
Studio classe, avec enfilade de boxes, moquette et piano blancs, consoles géantes. Au fond, Benjamin Biolay a posé son sac de voyage. Le chanteur acteur revient d’un tournage et se roule un «pauvre joint» comme le disait son modèle, le beau Serge. On enregistre les volutes de ce narcissique lucide.
– Dans vos chansons, il semble souvent y avoir un jeu avec votre vie, l’autobiographie, des clins d’œil personnels…
– Non, c’est juste que j’avais envie de parler de l’histoire virtuelle d’un couple. Comme un scénario. Se faire larguer, je l’ai déjà vécu, comme tout le monde. Ce n’est pas très original. Je parle des choses qui m’ont marqué, mais ma vraie vie n’est pas connue.
– Donc pas trop «toxicomaniaque» (une chanson s’intitule La toxicomanie )?
– Un petit peu, mais ça va, parce que c’est quelque chose que je suis en train de régler, que j’ai envie de régler. Je fume du haschisch, la belle affaire… Un jour, j’arrêterai. Ce titre est un hommage à Chet Baker et au jazz. Je trouve terrible ce milieu, cette époque où si tu voulais jouer avec les bons, il fallait taper dans l’héroïne. C’est violent (ndlr: et passablement faux…).
– D’un côté, il y a un public qui entre dans votre univers. De l’autre, beaucoup de gens vous détestent.
– C’est pas ma musique qu’ils détestent, c’est moi, ma personnalité. Je ne serai jamais un chanteur populaire. A mes débuts, quand j’ai commencé à passer dans les médias, j’étais tellement intimidé, mal à l’aise, que je donnais une image très fermée, austère, prétentieuse. Maintenant, c’est ainsi et c’est difficile à changer.
– Mais vous jouez aussi avec…
– (Interrompant) Non, j’en joue pas! Je regrette qu’on m’ait envoyé à l’abattoir en 2001 en me disant «Demain tu fais Ardisson», sans me conseiller sur ce qu’il fallait dire, comment s’habiller et à quoi je devais faire attention. Je regrette ça. «Tiens, t’es chanteur. Ben va à la télé, mon gars!» J’aurais mieux voulu ne pas passer par là.
– Vous chantez tout de même: «J’attendais en vain, que le monde entier m’acclame, qu’il me déclare sa flamme, dans une orgie de regards.»
– Sur Padam. Ouaif… C’est une paraphrase du «je m’voyais déjà». On y pense tous à cette espèce de gloire, mais comme à un concept abstrait. Mais j’en ai pas spécialement envie parce que qui dit «acclamé» dit «tout le monde te casse les couilles dans la rue!» (rires) Il y a des trucs plus importants dans la vie. Comme une salle pleine où les gens sont heureux parce que la musique est belle.
– Gainsbourg fait toujours partie de votre panthéon?
– Oui, toujours. Mais je ne voudrais pas paraître trop chauvin, français… Pour moi, la figure tutélaire reste et sera toujours John Lennon – pas les Beatles –, ma première idole de musique et la dernière. La chanson et la pop music à l’état pur.
– Un texte de votre maison de disques laisse entendre que vous chantez comme un dieu. Vous souscrivez?
– Ah bon? Non pas du tout! Je chante de manière plus décontractée parce que les chansons – des trucs un peu Smiths, un peu pops – l’exigeaient. Un album plus avenant, plus varié. Si tu fredonnes, tu fais chier tout le monde, ça perd en dynamique. Ce n’est pas comme sur mon album Négatif, où le postulat était celui de chansons fragiles, d’un narrateur éteint – et ce n’était pas volontaire, c’est juste qu’il était 4 h du matin et que j’étais cuit! Sans doute que j’ai fait des progrès grâce à mes concerts. Mais de là à chanter comme un dieu, faut pas dire n’importe quoi. Je vais vérifier ça!
Double brassée de fleurs qui font mal
Petit génie pour d’innombrables chanteurs et chanteuses (Françoise Hardy, Keren Ann, Henri Salvador, Juliette Gréco, Julien Clerc, sa sœur Coralie Clément…), Benjamin Biolay ne fait pas que (bien) vivre à l’ombre des autres. Après Négatif, sa pièce maîtresse de 2003, le dandy s’enfonçait dans la pénombre de son ego avec A l’origine et Trash Yéyé, albums au romantisme teinté de cynisme. Avec La superbe, l’ex de Chiara Mastroianni et héritier de Gainsbourg ne rend pas les armes et fait rentrer la lumière dans son univers assumé malsain.
Plus ouvertement pop, tendance anglaise, le compositeur sait aussi toujours créer ses ambiances sonores. Libéré de la gorge, le chanteur s’adonne toujours à ses obsessions sentimentales, délires parfois monomaniaques, mais avec une spontanéité tout à son honneur.
Biolay filtre peu. Il y a donc des naïvetés et des ratés évidents dans cette collection de vingt-deux titres, réunis en double album comme deux équipes de foot ou plutôt comme un diptyque cinématographique. Mais il y a aussi une belle brassée de fleurs douloureuses qui miment l’impudeur avec art et une légèreté acerbe
Benjamin Biolay, La superbe, 2 CD, Naïve, distr. Muskivertrieb.
En vacances deux semaines, nous vous proposons de (re)découvrir une partie des rencontres mises en ligne durant ce premier trimestre 2010:
Les petites communes abandonnées par la Nation?
La justice est-elle trop clémente avec les mineurs?
«Ces enfants blessés seraient condamnés si l'on ne faisait rien!»
«Oui, on peut être tuteur et heureux!»
FC Ependes - FC Concordia Lausanne 0 - 5 (0 - 2) Notes : Terrain d'Ependes Franki
C'est le médecin et psychanalyste anglais Michael Balint qui a commis voici quelques décennies...
Etes-vous favorable au renvoi systématique des criminels étrangers?
Dans une initiative, l'UDC préconise le renvoi des auteurs étrangers de délits y compris ceux relevant de la perception abusive de prestations sociales. Cette mesure vous semble-t-elle opportune?
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