Choc à quatre pour la conquête du pouvoir

Elections cantonalesLes candidats des tickets de gauche et de droite ferraillent pour deux sièges à repourvoir le 21 mai. «Programme» rose-vert contre «vision» bourgeoise.

De g. à dr. Cesla Amarelle (PS), Béatrice Métraux (Verts), Jacques Nicolet (UDC) et Isabelle Chevalley (Vert’libéraux) 
à la rédaction de «24 heures».

De g. à dr. Cesla Amarelle (PS), Béatrice Métraux (Verts), Jacques Nicolet (UDC) et Isabelle Chevalley (Vert’libéraux) à la rédaction de «24 heures». Image: Patrick Martin

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Un match à quatre plutôt nerveux


24 heures a réuni les quatre candidats à l’élection au Conseil d’Etat, de l’alliance de gauche et de l’alliance de droite, pour un débat en vue du deuxième tour. Résultat, un affrontement serré, où les prétendants se sont heurtés parfois frontalement. Changement d’ambiance après une campagne de premier tour où presque tous les candidats s’inscrivaient dans «la continuité». La conseillère nationale Cesla Amarelle (PS) affichait de la complicité avec la conseillère d’Etat sortante Béatrice Métraux (Les Verts). La photo de groupe avant le débat en témoigne, les deux candidates se tiennent proches l’une de l’autre, mais à distance respectable de leurs adversaires de droite. Le ticket de gauche a multiplié les chiffres et les exemples concrets à l’appui de ses démonstrations, pendant les nonante minutes qu’a duré le débat. En face, Jacques Nicolet (UDC), arborant une cravate couverte de petites vaches, signe de son profil rural, a joué la carte de la bonhomie. Sa colistière Isabelle Chevalley (Vert’libéraux) a parfois attaqué rudement ses adversaires, particulièrement Cesla Amarelle. Il faut dire que cette dernière ne s’est pas gênée de tacler les candidats de droite. Nous avons élagué un certain nombre de passages où les concurrents se sont coupé la parole ou se sont mutuellement accusés de le faire. Ce match à quatre n’avait rien d’une rencontre amicale. Un autre débat réunira dans quelques jours la candidate du PDC Sylvie Villa et l’indépendant Guillaume «Toto» Morand.

Au premier tour, la droite invoquait le «compromis dynamique». Elle prétend maintenant que le Conseil d’Etat n’est pas au complet pour «maintenir l’équilibre et la cohésion» du canton. Tout à coup, vous estimez vraiment qu’il y a un déséquilibre?

Jacques Nicolet: Le compromis dynamique, c’était surtout une expression utilisée par la gauche. Nous, on s’est permis d’émettre quelques critiques sur le bilan du Conseil d’Etat.
Isabelle Chevalley: S’il n’y a que les grands partis représentés, oui, il y a un déséquilibre. Le centre occupe une place importante au Grand Conseil, entre la gauche et la droite. Ni l’une ni l’autre n’ont la majorité sans ce centre qui n’est aujourd’hui pas représenté au Conseil d’Etat.
Béatrice Métraux: Il y a eu un très grand équilibre entre le Conseil d’Etat à majorité de gauche et le Grand Conseil à majorité de droite durant cette législature. La meilleure preuve, c’est qu’un grand projet comme la RIE III (ndlr: troisième réforme de la fiscalité des entreprises), difficile à expliquer et à faire admettre dans nos partis, est passé. Ce terme de compromis dynamique, utilisé à plusieurs reprises par Pascal Broulis, prend tout son sens.
I. Chevalley: Je constate que sur la RIE III vous n’avez pas réussi à convaincre vos partis fédéraux, ce qui remet en question le compromis vaudois. La gauche fédérale, avec Roger Nordmann comme chef de groupe, a attaqué la réforme par voie de référendum et aujourd’hui on n’a pas le milliard de cohésion.
B. Métraux: La RIE III cantonale a été soutenue à 87% par le peuple et tous les partis étaient derrière parce qu’il y avait un volet de compensations, notamment avec le financement des crèches et les subsides maladie. Il y avait un équilibre, j’insiste sur ce terme.
Cesla Amarelle: Citez-moi un seul canton suisse qui réponde mieux aux aspirations de ses citoyens que le canton de Vaud, un seul qui évolue aussi bien dans ses infrastructures que dans ses services et avec des finances saines. Ce compromis qu’on appelle dynamique est le fruit d’une politique intelligente, menée par un gouvernement qui a su dialoguer. C’est ce compromis à la vaudoise que nos concurrents cherchent aujourd’hui à déstabiliser. Ce dont on a besoin aujourd’hui dans le canton de Vaud, c’est d’une équipe de gouvernement qui sait où elle va, composée de personnalités qui ont fait leurs preuves. Béatrice Métraux sait faire des compromis, elle en a fait encore récemment avec la loi sur le logement. Je sais en faire, j’ai été en première ligne à Berne pour les compromis en matière de Bilatérales dans le cadre de l’initiative «Contre l’immigration de masse.»

