Artmyn révèle la matière des chefs-d’œuvre de la peinture

Les entreprises à l'ère numériqueLa société issue de l’EPFL, partenaire de Sotheby’s, a développé un scanner qui dévoile chaque coup de pinceau de l’artiste. Une technologie qui intéresse d’autres applications.

L’équipe d’Artmyn poursuit le développement de son deuxième prototype de scanner, testé chez Sotheby’s

L’équipe d’Artmyn poursuit le développement de son deuxième prototype de scanner, testé chez Sotheby’s Image: Philippe Maeder

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Un célèbre tableau du peintre Chagall, Scène de cirque, réalisé vers 1970, sera mis aux enchères par Sotheby’s le 16 mai à New York. Valeur estimée: entre 1,8 et 2,5 millions de dollars. Collectionneurs ou amateurs ne doivent plus faire le saut outre-Atlantique pour se convaincre de leurs propres yeux que c’est bien le tableau de leurs rêves. Artmyn, société issue de l’EPFL, qui vient de s’associer avec la maison de vente aux enchères, permet désormais de visualiser et d’analyser via Internet tous les détails des chefs-d'œuvre mis en vente. Capable d’authentifier une œuvre d’art mieux qu’un expert, la technologie d’imagerie que la start-up a mis au point promet de multiples applications en dehors de l’art, notamment dans le domaine médical.

Fondation Bodmer

Découvrez la vidéo présentant la technologie Artmyn avec une oeuvre du peintre Soutine "La femme en rouge au fond bleu" (environ 1928), tableau estimé entre 3 et 4 millions de dollars qui sera vendu aux enchères chez Sotheby's à New York le 16 mai prochain.

L’équipe d’Artmyn, qui vient de s’installer dans ses nouveaux locaux à Saint-Sulpice, peut se targuer d’une double consécration en ce début d’année. Fondée en juin 2016, la société était déjà invitée cette année au Forum économique de Davos, où elle a présenté les résultats de sa collaboration avec la Fondation Martin Bodmer, à Genève, qui possède une riche collection d’anciens manuscrits. Elle a reproduit des pages de ces précieux et fragiles documents – comme une Bible de Gutenberg et un manuscrit grec sur papyrus – ainsi que des pièces de monnaie en fichiers numériques, qui les révèlent sous toutes les coutures.

La société a également concrétisé un partenariat exclusif avec Sotheby’s pour la numérisation des œuvres d’art majeures proposées aux enchères cette année à Londres et à New York. Celles-ci sont scannées sur place à l’aide de l’équipement et des logiciels développés par Artmyn. Ces «images multidimensionnelles», qui offrent une vision mille fois supérieure de l’œuvre comparé aux photos habituelles du catalogue, sont accessibles en ligne sur les différentes plates-formes de Sotheby’s.

Des images en 5D

Formés dans le Laboratoire de communications audiovisuelles du professeur Martin Vetterli, le nouveau président de l’EPFL, les ingénieurs d’Artmyn ont mis au point une nouvelle génération de scanners et d’algorithmes. Cette technologie permet de créer des images qu’ils appellent 5D, car elles représentent non seulement la profondeur en trois dimensions, mais elles offrent aussi une vision en perspective et la possibilité de varier l’angle de la lumière. Cela grâce à près de 15 000 prises de vues photographiques de très haute résolution réalisées sous de multiples angles.

Le tableau peut ainsi être observé et analysé de façon interactive et réaliste en présentant les textures et la finesse des coups de pinceaux. Certains parlent de «Google Earth de l’art», remarque Alexandre Catsicas, directeur de la société, formé dans la finance et qui a fait un passage chez Christie’s à Londres, où il s’est mis en tête de plonger dans ce projet.

Grâce à une première levée de fonds de 1,2 million l’automne dernier, la start-up travaille sur son second prototype de scanner – équipé d’un dôme impressionnant –, qui permet de reproduire numériquement des tableaux de 1,50 m × 1 m en près de 45 minutes, dix fois plus rapidement que le premier prototype. C’est celui-ci qui est utilisé chez Sotheby’s.

Mais, fort des premiers succès et avec le projet de lever quelque 10 millions de francs supplémentaires cet été, Alexandre Catsicas vante déjà les prouesses des prochains appareils, plus puissants, prévus pour l’hiver prochain. Ils permettront de travailler sur des surfaces de peinture de 2 m × 2 m, puis par la suite d’intégrer des faisceaux ultraviolets pour analyser la peinture à travers ses différentes couches, jusqu’à l’esquisse.

Fichiers énormes

La technologie Artmyn procède en trois étapes: l’acquisition de l’œuvre par numérisation, le traitement des données et enfin la mise à disposition des fichiers. C’est là que la société se singularise, selon son directeur, car elle a conçu un logiciel de visualisation pour les navigateurs usuels, ce qui rend accessible à tout en chacun un contenu de très grandes quantités de données, et donc extrêmement lourd (le fichier de base fait un téraoctet).

Les applications de cette technologie sont multiples dans le domaine de l’art. Elles permettent aux musées et aux propriétaires d’œuvres parfois intransportables de les montrer via les réseaux ou dans les écoles. Alors que les professionnels disposent d’un nouvel outil d’expertise grâce à une technologie cryptée et sécurisée. Artmyn compte ainsi commercialiser ce produit – qui fournit une sorte de passeport biométrique de l’œuvre – auprès des ports francs, des assurances, des experts et des institutions du monde de l’art.

Dermatologues intéressés

Mais grâce à son imagerie haute résolution, cette technologie intéresse d’autres professions, comme les dermatologues pour des diagnostics de peau. Et dans le futur, les scanners devraient aussi pouvoir numériser des objets – plus seulement en relief mais en volumétrie – tels les sculptures, pierres précieuses et bijoux afin d’en garantir la traçabilité. L’entreprise travaille déjà dans cette direction grâce à des fonds de recherche mis à disposition par la Confédération.

La start-up, détenue par ses cofondateurs (Loïc Baboulaz, Julien Lalande, Matthieu Rudelle et Alexandre Catsicas), s’est ouverte à des fonds de venture capital et des investisseurs privés pour accélérer son développement. Son modèle d’affaires va dépendre de ses orientations, mais les sources de revenu potentielles sont multiples. Si Artmyn compte aujourd’hui sept personnes, Alexandre Catsicas verrait bien cet effectif tripler voire quadrupler suite à la prochaine levée de fonds. (24 heures)

Créé: 08.05.2017, 16h25

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