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Lilian Thuram, la tête dans les étoiles noires

FRANCE | L’ancienne star du football français brosse le portrait des femmes et hommes originaires d’Afrique qui ont éclairé le monde.

© KEYSTONE | Lilian Thuram.

Jean-Noël CUÉNOD Correspondant permanent à Paris | 09.02.2010 | 19:41

Avec son livre «Mes étoiles noires» (Editions Philippe Rey), l’ancienne star du football Lilian Thuram brise les clichés racistes, non par le pamphlet mais par l’exemple. Il l’a brillamment présenté, mardi, au Centre d’accueil de la presse étrangère à Paris. Son ouvrage élève un Panthéon aux femmes et hommes noirs qui ont éclairé le monde et que le monde — blanc — a trop souvent ignoré.

De Lucy à Obama

Qui sait que Pouchkine — la gloire de la poésie russe — avait pour arrière-grand-père un général africain? Que le libérateur d’Haïti Toussaint Louverture fut un stratège militaire redouté par les puissances européennes? Que la première opération à cœur ouvert a été pratiquée avec succès en 1893 par un chirurgien noir américain, Daniel Hale Williams? Que l’un des plus grands poètes français de tous les temps a pour nom Aimé Césaire, le Martiniquais?

L'Education contre les clichés

De Lucy — notre ancêtre — à Barack Obama, Lilian Thuram, avec la collaboration de Bernard Fillaire, évoque toute une galaxie d’«étoiles noires», comblant le vide laissé par l’enseignement:

«Lorsque je suis arrivé de mes Antilles natales dans la région parisienne, à l’école, tous les grands personnages que l’on nous présentait étaient blancs. Et le plus souvent hommes! Adulte, je suis donc parti à la découverte de mes étoiles noires. Il faut que les enfants puissent être éclairés par des étoiles de toutes les couleurs». Et le héros de la Coupe du monde 1998 de poursuivre:
«Combattre le racisme, c’est briser les clichés. Et c’est principalement dans l’éducation qu’il faut intervenir. Lorsqu’un maître d’école explique à ses élèves que certaines fables de La Fontaine ont été inspirées par celles d’Esope, un Grec d’origine nubienne et donc, noir, il lutte contre le racisme de la façon la plus efficace qui soit».

Lilian Thuram évite les pièges de la culpabilisation des blancs et de la victimisation des noirs: «Lorsqu’on cherche un coupable, on n’avance pas, on reste enfermé dans un cercle infernal». Thuram s’engagera-t-il en politique? «On m’a déjà proposé de devenir ministre de la diversité. J’ai refusé». Notons que le «on» en question s’appelle Nicolas Sarkozy… «Je préfère m’investir dans la fondation qui porte mon nom et qui se voue à l’éducation contre le racisme. Nous proposons, entre autres, des outils pédagogiques pour les classes primaires».

Homme libre, Thuram refuse de se laisser enfermer dans son rôle de sportif. A la question d’un confrère congolais qui lui demande s’il allait ouvrir une école de football à Kinshasa, l’ancien défenseur répond: «Si je me rendais à Kinshasa, ce serait pour fonder une école tout court. Pas une école de foot!»




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