Pour préciser une fois pour toutes vos ambitions à droite, briguez-vous quatre ou cinq sièges? Visez-vous seulement celui d’Anne-Catherine Lyon, ou aussi celui de Béatrice Métraux?

I. Chevalley: On vise cinq sièges et je ne vois pas en quoi c’est choquant. Est-ce que cela vous choque qu’il y ait six élus de gauche à la Municipalité de Lausanne? Il y a deux sièges à repourvoir et il y a donc deux candidatures à droite, deux candidatures à gauche. Cela donne le choix aux Vaudois.
J. Nicolet: Notre ticket avec Isabelle Chevalley est représentatif d’une large alliance de droite et du centre droit, voilà pourquoi nous partons à deux.


Les raisons de l’offensive

Vous ne donnez pas crédit à la bonne gouvernance enregistrée jusque-là avec un Conseil d’Etat à majorité de gauche?

J. Nicolet: Ce n’est pas parce que le bilan du Conseil d’Etat sortant est positif, il y a d’ailleurs aussi des points qui le sont moins, que les autres candidats ne seront pas capables eux aussi de faire un compromis dynamique et du bon travail pour ce canton.
I. Chevalley: Sur la bonne gouvernance, mais aussi sur la bonne santé du canton dont parlait Cesla Amarelle, je pose la question: c’est au détriment de qui? Des personnes physiques qui paient des impôts importants et des communes qui contribuent à la bonne santé financière de ce canton. Il faut appeler un chat un chat. Demandez aux communes si elles sont contentes de voir pratiquement la totalité de leurs revenus financiers redistribués au Canton pour qu’il s’occupe de tout gérer. Et les personnes physiques, quand on a 600 millions de bénéfices, pourquoi est-ce qu’on ne redonne pas un petit peu aux gens qui font fonctionner ce canton? Qui défend cette classe-là?
B. Métraux: Je note les forces en présence: au Grand Conseil il y a une droite, une gauche et un centre, qui très souvent a voté avec la gauche. S’il y a cinq personnes de droite au Conseil d’Etat et deux de gauche, pensez-vous qu’avec un tel rapport de force, la majorité de droite pourrait lancer des projets soutenus par le Grand Conseil? Je pense au contraire que cela va créer un déséquilibre. On a quand même des sacrés enjeux, avec la question du pouvoir d’achat et celle de l’imposition, mais il y a aussi l’aménagement du territoire, les énergies, la formation, la sécurité, les infrastructures. Et pour tous ces sujets il va falloir que la majorité s’entende. Et je crois qu’avec un cinq-deux ce serait plus difficile. Cela dit, les partis sont légitimés à présenter le nombre de candidats qu’ils veulent, nous ne le contestons pas.
C. Amarelle: C’est un saut vers l’inconnu. Il faut savoir que derrière l’alliance de droite, on ne sait rien de cette majorité de droite; on ne connaît pas son programme. Les attaques qui sont faites envers la gauche et contre le système du compromis dynamique sont extrêmement vagues et floues.
J. Nicolet: On n’a pas souhaité faire de programme. On a plutôt indiqué des visions, sans arrogance. Pour moi, il est clair que chaque candidat apporte sa vision, qu’il défend au sein du Conseil d’Etat. Ensuite le Conseil d’Etat travaille collégialement sur le programme de législature. Chaque élu tente de défendre une vision plutôt que d’apporter un programme tout fait. Je comprends que la gauche le fasse: elle a actuellement quatre conseillers d’Etat issus de deux partis. Le programme de la grande alliance de gauche est fait depuis fort longtemps et elle peut l’imposer.
C. Amarelle: Je crois que les Vaudois sont en droit de savoir pourquoi ils devraient choisir une formation politique plutôt qu’une autre, un candidat plutôt qu’un autre. C’est un droit fondamental dans une démocratie de savoir pour quoi et pour qui on choisit un candidat, et pas pour des états d’âme ou des sentiments. L’opinion ne se forme pas à coups de slogans, mais d’actes concrets. Comme pour l’ensemble des autres élections dans notre canton, nous proposons des mesures concrètes. Cette absence de programme de la part de nos adversaires fait que le débat politique est malmené. Comment est-ce qu’on règle la question de la facture sociale qui préoccupe la droite? Comment est-ce qu’on règle la question de la RIE III fédérale? Nous avons des propositions avec Béatrice Métraux.
