«Etrangers, ne partez pas!»

Après-9 févrierEn ville comme à la campagne, les Vaudois redoutent les effets du vote du 9 février.

Orny souhaite se développer. Le village n’aime pas l’idée des contingents.

Orny souhaite se développer. Le village n’aime pas l’idée des contingents. Image: Olivier Allenspach

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Nyon, c’est comme le dit le directeur de l’hôpital, Daniel Walch, une «région qui bouillonne». Ville du Paléo pour beaucoup, elle est aussi celle du développement en flèche. La croissance est devenue le maître mot. Dans cet univers où chaque mètre carré devient précieux, une bonne partie des employés de l’hôpital sont obligés de prendre les transports publics pour venir travailler. Car des places de parc, il n’y en a plus…

Découvrez les huit chapitres qui forment ce sujet:

  • Cosmopolitisme
  • Non à l’UDC
  • Le spectre des contingents
  • Un climat d’incertitude
  • Une votation peut-être inutile
  • Passage à la campagne
  • Même désir de développement
  • Parfaite intégration

  • Cosmopolitisme


    Daniel Walch, Veveysan d’origine, n’a «que» le passeport suisse, mais il a beaucoup vécu à l’étranger. Il est directeur du GHOL (Groupement hospitalier de l’Ouest lémanique), qui comprend les Hôpitaux de Rolle et Nyon. Le patron parle avec bonheur de la situation cosmopolite dans laquelle il évolue tous les jours: «Je suis convaincu depuis toujours que plus on se mélangera, mieux le monde ira.» L’hôpital comprend 33% de frontaliers, sur l’ensemble du personnel. Pour ce qui est des soignants uniquement, le taux monte à 51%: «Nous avons des Français, des Canadiens, des Belges, mais aussi des Portugais, et, depuis peu, des médecins grecs.» Ce taux ne concerne d’ailleurs que les frontaliers. Si on y ajoute les travailleurs étrangers établis en Suisse, il grimpe encore.


    Non à l’UDC


    En tant que principal concerné, Daniel Walch a suivi de près la campagne «Contre l’immigration de masse» et il a vu venir le résultat du 9 février 2014: «Nous avons fait campagne contre l’initiative. Nous avons essayé de faire passer des messages. Nous sommes un hôpital frontalier et nous avons une mission à défendre. Or en discutant sur la place publique, nous avons pressenti qu’il y avait un gros risque que le oui l’emporte.» Le résultat, on le connaît. Et le directeur le comprend un peu. «Les gens sont inquiets: souvent, des universitaires suisses ne trouvent pas de travail et, à qualifications égales, les étrangers oui. Dans ce contexte, même les jeunes ont des réflexes protectionnistes.»


    Le spectre des contingents


    Dans les années 1990, Daniel Walch travaillait aux Hôpitaux universitaires genevois (HUG), au service du personnel. Il négociait les demandes de permis pour le personnel étranger. «Je sais comment ça marche, dit-il. C’est une perte de temps. Si les contingents devaient être réintroduits, je sais que nous obtiendrions les permis car je ne vais pas fermer l’hôpital. Nous avons 27 000 urgences par an, une bonne cote de confiance et le travail augmente! Mais je devrais engager une personne pour s’occuper des permis et, en plus, l’hôpital mangerait les quotas des autres secteurs.»


    Un climat d’incertitude


    Le syndic de Nyon, Daniel Rossellat, rappelle que sa ville a voté un non à 66%, quand bien même elle compte 40% d’étrangers: «Nous avons une des plus fortes communautés anglophones de Suisse. Cette initiative plonge aujourd’hui les entreprises dans l’incertitude. Elles ont déjà les inconnues liées à la réforme fiscale et elles n’avaient pas besoin de ça! J’en vois qui hésitent à s’agrandir. Les gens sont en stand-by. Or nous avons un développement économique remarquable. Ce n’est pas le moment de tergiverser.»


    Une votation peut-être inutile


    «Si on doit se reprononcer sur cette thématique, je crains que le résultat ne soit le même, reprend Daniel Walch. Or j’estime qu’il faut continuer de progresser, de se développer. Et je ne suis pas inquiet pour la nature en Suisse. Je fais du vélo et il m’arrive de rouler longtemps avant de croiser des bâtiments. Il est malsain de vouloir freiner la croissance. Il faut tout agrandir: les écoles, l’autoroute, les entreprises, comme cela s’est fait dans beaucoup de régions du monde. Nous allons devenir une mégalopole Lausanne-Genève. Il y va de la survie de notre société.»


    Passage à la campagne


    On pourrait s’attendre à ce qu’un petit bled vaudois au confort tranquille soit, au contraire, bien content des perspectives données par le résultat du 9 février. Ce serait aller trop vite en besogne, comme le montre notre saut de puce à Orny, localité du nord du district de Morges, tout près d’Orbe.

