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Lift14

La face sombre de l'économie du partage

Par Simon Koch. Mis à jour le 07.02.2014

Covoiturage, location de vélos ou échange d’appartements: l’économie du partage est en plein boom. Mais ce nouvel eldorado a aussi ses détracteurs, comme Scott Smith, spécialiste et critique des tendances émergentes.

Scott Smith était l'invité jeudi de la conférence Lift, où il a ébranlé quelques certitudes sur l'essor de l'économie collaborative.

Scott Smith était l'invité jeudi de la conférence Lift, où il a ébranlé quelques certitudes sur l'essor de l'économie collaborative.
Image: S.K.

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Les nouvelles technologies sont souvent associées à un consumérisme effréné, poussant certains à changer de smartphone chaque année et à faire la queue des heures durant pour s’acheter les gadgets dernier cri.

Mais les moyens de communication contemporains ont aussi permis l’émergence d’une nouvelle forme d’économie centrée sur le partage, l’échange et la location de biens plutôt que leur possession. En Suisse, le service Mobility car-sharing, en est probablement l’exemple le plus connu.

On parle de «Sharing Economy», d’économie collaborative ou, pour utiliser une métaphore empruntée au monde informatique, d’économie en «peer-to-peer».

Levée de bouclier des hôteliers

Ce nouvel eldorado des strat-up se heurte à la forte résistance des acteurs traditionnels du marché. Le site de location de logements de vacances Airbnb est par exemple devenu la cible des hôteliers traditionnels, furieux de voir leurs affaires diminuer.

Les dinosaures du système ne sont pas les seuls à critiquer l’économie du partage.

Une analyse qui détonne

Spécialiste des nouvelles technologies et des tendances émergentes, l’Américain Scott Smith est réputé et respecté pour le regard critique, parfois sombre, qu’il porte sur notre avenir. Ses analyses sans concession détonnent en tout cas face aux discours enthousiastes et lénifiants sur tout ce qui est «nouveau» ou «branché». Et la «Sharing Economy» est aussi dans son collimateur.

«Il n’est pas juste de parler d’économie du partage, nuance d’emblée l’expert de passage à Genève pour la Conférence Lift. L’université de Boston a calculé dans une étude combien d’emplois ont été perdus dans le secteur hôtelier en raison d’Airbnb. Des personnes gagnent de nouveaux revenus grâce à ce service, mais il faut voir le système dans sa globalité. D’autres personnes perdent leur job pour ces mêmes raisons. Il y a des conséquences concrètes et pas toujours positives, voilà pourquoi je suis critique et ne me contente pas de sourire à ces innovations».

Double langage

L’expert et fondateur du laboratoire d’analyse Changeist appelle les consommateurs à ne pas se laisser duper par l’image que donnent d’eux-mêmes les grands acteurs de cette «Sharing Economy». Pour lui, ils tiennent un double langage. «Ces entreprises se présentent au public comme autant de services communautaires bien pratiques et bon enfant. Face aux politiques et aux régulateurs, ils jouent la carte de la start-up et de la nouvelle économie. Mais face aux banques et aux fonds d’investissement, ils parlent parts de marché, croissance et business à plusieurs milliards. Ça ne colle pas,» avertit Scott Smith.

Partager… pour rencontrer

Tout n’est pas pour autant à jeter dans ce modèle économique. «L’économie du partage a cela de positif qu’elle freine la consommation, note Scott Smith. Elle n’est pas une panacée, mais elle est le symptôme d’une reconfiguration de l’économie à une époque où pour des questions de ressources, tout le monde ne peut plus tout posséder.»

Le spécialiste attire l’attention sur une dimension sous-estimée de l’économie du partage. Au-delà des économies réalisées par l’acheteur, la rencontre humaine avec le vendeur constitue aussi un moteur. «Certaines personnes utilisent aussi la Sharing Economy pour rencontrer d’autres personnes.»

Un comportement symptomatique, selon lui, d’une époque où les interactions sociales en ligne, souvent superficielles, demandent à être approfondies loin des écrans.

(Newsnet)

Créé: 07.02.2014, 03h31

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