I. Chevalley: On nous demande toujours des programmes mais au bout de cinq ans, personne ne fait de bilan de ces programmes.
C. Amarelle: Je vous renvoie au programme de législature du Conseil d’Etat.
I. Chevalley: Je parle des partis. On n’est pas là pour imposer son programme à l’autre, mais pour proposer des visions, des idées. Il faudra les soumettre au Conseil d’Etat. Le programme de la gauche, ce n’est pas le programme de législature ou alors je n’ai pas compris… Sur les programmes de partis, je n’ai vu personne faire le bilan.
C. Amarelle: Pierre-Yves Maillard vient de le faire. Cela figure dans le tract de campagne du PS et des Verts, ce qui était dans notre programme et ce qui a été effectué. Les 105 mesures concrètes développées dans le programme…
I. Chevalley: Vous avez fait 105 choses au Conseil d’Etat?
C. Amarelle: Si vous me laissez finir ma phrase. Bien sûr que non, c’est un compromis. Vous n’avez pas compris comment cela fonctionne quand on fait un compromis. Chacun vient avec ses propositions et ses convictions et ensuite on essaie d’aménager, on fait une synthèse dans l’intérêt des Vaudois. Et c’est pour ça qu’il faut des personnes capables de synthèse au sein d’un gouvernement.
B. Métraux: Il y a une dynamique socialiste-verte, chaque parti fait son programme et on élabore une feuille de route commune. Cela fait 24 ans que PS et Verts travaillent ensemble au Conseil d’Etat. Chaque élu propose un programme avec sa sensibilité, et c’est là qu’intervient la discussion.


Le compromis qui verrouille

Personne ne remet en question les résultats de votre compromis, mais est-ce que cela n’a pas eu pour effet collatéral d’étouffer une partie de la droite, qui a aussi aujourd’hui envie d’exister? N’y a-t-il pas une forme de rouleau compresseur dans ce compromis, qui fait que la droite se réveille au deuxième tour?

B. Métraux: Ma réponse est simple: la droite est majoritaire au Grand Conseil, si elle n’avait pas voulu des propositions faites par le Conseil d’Etat, il lui aurait été facile de les refuser.
J. Nicolet: La droite majoritaire au Grand Conseil ne peut se prononcer que sur les propositions faites par le Conseil d’Etat, cas échéant les refuser. Notre souhait est de participer à ces discussions, sans arrogance, sans imposer notre projet, sachant pertinemment que le gouvernement se met à table et établit un programme de législature. Je conçois que le PS fasse un bilan de son travail au Conseil d’Etat, j’aimerais que l’UDC puisse aussi faire le bilan de son travail au gouvernement, mais on n’y est plus! On ne peut pas faire un bilan sur quelque chose qu’on n’a pas eu l’occasion de faire.
C. Amarelle: Vous aviez l’occasion de faire des interventions parlementaires constructives qui auraient été prises en compte.
I. Chevalley: J’ai fait des interventions parlementaires; on mettait dix-huit mois à me répondre, quand ce n’était pas trois ans. Maintenant que je ne suis plus au Grand Conseil, il y a toujours des réponses qui n’ont pas été données; elles sont hors délai. C’est un secret de Polichinelle: quand une intervention ne nous arrange pas, on n’y répond pas et on laisse le temps passer.
J. Nicolet: Quand j’étais président du Grand Conseil (ndlr: en 2014-2015), j’ai constaté que plus de 130 objets étaient dans le pipeline du Conseil d’Etat. Les dossiers les plus anciens dans le Département d’Anne-Catherine Lyon avaient plus de dix-huit ans, ils n’avaient même pas été traités dans le dossier de la LEO (ndlr: loi sur l’enseignement obligatoire). On a pu en traiter 51 sous ma présidence. Nous ne voulons pas non plus alourdir en permanence l’administration avec des motions et des postulats. Ces choses prennent trop de temps.


