L’économie vaudoise va tenter de maintenir le cap

ConjonctureUn rapport publié par l’Institut Créa, la CVCI et la BCV revient sur la dernière décennie où la santé du canton fut étincelante, mais aussi sur les défis qui menacent sa croissance.

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De l’eau a coulé sous les ponts depuis le krach immobilier survenu dans le canton durant la dernière décennie du XXe siècle. L’économie vaudoise a désormais repris du poil de bête. Mieux, elle est devenue l’un des principaux moteurs de la croissance en Suisse romande, voire en Suisse dans son ensemble.

Mais les réjouissances d’hier font désormais place à des inquiétudes dont l’ampleur et le nombre ne cessent de croître au fil des mois. La semaine dernière, un sondage réalisé par EY indiquait que, pour la première fois depuis 2012, «la part des sceptiques (ndlr: ceux qui prévoient une dégradation de la situation économique dans les six prochains mois) l’emporte en Suisse». Certes, un différentiel existe au plan romand, puisque globalement les Genevois semblent bien plus pessimistes que les Vaudois. Mais si les esprits s’échauffent un peu plus au bout du Léman, la température monte aussi en terres vaudoises. Comme l’écrit l’Institut Créa (UNIL) dans un rapport réalisé en collaboration avec la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI) et l’Observatoire BCV pour l’économie vaudoise, «le défi est de taille, voire probablement inédit dans l’histoire récente, puisqu’il consiste à préserver un élan conjoncturel et une prospérité installés depuis le début du millénaire». Les enjeux sont aujourd’hui d’autant plus grands qu’ils concernent l’ensemble des branches de l’économie, mais également la santé de certaines institutions publiques.

Attirer les talents étrangers

L’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) craint par exemple plus que jamais de voir son accès au vivier international de scientifiques de renom restreint dès 2017 – date de l’entrée en vigueur de l’initiative «Contre l’immigration de masse» acceptée par le peuple le 9 février 2014. «Notre atout principal est limité aux compétences de nos chercheurs. Or ces derniers viennent de Suisse, certes, mais également des quatre coins du monde. Si nos accès à ces talents finissent par être limités, l’EPFL en pâtira», prévenait à la fin de l’année dernière son président, Patrick Aebischer. Les premières conséquences pourraient ainsi vite se faire ressentir sur les budgets en recherches et développement (R&D). C’est en tout cas l’avertissement que lancent les auteurs d’une récente étude de l’Université de Saint-Gall. Jusqu’ici, la Suisse excelle toujours autant en ce qui concerne l’innovation. Avec des dépenses annuelles en R&D atteignant 2,9% du produit intérieur brut (PIB), elle investit autant d’argent que les Américains, mais plus que les Européens, dont la moyenne globale tourne autour de 2%.

Un franc suisse toujours trop fort

Si, ces derniers jours, le renforcement de l’euro (par rapport au franc suisse) est de l’ordre de la bonne nouvelle pour les exportateurs suisses et les commerçants locaux victimes d’un fort tourisme d’achat, il est encore un peu tôt pour crier victoire.

Le 4e canton exportateur de Suisse – au dire de l’étude présentée hier – risque fort en effet d’être chamboulé une nouvelle fois par les affres de devises annoncées comme toujours aussi volatiles en 2016. «Au problème du franc se superposeront cette année les nombreuses incertitudes conjoncturelles», avertit Philippe Gumy, porte-parole de la CVCI. Restructurations ou délocalisations sont ainsi régulièrement citées comme conséquences à cette situation. Avec les risques pour l’emploi qui les accompagnent.

A cela s’ajoute encore la problématique fiscale. Sa réforme – les Vaudois voteront sur ce thème en mars – semble vitale pour l’économie vaudoise. «Sans elle, ce sont 25 000 emplois qui seront menacés», assure Philippe Gumy, tout en rappelant que le Canton de Vaud impose une fiscalité ordinaire parmi les plus élevées de Suisse en matière d’imposition des bénéfices.

