Quand la justice se sert des objets connectés

Etats-UnisLa justice américaine utilise toujours plus les données des objets connectés qui envahissent le quotidien des consommateurs.

Toujours plus d'objets connectés qui sont susceptibles d'enregistrer des preuves pour les forces de l'ordre.

Toujours plus d'objets connectés qui sont susceptibles d'enregistrer des preuves pour les forces de l'ordre. Image: Archives/photo d'illustration/Keystone

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Bracelets fitness, réfrigérateurs, enceintes et thermostats intelligents... envahissent le quotidien des consommateurs, laissant toujours moins de place pour une vie vraiment privée.

L'an dernier, un homme de l'Ohio, qui affirmait s'être enfui précipitamment par la fenêtre quand sa maison avait pris feu, a été trahi par son pacemaker: les données enregistrées par l'appareil ont démenti sa version des faits, et il a finalement été inculpé pour incendie volontaire et fraude à l'assurance.

En Pennsylvanie, une plainte pour viol a été classée grâce à un bracelet Fitbit: il contrôlait en permanence l'activité de la plaignante, et contredisait ses accusations.

Dans une affaire de meurtre dans l'Arkansas, les autorités comptent sur un témoin inédit pour faire avancer l'enquête: elles ont réclamé, et obtenu, l'accès aux enregistrements du haut-parleur à commande vocale Amazon Echo du principal suspect, qu'ils avaient saisi sur les lieux du crime.

Cette semaine encore, le fabricant canadien du sex-toy «intelligent» We-Vibe a accepté de verser plusieurs millions de dollars à ses utilisateurs américains, car «des données très intimes et sensibles» avaient été collectées par l'application mobile du vibromasseur et stockées sans autorisation sur le serveur de l'entreprise.

Le fabricant de téléviseurs Vizio a aussi dû payer une amende aux Etats-Unis parce que ses appareils connectés enregistraient secrètement des informations sur les téléspectateurs et les revendaient à des annonceurs.

Une étude l'an dernier du Berkman Klein Center de l'université de Harvard dressait une longue liste d'appareils bardés de capteurs et se connectant sans fil à internet, et donc susceptibles d'enregistrer des preuves pour les forces de l'ordre. Cela «allait des téléviseurs aux grille-pain en passant par les draps, les ampoules, les appareils photos, les brosses à dents, les serrures, les voitures, les montres et d'autres accessoires vestimentaires».

«Les capteurs audio et vidéo des objets connectés vont ouvrir de nombreuses voies aux acteurs gouvernementaux voulant accéder à des données en temps réel ou enregistrées», prévenaient les chercheurs.

John Sammons, ex-policier et professeur à l'université Marshall de Virginie occidentale, souligne néanmoins que les données ne sont utiles pour les enquêteurs que si ceux-ci sont capables de trouver, et d'analyser, celles réellement pertinentes.

«La plupart des policiers ne penseraient même pas à regarder un Fitbit ou un thermostat», relève-t-il. Et même s'ils le font, retrouver des éléments spécifiques dans l'énorme volume de données collectées réclame d'importantes ressources informatiques. «Cela peut parfois prendre des semaines à traiter», note-t-il.

Mort de la vie privée?

«Le résultat net de ces technologies, c'est que nous renonçons à notre vie privée, à notre autonomie personnelle, et même à notre souveraineté en tant qu'humain, et que nous abandonnons tout cela à l'Etat, aux collecteurs de big data , à des institutions et des systèmes omniprésents», affirme Erik Laykin du cabinet de conseil Duff & Phelps.

Cet expert judiciaire a servi de consultant ou de témoin pour des affaires de fraude à l'assurance, des divorces, ou d'autres procédures légales où des preuves numériques entraient en jeu. Et pour lui, «la vie privée est morte».

Il souligne en effet que les appareils connectés sont «toujours allumés», et que cela s'accompagne par la circulation sur internet et le transfert dans le «cloud», le système de stockage en ligne de leurs fabricants, d'énormes volumes d'informations personnelles. Parallèlement, il y a très peu de règles pour protéger ces données ou encadrer leur utilisation.

Jay Stanley, un analyste de l'organisation de protection des droits civiques ACLU, estime que l'accès aux données enregistrées par des appareils comme les enceintes Echo devrait répondre aux mêmes conditions que les mises sur écoutes, à savoir être autorisé par un mandat signé par un juge et lié à un motif raisonnable de soupçonner un crime.

«A son domicile, on devrait avoir une protection absolue de sa vie privée», fait-il valoir. Il concède une «zone grise» pour les conversations enregistrées par ce type d'enceintes et stockées en ligne, donc par «une tierce partie», mais réclame «des mesures juridiques et législatives» pour régler ce problème. «Les invasions de la vie privée sont trop importantes», déplore-t-il. (afp/nxp)

Créé: 20.03.2017, 08h52

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