Une alliance discutée

Sur vos visions respectives à droite, justement, M. Nicolet, est-ce que cela ne vous gêne pas de faire campagne avec une Vert’libérale dont le parti prône la dépénalisation du cannabis et le mariage pour tous? Mme Chevalley, êtes-vous à l’aise avec le programme de l’UDC Vaud qui cite Charles Maurras?

I. Chevalley: Entre les Vert’libéraux et l’UDC, nous sommes pluriels, différents, mais représentatifs des Vaudois qui ne sont pas monocolores. Je vous rappelle la votation sur le Gripen: les Vert’libéraux, mais aussi certains PLR, avaient voté contre. Les Vert’libéraux représentent une droite différente, moins conservatrice. La pluralité fait toute la richesse de ce ticket. Si on regarde les profils smartvote (ndlr: outil d’évaluation des idées politiques) des PS et des Verts, ils sont pratiquement l’un sur l’autre, identiques. On dirait, en langage vaudois, qu’on a le même vin avec des étiquettes différentes.
B. Métraux: Je n’ai pas rempli de profil smartvote…
I. Chevalley: Je parle des partis.
B. Métraux: On parle ici de personnes.
C. Amarelle: Pour moi, c’est surtout la cohérence qui est importante.
J. Nicolet: On peut parler de cohérence. Je vois en face de nous un ticket avec deux dames qui se sont battues l’une contre l’autre sur la loi sur le renseignement. Mme Métraux a fait un immense travail avec les ministres romands de la Sécurité. Mme Amarelle s’y est opposée.
C. Amarelle: Je ne m’y suis pas opposée fortement.
J. Nicolet: Vous avez voté non à FORTA.
C. Amarelle: J’ai voté et appelé à voter pour FORTA Monsieur Nicolet, vous faites erreur (ndlr: elle a voté non à Berne avant de se raviser). Vous voulez qu’on vous fasse la liste de l’ensemble des votes?
J. Nicolet: Sur la RIE III, avec tous les compromis qu’on a pu obtenir, vous vous êtes battue contre l’intérêt des Vaudois.
C. Amarelle: C’est des slogans. Entre PS et Verts il y a une cohérence entre les progrès sociaux et les progrès écologiques; il y a une force de progrès. Cela ne veut pas dire qu’on est similaires, cela n’a rien à voir.
J. Nicolet: Chaque fois que nous voulons tenter d’augmenter le pouvoir d’achat par une baisse d’impôts on se fait taper sur les doigts par la gauche.
C. Amarelle: C’est faux. Vous n’étiez pas là en 2008 quand on a passé le compromis avec Pascal Broulis concernant le rabais d’impôt pour les familles. Nous n’avons pas une vision dogmatique, nous acceptons de diminuer les impôts lorsque c’est utile et que ça révèle une vraie augmentation du pouvoir d’achat. Si vous voulez un exemple, votre proposition qui consiste à faire des déductions fiscales sur les primes d’assurance-maladie (ndlr: l’initiative «Une baisse d’impôts pour la classe moyenne»), regardez concrètement les baisses: pour un revenu familial de 96 000 francs avec deux enfants, votre proposition aboutit à 20 à 30 francs de moins par mois. Avec la proposition plébiscitée par les Vaudois dans le cadre de la RIE III cantonale, fruit d’un compromis dynamique, c’est 4800 francs par année. C’est du bifteck, pas des sauterelles grillées!
J. Nicolet: Nous avons plébiscité la RIE III, tout comme vous.
I. Chevalley: Concernant les sauterelles grillées, je pense que les deux milliards de personnes qui dépendent des protéines d’insectes pour vivre apprécieront vos remarques. Sur la RIE III, la gauche fédérale a coulé ce projet. Troisièmement, on a une vision différente, Mme Amarelle, c’est vrai. Vous, vous prenez aux gens et ensuite vous redonnez selon ce que vous estimez juste. Nous, nous estimons que les familles sont assez grandes pour savoir quoi faire de leur argent et nous pensons qu’elles préfèrent payer elles-mêmes leur assurance-maladie si on leur laisse de l’argent. Notre vision de l’Etat est différente.
B. Métraux: Quand on est au Conseil d’Etat, on doit s’exprimer avec sérénité et chacun amène ses propositions. Ce que je ressens dans cette campagne, c’est que la population vaudoise a peur du déclassement social, de ce qui va lui arriver. Toutes les mesures construites avec la droite l’ont été dans l’intérêt de cette population qui craint une perte de pouvoir d’achat. Les jeunes craignent pour le logement, je le sais bien, j’en ai encore deux chez moi. C’est du concret, pas du dogmatique.


