Secteur auto en Europe
«Les constructeurs vont devoir encore licencier»
Interview: afp. Mis à jour le 21.07.2012 1 Commentaire
Dave COle, spécialiste de l'industrie automobile à l'Université du Michigan. (Image: DR)
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Redressement dans la douleur
Le sauvetage de l'industrie automobile américaine, qui a coûté 85 milliards de dollars de deniers publics et s'est traduit par des dizaines de milliers de licenciements, a traumatisé les Etats-Unis, mais les constructeurs ont aujourd'hui retrouvé leur compétitivité.
Fin 2008, les «Big Three» de Detroit, General Motors, Ford et Chrysler, sont à genoux: écrasés de dettes et plombés notamment par les retraites de leurs ex-employés, leurs voitures ont perdu en qualité face à leurs concurrentes asiatiques moins chères.Ils ont manqué le virage des voitures économes et lorsque les prix du carburant flambent, la chute des ventes de voitures aux Etats-Unis se précipite.
En 2009, le président Barack Obama fraîchement installé donne son blanc-seing au «plan de soutien industriel le plus important depuis la Seconde Guerre mondiale», selon les termes de son ex-conseiller Steve Rattner. Les fonds sont puisés dans les 700 milliards du plan de sauvetage bancaire. L'une des conditions sine qua non de l'aide de l'Etat, outre une baisse substantielle de la rémunération des employés, est le départ du patron de GM Rick Wagoner et de celui de Chrysler Bob Nardelli.
Chrysler et GM en arrivent ensuite à l'impensable pour ces ex-fleurons industriels américains: au printemps 2009, ils déposent le bilan. GM se retrouve de facto nationalisé, gagnant le surnom de «Government Motors». Le gouvernement fédéral monte à 61% du capital contre une aide de 60 milliards de dollars et un effacement d'une grande partie de la dette. Chez Chrysler, le gouvernement prend 8% et le constructeur italien Fiat 20%, avec aux commandes son patron Sergio Marchionne. Pour doper les ventes, l'administration Obama met également en place une prime à la casse à l'été 2009. Ford, lui, échappe à la faillite.
Depuis, les trois constructeurs ont licencié des dizaines de milliers de personnes (GM emploie 200'000 personnes aujourd'hui contre 327'000 en 2006), en fermant plus d'une dizaine d'usines aux Etats-Unis, et en éliminant de nombreuses marques: Mercury, Taurus, Hummer, Saturn... Ils ont fortement automatisé leurs usines et investi dans des systèmes électroniques innovants à bord de leurs nouveaux modèles et dans les technologies «vertes». Ils ont aussi misé sur l'internationalisation, GM et Ford partant à l’assaut du marché chinois. Ils ont renoué avec la rentabilité, mais leur talon d'Achille est aujourd'hui l'Europe, où ils accumulent les pertes. (afp)
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Entre 2008 et 2009, à un moment où il était endetté et accumulait les pertes dans un contexte de chute des ventes, le secteur automobile américain était au bord du gouffre et a dû se restructurer dans la douleur. Trois questions à Dave Cole, spécialiste de l'industrie automobile à l'Université du Michigan.
AFP – Aux Etats-Unis, combien d'emplois ont été supprimés et d'usines ont été fermées?
Dave Cole – Un nombre substantiel. GM emploie maintenant 50.000 personnes (aux Etats-Unis) contre 100.000 avant la crise. Une usine d'assemblage, c'est environ 250.000 unités par an et Ford, Chrysler et General Motors ont supprimé environ deux millions d'unités, donc une dizaine d'usines. L'une des raisons qui fait que le secteur va mieux, c'est qu'il n'y a plus le même excédent de capacité de production qu'avant. En Europe le même genre de chose va devoir arriver, même si c'est plus difficile là-bas. L'un des problèmes de l'industrie, c'est que si l'on opère sous le seuil de rentabilité, on perd une quantité d'argent colossale. C'est ce qu'on voit chez le Français PSA Peugeot Citroën par exemple. L'utilisation des capacités de production est assez faible et c'est catastrophique pour leur rentabilité.
Quelle a été la recette de la réussite du plan de sauvetage du secteur aux Etats-Unis?
Les réductions de dette ont été très utiles, les fermetures d'usines aussi, mais ils ont créé un modèle d'activité entièrement nouveau avec un taux d'utilisation beaucoup plus élevé, l'élimination d'un certain nombre de marques, la consolidation des plateformes utilisées. Avec tout ceci, ils sont rapidement devenus très rentables. Le coût du travail a chuté de façon spectaculaire et l'augmentation de la productivité a augmenté avec la faillite. L'un des effet secondaires, c'est que le type d'ouvrier qui est demandé est désormais très différent de ceux de l'ancien modèle. Avant on pouvait travailler sur une ligne d'assemblage en n'ayant pas son bac. Maintenant, il faut deux ans d'université. La crise maintenant, c'est de savoir si on peut trouver assez d'ouvrier aussi qualifiés, et en Europe c'est pareil. Le résultat c'est qu'avant, les voitures fabriquées aux Etats-Unis avaient un désavantage compétitif de 2.000 dollars par voiture par rapport aux voitures japonaises, maintenant c'est devenu un avantage de 2000 dollars.
Pour Chrysler, le mariage a-t-il été providentiel avec Fiat?
Fiat était en difficulté lui-même, et ses dirigeants se sont dit que combiné avec Chrysler ils avaient une chance (de survivre). Les gens pensent souvent que c'est Fiat qui a été le chevalier blanc de Chrysler, mais à l'heure actuelle c'est Chrysler qui garde Fiat en vie. Ils sont allés mieux pendant un temps, mais avec la crise qui s'aggrave en Europe, Fiat et Chrysler sont de nouveau dans une situation risquée, à moins qu'ils ne parviennent à restructurer les opérations en Europe. Le malaise en Europe est très sérieux. On court à la catastrophe sauf si les constructeurs parviennent à fermer des usines. Ils doivent en fermer 10 à 12, rien que pour survivre. (Newsnet)
Créé: 21.07.2012, 11h45
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La rédaction
1 Commentaire
Le secteur doit s'en prendre à lui-même, à force de délocaliser à outrance ou la parité de la monnaie est faible et la main d'oeuvre ne coûtait presque rien! L'industrie automobile américaine a eu ses heures de gloire, tout devait être plus grand et consommer un maximum de carburant! La roue à tourner et il ont dû s'adapter et fabriquer de petites voitures, comme ceux dont ils se moquaient avant! Répondre
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