    Dans cette commune, la population «se maintient», selon le syndic Claude-Alain Michaud. A la fin des années 1970, la localité a connu le dépeuplement. Ce village si joli, où la place de jeux voisine aujourd’hui l’EMS et où il fait bon entendre les cloches des vaches, a failli devenir un endroit perdu.

    C’est pourquoi l’édile est aujourd’hui fier de ses 364 âmes, soit la même proportion qu’au début du XXe siècle. La même? En quantité, oui, mais pas en nature. Autrefois, les agriculteurs étaient nombreux. Producteur de lait pour le gruyère, Claude-Alain Michaud se souvient de l’époque, encore pas si lointaine, où les «couleurs de lait» étaient plus d’une dizaine au village. Aujourd’hui, Orny accueille des citadins, des familles essentiellement, qui n’ont pas peur de marcher un quart d’heure depuis la gare de La Sarraz pour rentrer à la maison.


    Même désir de développement


    Bien qu’il ne soit pas desservi par les transports publics, le village est moins isolé qu’il n’en a l’air. Et l’avenir économique de la Suisse fait partie des préoccupations des gens, même si «ce n’est pas une discussion journalière». Le 9 février 2014, Orny a voté non à 71,3%.

    Avec un EMS qui emploie des frontaliers et 16% de résidents étrangers, l’arrêt de la libre circulation des personnes sonnerait le glas de l’essor du village. Une perspective difficile à envisager dans un contexte où le désir de se développer, par exemple en réhabilitant les anciennes fermes pour le logement, existe réellement.

    Martial Messeiller, également municipal, est précisément l’un de ces urbains. Natif d’Orny, il est revenu s’installer au village, tout en travaillant à Fribourg. «Je suis comme beaucoup de pendulaires: heureux de respirer et d’être à la campagne.»

    Le 9 février ne lui est pas indifférent: «Tout est devenu plus compliqué. Cela dit, c’est l’occasion de faire le point, de faire notre examen de conscience.» Qui fera le travail à la place des Suisses si les étrangers ne peuvent plus être là? Combien de gens du village devront-ils partir?


    Parfaite intégration


    Aujourd’hui, les Orniérans ne font pas trop la différence entre Suisses et étrangers. «Ce qui compte, c’est le tissu social qui se développe, poursuit Martial Messeiller. Nous avons de nombreuses sociétés de loisirs, un EMS, une classe d’école enfantine et, à l’avenir, nous devrions pouvoir nous développer encore si la LAT nous le permet.»

    Pour Claude-Alain Michaud, l’important est que les gens, qu’ils soient Suisses ou étrangers, gardent «le respect de la vie villageoise». Et pour prouver encore que la provenance des citoyens n’est pas l’essentiel, il rappelle qu’il n’y a pas si longtemps, l’un des municipaux de la commune était étranger: «Or bon nombre de votants ne le savaient même pas!» (24 heures)

    Créé: 29.09.2015, 11h14

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    A trois semaines des élections fédérales du 18 octobre, 24?heures a fait le pari d’illustrer la diversité vaudoise en consacrant trois articles à l’après-9 février, à l’immigration et à la transition énergétique, problématiques chaque fois incarnées dans des endroits différents. Aujourd’hui, l’après-9 février à Nyon et à Orny.

    3 candidats réagissent après avoir lu l'article

    Laurent Wehrli - PLR «Je me retrouve dans les propos de mes deux collègues syndics. L’application du 9 février va créer une lourdeur administrative et de l’incertitude. Aujourd’hui, les entreprises travaillent en flux tendu. Elles doivent leur succès à leur réactivité. Les quotas leur rendront la tâche impossible, et elles risquent de délocaliser. Je note par ailleurs que l’exemple d’Orny montre la parfaite intégration des étrangers dans un village. A ce titre, il est fondamental que les pouvoirs publics continuent de soutenir le tissu associatif.»

    Christine Bussat PBD «Même si je soutiens à fond les Bilatérales, dans la ligne de mon parti, je trouve démesuré l’enthousiasme du directeur de l’Hôpital de Nyon sur la libre circulation des personnes. Il estime que les mélanges entre personnes sont a priori positifs. Je lui demande: «Pourquoi?» Personnellement, je trouve inadmissible et dangereux que des médecins ne parlent pas français. Je trouve d’ailleurs qu’il faudrait sonder les raisons des nombreux échecs après la première année de médecine. Là, il y a quelque chose à revoir.»

    Samuel Bendahan PS «Je suis frappé par la similitude des deux discours. A la ville comme à la campagne, toutes les personnes contribuent à notre richesse. Cela dit, je suis surpris que vos interlocuteurs ne citent pas les problèmes comme le dumping salarial. Et je pense qu’il faut reconnaître ces aspects: c’est en voulant les ignorer que l’on est parvenu à ce résultat. Ceux qui ont voté oui ne sont pas tous des xénophobes. Or ils doivent se rendre compte aujourd’hui que leur vote va à contre-courant de ce qu’ils souhaitaient.»

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