Couper dans le social?

La facture sociale est le leitmotiv de la campagne de la droite. Comment voulez-vous limiter sa croissance?

I. Chevalley: Ça fait un moment que la droite demande une photographie précise de toutes ces aides sociales. On aimerait savoir quelles aides vont à quels bénéficiaires. Nous ne voulons pas avoir un cas Carlos bis (ndlr: allusion au délinquant dont l’accompagnement coûtait 29 000 francs par mois au canton de Zurich en 2013). L’idée est de comprendre ce qui se passe et pas de diminuer ou de couper ces aides. Nous voulons mieux les cibler et faire en sorte que les gens ne deviennent pas des assistés, mais qu’ils veuillent se réintégrer. Il y a eu aussi l’exemple de cette famille qui touche 80 000 francs d’aide sociale alors qu’une famille qui a un revenu de 90 000 francs ne touche qu’un subside à l’assurance-maladie.
B. Métraux: D’abord, le cas Carlos concernait le droit pénal des mineurs à Zurich, ce n’est pas une histoire sociale. Sur le cas évoqué des 80 000 francs d’aide sociale, Pierre-Yves Maillard a répondu précisément à une question du Grand Conseil, en citant les normes d’aide sociale. Je réfute que le Conseil d’Etat ne répond pas aux questions que lui pose le parlement.
C. Amarelle: La facture sociale se compose de six postes dont on connaît les éléments. Je ne sais pas à quoi vous vous référez dans l’affaire Carlos, mais dans le domaine de la fraude à l’aide sociale, le Conseil d’Etat à majorité socialiste récupère 5 millions par année. Sous la droite, ce n’était que 50 000 francs…
I. Chevalley: Je ne parle pas de la fraude. Je dis que quand il n’y a pas de guichet unique on peut se retrouver avec des aides cumulées.
C. Amarelle: Pierre-Yves Maillard a mis en place le Revenu déterminant unifié pour faire en sorte qu’il n’y ait pas de surassistance. Mais ce que j’aimerais dire, c’est que 70% de l’augmentation est liée aux reports de charge de la Confédération sur le Canton. Il s’agit des prestations complémentaires pour les personnes âgées, il s’agit des chômeurs, des boursiers. Toute la politique sociale qui a été mise en place depuis dix ans dans le canton de Vaud, c’est la meilleure et la plus efficace de Suisse. On a le même taux d’aide sociale qu’il y a dix ans. On a mis en place des programmes comme FORJAD et FORMAD pour inciter les personnes à sortir du revenu d’insertion (RI). On demande des solutions pour pérenniser les mesures qui fonctionnent plutôt que d’attendre des postulats. Par exemple, les emplois temporaires subventionnés pour les personnes de plus de 50 ans. Sur 19 000 chômeurs en mars dernier, vous avez 6500 personnes de plus de 50 ans qui ne retrouveront pas d’emploi s’il n’y a pas de mesures incitatives étatiques. Avec ces mesures, vous faites des économies. En subventionnant ces programmes, on diminue la facture avec des effets exponentiels.
J. Nicolet: Nous ne voulons couper dans rien du tout! Dès le début j’ai dit que je voulais la pérennisation de notre système social. Nous sommes simplement interpellés par le fait que le social a pris pareillement de l’ampleur: 38% de plus en six ans. Et j’espère que cela interpelle autant à gauche qu’à droite. Il est important d’identifier où se situe le problème, lorsque l’on sait qu’aujourd’hui, sur l’ensemble des personnes qui sont au revenu d’insertion, un tiers sont des moins de 30 ans. Bien sûr, la question des plus de 50 ans a aussi son importance. Mais moi ce qui m’interpelle, c’est le message qu’on adresse à notre jeunesse. Je ne jette pas la pierre à Pierre-Yves Maillard, mais j’estime que c’est au niveau du SESAF (ndlr: Service de l’enseignement spécialisé et d’appui à la formation) que l’on peut faire beaucoup mieux sur les questions d’orientation professionnelle.