Des reins suffisamment solides

Concrètement, les signaux sont actuellement dans le rouge. En 2015, le canton a vu sa croissance plonger à 0,9%, contre 2,3% une année plus tôt. Or rien n’indique que les perspectives s’amélioreront à court, voire à moyen terme. «Pour certaines branches industrielles, notamment, la situation est en train de se détériorer, avec une réelle régression des entrées de commandes», avertit Guy-Philippe Bolay, directeur adjoint à la CVCI.

Selon, Jean-Pascal Baechler, responsable de l’Observatoire BCV pour l’économie vaudoise, «le canton de Vaud (ndlr: dont les finances sont saines, voir infographie ci-dessus) a toutefois les reins suffisamment solides pour aborder sereinement cette période et relever sans trop de casse les défis fiscaux, réglementaires et économiques qui l’attendent». (24 heures)

Créé: 02.02.2016, 19h58

La transformation du canton en trois volets

Le poids des banques
En toute discrétion, la place financière vaudoise n’a cessé de gagner en force durant ces dix dernières années. A tel point que certains la considèrent désormais comme la troisième place bancaire du pays. «Si elle reste évidemment loin derrière celles de Genève et de Zurich, elle passe par contre devant Lugano et Bâle», estimait encore récemment dans nos pages Robert-Philippe Bloch, président de l’Association vaudoise des banques (AVB) et directeur chez Lombard Odier, tout en précisant que cela reste difficile à évaluer, faute de statistiques solides. D’ailleurs, en termes d’emplois (15 700 équivalents plein-temps),
la place financière vaudoise n’arriverait que quatrième, soit derrière Bâle, mais devant le Tessin.
La fin du secret bancaire, les nouvelles régulations qui s’enchaînent ou encore, plus récemment, les fameux taux négatifs touchent toutefois de plein fouet les banques vaudoises. Pour preuve, entre 2010 et 2014,
la contribution du secteur financier au produit intérieur brut (PIB) vaudois a chuté de 9,2% à 6,8%.

Un terreau à start-up
En termes d’emplois et de contribution au produit intérieur brut (PIB), les jeunes pousses ne pèsent pas très lourds dans la balance. Et pourtant, elles illustrent la santé et la capacité d’une région à innover. En quinze ans, en parallèle à la renommée internationale croissante de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), le canton s’est transformé en l’un des principaux viviers à start-up du pays. «Il faut aussi prendre en compte l’influence de l’Ecole d’ingénieurs d’Yverdon (HEIG-VD), rappelait l’automne dernier Jordi Montserrat, directeur de Venturelab, mais aussi les efforts des autorités avec le programme Innovaud.» De manière globale, selon Jean-Pascal Baechler, responsable de l’Observatoire BCV pour l’économie vaudoise, «il existe une vraie dynamique de l’innovation, une profonde valorisation de la recherche en terres vaudoises». En 2014, ce sont plus de 200 millions de francs qui sont tombés dans l’escarcelle des jeunes pousses vaudoises, soit autant qu’à Zurich.

Une industrie de niche
«Textile hier, pharma, alimentation ou horlogerie aujourd’hui, la Suisse est toujours parvenue à trouver de nouvelles niches industrielles particulièrement porteuses pour son économie», relate Jean-Pascal Baechler, responsable de l’Observatoire BCV pour l’économie vaudoise. Ce dernier n’hésite d’ailleurs pas à citer l’exemple de Nespresso, dont le chiffre d’affaires est passé de 210 millions de francs au début du XXIe siècle à quelque 5 milliards aujourd’hui. Mais le secteur alimentaire n’est pas le seul à s’être très bien comporté ces dernières années, la branche des outils de précision (technologies médicales, électronique ou encore horlogerie) a également connu une évolution particulièrement dynamique. Et au vu de ses marges attrayantes, elle a permis à l’économie vaudoise de fleurir et de vivre un phénomène suffisamment rare en Europe pour être mentionné: la réindustrialisation. Entre 1998 et aujourd’hui, le nombre d’emplois est ainsi passé de 55 000 à 75 000 dans ce secteur.

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