.

1/23 Récolte du coton en Inde.
Image: Max Havelaar

   

Rolf Buser, premier directeur général de Max Havelaar Suisse. (Image: Hotel revue)

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En 1992, le jour de la fête des amoureux, naissait la Fondation Max Havelaar Suisse, avec le but de mettre du baume sur le cœur des petits producteurs. Objectif principal: promouvoir sur le marché helvétique des produits issus du commerce équitable. L’évolution de cette Fondation a été rapide et fulgurante.

En 2010, elle a effectué un chiffre d’affaires de 303,5 millions de francs et a eu un impact sur environ 5 millions de personnes, en comptant les petits producteurs, les ouvriers et leurs familles. Et le succès se poursuit. Rolf Buser, premier directeur général de Max Havelaar Suisse, qui a participé au lancement de la fondation, revient sur l’aventure des produits issus du commerce équitable.

Rolf Buser: Comment est née la fondation Max Havelaar ?

Tout a commencé en 1991, lorsque les six plus grandes associations caritatives suisses*, décident de mener une campagne pour introduire un label de «café propre» dans les grandes chaînes de distribution. Car, pendant des années, des distributeurs alternatifs, comme les Magasins du monde, ont essayé de distribuer leurs produits dans ces grandes chaînes, mais cela n’a jamais marché.

De plus à cette période, le prix du café sur le marché mondial était extrêmement bas, suite à la fin de l’Accord international sur le café. Il y avait donc une certaine pression des coopératives de café au Mexique et en Amérique latine.

J’ai donc travaillé comme conseiller indépendant auprès de ces associations pour regarder si la mise en place d’un tel label, qui existait déjà via la Fondation Max Havelaar aux Pays-Bas, était possible en Suisse. Nous avons montré que le marché du pays s’y prêtait particulièrement bien. Par contre, nous avons dû nous battre pour que les grandes chaînes de distribution acceptent de proposer un « café propre ». Coop et Migros étaient d’abord sceptiques. En ce temps là, persistait encore le préjugé que les petits producteurs ne pouvaient pas produire et livrer du café de qualité.

Nous avons alors mené une vaste campagne et en décembre 1991, Migros et Coop ont accepté de distribuer un café «propre». Ensuite tout s’est enchaîné très vite, car le lancement initialement prévu pour l’automne 1992 a été avancé au printemps, suite aux souhaits de Coop. Nous avons alors dû créer très rapidement une fondation et un label.

De quelle manière a évolué la Fondation Max Havelaar Suisse ?

La première année a été spectaculaire, nous avons vendu 1300 tonnes de café labellisé Max Havelaar. Des médias aux consommateurs, tout le monde s’est montré très enthousiaste. Nous avons eu beaucoup de soutien. Ce qui nous a permis de lancer chaque année un nouveau produit. En 1997, par exemple, après une longue préparation nous avons lancé le commerce équitable de bananes. Ce fut un énorme succès. Et Coop a rapidement décidé de distribuer uniquement les bananes Max Havelaar.

Petit à petit, grâce au succès rencontré, Max Havelaar a pu élargir son assortiment et mieux répondre aux différents goûts des consommateurs avec environ 1500 produits. De plus, le label est désormais connu par 80% à 90% de la population et a réussi à gagner la confiance de celle-ci. Je suis donc très heureux de l’évolution de la Fondation Max Havelaar, qui peut se permettre de travailler avec toujours plus de producteurs.

Finalement, l’impact de Max Havelaar a mené à une réflexion chez les multinationales. Au vu du succès des bananes, Chiquita par exemple, a soudain pris des mesures en faveur de ses travailleurs, et a notamment autorisé les syndicats. Outre l’impact positif chez les producteurs, ces effets indirects sont très importants à mon sens.

Est-ce qu’on a assisté à une évolution dans le comportement des consommateurs depuis la création de la Fondation Max Havelaar le 14 février 1992 ?

Il est certain que les comportements évoluent. Aujourd’hui Max Havelaar fonctionne mieux qu’il y a 20 ans. Mais il y a tout de même une polarisation parmi les consommateurs. Une part toujours plus importante de ceux-ci veulent des produits bon marché et n’opteront jamais pour des produits issus du commerce équitable. D’ailleurs, les discounters fleurissent.

Mais on trouve aussi une partie de la population qui est prête à payer pour un produit de qualité. Car elle sait que son achat aura un impact positif dans le combat contre la pauvreté.

La Fondation Max Havelaar intègre désormais 1,2 million de producteurs et d’ouvriers, comment gère-t-elle les contrôles?

Au départ, chaque Fondation Max Havelaar (aux Pays-Bas, en Belgique et en Suisse) effectuait les contrôles de manière indépendante. Puis dès 1997, tous les contrôles ont été centralisés auprès de l’organisation internationale FLO (Fairtrade labelling organization) qui travaille avec un réseau d’organismes de certification effectuant directement les contrôles auprès des producteurs. Les contrôles sont aujourd’hui menés de manière beaucoup plus professionnelle qu’au début.

Lors des contrôles, quels sont les critères les plus importants ?

J’ai personnellement effectué des contrôles dans les coopératives de café en Bolivie. Dans le cadre de celles-ci, les critères les plus importants sont le fonctionnement démocratique, le respect de la transparence dans l’administration et les finances et bien sûr, la rémunération équitable des employés.

Les plantations (par exemple de thé et de fleurs) quant à elles doivent respecter les lois nationales, autoriser les syndicats, octroyer à leurs employés une rémunération équitable et respecter les droits internationaux de l’Organisation internationale du travail.

*Swissaid, Action de Carême, Pain pour le prochain, Helvetas, Caritas et EPER (Newsnet)

Créé: 14.02.2012, 18h08

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