C. Amarelle: Là-dessus, je suis d’accord avec M. Nicolet.
J. Nicolet: Je vais vous donner deux exemples. J’ai un copain dont le fils voulait faire meunier. Il est allé au centre d’orientation professionnelle. On l’a regardé avec des yeux ça comme ça parce que l’on ne sait pas ce que c’est qu’un meunier. Cela fait 23 ans que je forme des apprentis. Je suis lié au centre d’orientation professionnelle d’Yverdon; je ne sais pas qui s’en occupe, il n’y a pas de contact. Là, il y a un immense coup de pied à donner dans la fourmilière, parce que cela ne fonctionne pas. Ce sont des choses que l’on peut mettre en œuvre pour diminuer le nombre de jeunes qui se trouvent au RI. Nous ne voulons pas couper dans le social, nous nous interrogeons sur cette progression et nous cherchons des solutions pragmatiques.
B. Métraux: Le Conseil d’Etat a modifié la loi vaudoise sur l’action sociale le 1er janvier 2017. C’est très concret. On a diminué les prestations des jeunes qui sont au RI, on a multiplié les bourses d’études pour que ces jeunes aillent se former, plutôt qu’être au RI. On a introduit un médecin-conseil qui vise à mieux évaluer le potentiel d’insertion des bénéficiaires atteints dans leur santé, on a amélioré les mécanismes de contrôle. On a impliqué beaucoup plus le SPAS (ndlr: Service de prévoyance et d’aide sociale) dans la détermination des cas. Nous aussi nous pensons qu’il faut effectivement avoir en tête cette facture sociale. Dans la facture sociale, il y a des facteurs exogènes, qui viennent du report des charges de la Confédération vers les Cantons, la péréquation depuis 2008, la révision de l’assurance invalidité en 2008 et en 2012, ou la diminution de 520 à 400 du nombre maximum d’indemnités journalières pour le chômage. Donc, tout cela doit être pris en charge par les Cantons. Dernière chose, l’évolution démographique du canton: plus de 10 000 personnes par année. Le Conseil d’Etat est conscient des difficultés et a déjà pris des mesures. (24 heures)

Créé: 11.05.2017, 06h40

Ce canton avec une si bonne santé financière baissera-t-il ses impôts?

Puissant vecteur électoral, une baisse fiscale pour les contribuables fait beaucoup parler. Surtout le personnel politique de droite. «Les Vert’libéraux étaient les seuls au Grand Conseil à demander des baisses d’impôt pour les personnes physiques, embraye Isabelle Chevalley. Nous estimons qu’avec douze ans de comptes bénéficiaires pour l’Etat de Vaud il est normal de rendre à ceux qui font en sorte que ce Canton puisse fonctionner.» La députée Graziella Schaller (VL) a régulièrement déposé un amendement demandant la baisse de trois points du coefficient fiscal lors du traitement du budget, précise-t-on au parti. Bien que la droite soit majoritaire au Grand Conseil, cette mesure n’est jamais passée. Le PLR la bloque sous l’impulsion de son conseiller d’Etat Pascal Broulis.

