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La Une | Mercredi 28 juin 2017 | Dernière mise à jour 10:47

Blanche Cendrillon, un homme comme un autre?

Revu et corrigéLes contes de Cendrillon et de Blanche Neige peuvent être interprétés non pas comme un ode à la domination masculine, mais comme une mise en garde contre la tournure très sexualisée que prend notre société actuelle.

Notre chroniqueuse Jill Székely estime que les tâches de management qui incombent aux femmes s'apparentent aux tâches ménagères qu'on infligeait à Cendrillon.

Notre chroniqueuse Jill Székely estime que les tâches de management qui incombent aux femmes s'apparentent aux tâches ménagères qu'on infligeait à Cendrillon. Image: DR

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Vous connaissez toutes Cendrillon. Cette Cosette en nuisette qui doit récurer le sol à quatre pattes, qui a une très très méchante belle-mère, et Blanche qui trouve refuge chez Grognon et Simplet et qui est sauvée par son prince charmant…

Restez! Je vais vous la raconter autrement. Il était une fois…

Blanche Cendrillon est un homme comme un autre, femme ou homme, peu importe. Disons que pour simplifier la compréhension immédiate, on va dire que c’est une femme. Pour simplifier également, je vais utiliser les termes «féminin» et «masculin» dans leur sens «inacceptable»: le féminin est doux, gentil, sage, empathique ; le masculin est fort, puissant, agressif, risqué. Pour simplifier également, je ne retiendrai que quelques éléments clés des histoires.

Le management ou le ménage

Donc disais-je, notre Blanche Cendrillon est une petite fille qui s’entretient. En effet, le «ménage» auquel s’astreint la petite s’apparente, en entreprise, au «management», qui signifie «gestion»: elle se gère. Elle s’occupe de ses affaires, à son niveau, et se réchauffe auprès du cœur de la cheminée: son foyer, son «moi», chaleureux et rassurant.

Soudain, oh malheur de malheur, elle grandit. Et que voit-elle la petite? Des femmes fardées, habillées, coquettes, séduisantes et sexy. Elle rêve de rubans, de maquillage, de chaussures. Elle crève d’envie de vivre dans ce monde superficiel et factice. Elle regarde les affiches et rêve de montrer ses seins, ses jambes. Elle rêve non pas de désirer, mais de se faire désirer. Elle rêve de devenir objet, objet du désir des hommes, comme ses cruches de sœurs.

Un vent violent se déchaîne. Cette petite est une menace pour l’équilibre du couple, sa sexualité naissante, son désir charnel, son envie de séduire mettent en péril la conduite du père. La belle-mère, «la surmoi?», la chasse. Elle chasse cet embryon de superficialité, elle chasse ses rubans, ses crayons, ses chaussures bout-du-train et ses mascaras.

Et elle confie la fille à l’homme. Un autre homme que le sien, le chasseur. Cet homme ne peut «tuer» cette sexualité naissante, quel gâchis! Mais il a promis! Alors, tel Tristan, il dépose Yseult chez les petits nains. Là, rien ne peut lui arriver. Sa sexualité reste au stade infantile, elle est protégée. Pas de rubans, pas de maquillage, pas de chaussures ni d’hommes sexuellement matures…

La frivole courtisane et la femme au foyer

Mais voilà, la vie est plus forte! La personnalité de la petite doit s’épanouir, doit vivre! Elle ne peut pas rester enfermée tout le temps à faire le ménage pour les enfants! Être femme au foyer, c’est drôle le temps d’une chanson! Mais sept d’un coup, ça fait beaucoup!

La petite se meurt. Les deux rôles qu’elle avait tenté de jouer : la «frivole courtisane» et la «mère au foyer», ne la comblent pas. Elle s’étiole. Elle s’est perdue. Elle n’était «que» féminine, douceur incarnée. L’échec total. Il lui faut connecter avec ce qui, au plus profond d’elle, demande à naître.

Allez, soyons fou, ce qui doit naître, c’est sa «masculinité». Sa puissance, sa force, son ambition. Elle doit vivre pour elle, pour ses désirs à elle, non pour copier des femmes dépendantes et immatures, non pour gentiment s’occuper des petits à la maison. Mais bien dans son identité complète de femme, douce et forte, puissante et empathique, généreuse et ambitieuse.

Et c’est là que Zorro est arrivé. Zorro le prince charmant. Mais qui est-il cet homme irréel et masqué? Il est simplement la part de courage que toute Blanche Cendrillon porte en elle, il est la force que toute Blanche Cendrillon peut déployer. Il est le pouvoir que toute Blanche Cendrillon a de prendre ses responsabilités et vivre en accord avec elle-même.

Le prince charmant de Blanche Cendrillon est son moi «masculin»* qui demande à prendre sa place! Le prince charmant est ce qui fait que le féminin s’équilibre avec le masculin. Le prince charmant qui vient sauver la princesse est bien Blanche Cendrillon elle-même! Ce n’est que quand Blanche Cendrillon aura di-géré ses deux phantasmes exclusivement féminins qu’elle pourra partir construire son château au soleil!

Nos filles se meurent

Que Blanche Cendrillon arrête de vivre pour les autres, soit dans la séduction afin d’être désirable, soit dans le don aux enfants pour être aimée. Qu’elle vive dans son être profond, belle de cœur, au sein d’une famille dans laquelle chacun s’occupe de soi et des autres.

Les histoires de Blanche Cendrillon ont beaucoup été décriées comme étant un symbole de la domination masculine sur la femme. C’est une interprétation possible, qui rend la femme victime et la justifie, voire la «grandit» dans ce rôle de pauvrette. Une autre manière de voir les choses est de lire ce conte comme une mise en garde.

Nos filles deviennent des miroirs aux alouettes de reines maléfiques qui n’existent que dans les magazines pour anorexiques. Nos filles ne pensent plus à leurs désirs propres mais à comment devenir désirables, consommables par les autres… Nos filles se meurent…

Blanche Cendrillon est un homme comme vous et moi. A la fin du conte, elle marie son féminin et son masculin, ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants. Notre société bipolarise les sexes plus que jamais. Pour qu’un être soit en mesure de construire une histoire, un chemin, un château, avec un autre être, il faut d’abord qu’il soit réconcilié au cœur de lui-même avec elle-même. Peu importe son sexe!

* Voir le concept de l’Animus et de l’Anima chez G. Jung

(nxp)

Créé: 09.01.2014, 11h21

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