Une droite majoritaire au Château cantonal permettrait-elle de concrétiser cette baisse? «C’est clairement indiqué dans notre vision», rappelle Jacques Nicolet. Par «vision», le candidat UDC fait référence au communiqué de presse faisant office de programme commun à la droite. La baisse des impôts pour les personnes physiques y est conditionnée à l’application des «normes sociales édictées au plan fédéral» dans le canton de Vaud.

Réduire la fiscalité n’a jamais été la tasse de thé de la gauche. «Les socialistes sont ouverts à d’éventuelles baisses d’impôt, affirme pourtant Cesla Amarelle. Mais il faut que ces mesures soient ciblées et sans excès. On ne peut pas demander des baisses fiscales comme cela, elles doivent être intégrées dans un compromis.»

Une matière de fiscalité, celle des sociétés, a justement fait l’objet d’un «compromis». Il s’agit du fameux paquet vaudois qui anticipait la réforme fédérale de l’imposition des entreprises (RIE III). Seulement, cette dernière a été rejetée par les Suisses le 12 février.

Dès lors, ne faut-il pas revoir le projet cantonal? Les quatre candidats ne souhaitent pas trop bousculer un paquet fiscal approuvé par 87% des Vaudois. «J’estime que l’on doit faire preuve de loyauté envers la population, assure Jacques Nicolet. Dans la construction de la RIE III vaudoise, on a fait des promesses à l’endroit des entreprises, mais on a également fait des promesses sociales. On doit assumer les engagements pris.»

«Aujourd’hui, tout le monde est en attente du projet fédéral pour pouvoir mettre en œuvre la réforme vaudoise, explique Isabelle Chevalley. La solution implique le milliard de compensation aux cantons, mais aussi de mettre en place un système pour que nos multinationales, qui paient une grande partie des impôts de ce canton, ne le quittent pas. Parce que là, on ne parlera plus de baisser les impôts des personnes physiques, il faudra les augmenter.»

En tant que conseillère d’Etat, Béatrice Métraux attache aussi une grande importance au milliard de compensation dans le futur projet: «L’origine de cette réforme est la suppression des statuts spéciaux pour les multinationales. C’est pour cela que le gouvernement vaudois a trouvé ce compromis.» Elle précise que le projet cantonal ne devait de toute façon pas être mis en œuvre avant 2019.

Cesla Amarelle attribue l’échec populaire de la réforme fédérale au manque de compromis: «Il n’y a pas eu de compensations sociales, il n’y a pas eu une volonté de discuter. Ce n’était que l’addition de ce que voulaient certains milieux.» Maintenant, tout le monde tombe d’accord sur la nécessité d’aboutir rapidement à une réforme fédérale. Même si Isabelle Chevalley a quelques craintes: «Cela ne va pas être si simple de discuter.»

Comment veulent-ils «prendre soin» des enseignants?

A l’époque où Anne-Catherine Lyon pensait se représenter pour un quatrième mandat, la magistrate avait annoncé vouloir «prendre soin des enseignants». Des questions importantes concernant le statut des profs sont en effet en suspens depuis des décennies. C’est pourquoi Anne-Catherine Lyon voulait mettre sur le métier la fameuse «loi sur le personnel enseignant».
Dossier sensible Les candidats au Conseil d’Etat ne nient pas qu’il y a quelque chose à faire, mais le dossier est sensible et chacun prend ses précautions. Sur l’harmonisation du salaire et des horaires entre les instituteurs et les profs universitaires, Cesla Amarelle prône le dialogue «entre les acteurs du terrain et le département» et avec les syndicats. Elle s’engage à aller sur le terrain. Puis elle précise: «Il va falloir prendre la température sur l’ensemble des problématiques liées au statut des enseignants. Il y a par exemple des inégalités assez claires entre le statut des enseignants professionnels et celui des enseignants du post-obligatoire.»
Valorisation La candidate imagine des «réaménagements» avec une «valorisation», comme cela a été fait «par la gauche» pour les infirmières par exemple. La charge supplémentaire que cela impliquerait pour le budget de l’Etat devrait alors faire l’objet d’«arbitrages», d’«entente avec le Conseil d’Etat». Jacques Nicolet dit «se retrouver» dans les propos de Cesla Amarelle. Pour lui, «il faut déjà apporter un peu de sérénité dans ce département avant de prendre à bras-le-corps cette question du statut de l’enseignant». Il redoute une «lutte des classes» à l’interne, alors que le département a «besoin d’apaisement».
Dossier en attente Ancienne syndicaliste de la Fédération des sociétés de fonctionnaires (FSF) et aujourd’hui conseillère d’Etat, Béatrice Métraux rappelle l’existence de la commission d’évaluation des fonctions qui a été activée par exemple pour la révision du statut des agents de détention. Elle fait valoir aussi que le «Conseil d’Etat a la volonté de prendre cette question scolaire à bras-le-corps», tout en admettant que le dossier attend depuis «des années».
Qualité de travail Isabelle Chevalley s’interroge sur les priorités des profs: «Ce que j’entends des enseignants, c’est d’autres problèmes. Ils préféreraient avoir une qualité de travail améliorée, avant de parler salaire.» Elle observe que la question statutaire n’a pas été prise en main durant toute l’ère Lyon et que ça n’est probablement pas pour rien. «J’ai enseigné la chimie, continue la Vert’libérale. J’ai eu un élève difficile et je me suis contentée de le sortir parce que je n’étais pas formée pour le gérer.» La candidate verrait donc bien l’engagement d’éducateurs en appoint.
Changer de système? Les candidats seraient-ils pour changer le système scolaire? Cesla Amarelle et Jacques Nicolet ont tous deux affirmé lors de la campagne du premier tour qu’ils ne voulaient pas remettre la loi sur l’enseignement obligatoire (LEO) en chantier. Aujourd’hui, la socialiste continue tout de même de s’interroger. S’adressant à Jacques Nicolet, elle demande «par curiosité»: «Moi je n’ai toujours pas compris si vous êtes pour ou contre la réintroduction de la troisième voie.»
Risque Un tel retour en arrière mettrait fin à la réforme LEO qui a précisément réorganisé les années du secondaire en deux voies au lieu de trois. La fameuse voie secondaire à options (VSO), jugée stigmatisante, a été supprimée. Jacques Nicolet, dont le parti a soutenu une version de l’école à trois voies, réaffirme qu’il ne faut pas rouvrir la LEO, au risque d’aller «dans le mur». Il fait valoir que le règlement de la loi (dont la modification n’implique pas un passage devant le Grand Conseil) permet des aménagements «de façon à corriger quelques dysfonctionnements» de la loi: «Et si d’ici cinq à six ans il faut rouvrir la LEO, je suis persuadé qu’à ce moment-là la réouverture tombera sous le sens pour de nombreux partenaires de l’enseignement et que les changements se feront sans éclat.»
Rattraper le train Les commentaires ne s’arrêtent pas là. Au détour d’une allusion à l’ancienne guerre scolaire, Cesla Amarelle s’inscrit en faux contre ceux qui veulent «un retour de l’école à grand-papa où l’on valorise les tâches répétitives et l’apprentissage par cœur». Se sentant visé, Jacques Nicolet précise qu’il veut au contraire «rattraper le train» sur le numérique à l’école puisque le système actuel a «loupé le coche.»
Moyens Isabelle Chevalley n’est pas en reste, qui affiche une opinion «sans tabou»: «On ne s’est pas donné les moyens d’appliquer la LEO et les gens ne sont pas contents. Or, c’est soit on se donne les moyens, soit on rouvre la loi.» Sur le fond, elle rompt une lance en faveur du système dual de l’apprentissage que nous envient les autres pays. Ainsi, elle va dans le même sens que Cesla Amarelle et Jacques Nicolet, qui semblent d’accord, malgré leurs parcours différents, de mettre l’accent sur la voie professionnelle.
Optimisme Enfin, Béatrice Métraux tente d’apporter une note d’optimisme en soulignant que les possibilités de formation sont vastes: «Moi qui viens de France, je vois l’importance de la formation duale et de la multiplicité des passerelles. Elles permettent aux uns et aux autres soit de poursuivre leurs études, soit d’aller dans une formation professionnelle encore plus pointue.»

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