
A 20 ans, Jérémie Kisling ne dormait pas. Et ce n’est pas parce qu’il faisait la fête. Ses nuits blanches, c’était plutôt les angoisses.
Angoisses liées à un avenir qu’il n’arrivait pas imaginer derrière un bureau, sous le joug d’un chef ou d’horaires à la Sisyphe. Projections, insomnies, mal-être. Aujourd’hui, à 32 ans, le chanteur est un autre homme. Parce qu’il est chanteur, justement. De chenille insomniaque il est devenu un papillon bien dans ses ailes. La reconnaissance, un certain succès sont passés par là. L’amour, la musique, l’amitié, les petits plats, il a appris à en profiter.
Du coup, lorsqu’on lui demande de raconter son week-end idéal, le Lausannois n’a pas de peine à enchaîner les idées et les mots pour les dire. Assis devant un tartare de bœuf au Restaurant L’Esquisse, dans le parc de l’Hermitage, il rayonne, même. «Le samedi parfait commencerait tôt. Je me réveille avec ma copine. Bon, là il y a une ellipse, parce que un peu de décence, quand même, hein. Ensuite, on va au marché, on achète quelques beaux légumes. Et, tant qu’on est au centre, on va boire un café et manger le meilleur pain au chocolat de la ville, à la Couronne d’Or. Il y a toujours plein d’amis, plein d’enfants, plein d’enfants d’amis, j’adore.»
Après un arrêt à midi au Café de l’Hôtel de Ville, («les meilleures salades du monde!» – oui, il aime les superlatifs, vous avez remarqué), il s’agit d’enchaîner sur un peu de sport. «Parce qu’à trop traîner dans les cafés, le corps fait «grmph». Alors ce sera foot, tennis ou badminton. Dans ce dernier domaine, il excelle. «Je faisais de la compète, mais cette année, mon genou me cause des soucis. Je vais devoir me faire opérer.»
Le sport, ce n’est pas que pour l’hygiène. «Il y a des copains que je vois presque uniquement pour en faire. Mais attention, rien à voir avec «hahaha, on rigole dans les douches»; c’est l’occasion de cultiver des amitiés, un beau moyen de garder le contact.»
Le samedi soir idéal, ce serait un concert, forcément. Si possible à Lausanne ou à Paris. Même si le deuxième scénario paraît difficilement réalisable après une journée lausannoise; «mais bon, on avait dit «week-end idéal» non ?» Les deux villes sont ses deux maisons. Sur leurs scènes, devant leurs publics, il est bien. S’il pouvait, il y jouerait tout le temps.
Peaufiner le disque dont il rêve
En ce moment, il ne donne pas si souvent de concerts. Il travaille surtout sur son troisième album, entre Brighton, Paris et Lausanne. «On a dû repousser plusieurs fois la sortie. Ça fait déjà plus d’une année que j’y travaille, en fait. Peaufiner les arrangements, être sûr que tous les morceaux sont tout ce qu’ils devraient être… J’ai plus de 20 chansons, il va falloir que je choisisse la douzaine qui me plaît le plus. C’est des titres très personnels, c’est un peu délicat.»
Il médite un peu, espère l’album de ses rêves. Alors on reprend le fil de cette fin de semaine idéale. Le dimanche ? Ceux qui brunchent au Café de Grancy, sous gare, savent bien qu’il est difficile de ne pas y croiser Jérémie. Sur un canapé, il sort même sa guitare, parfois. Autre lieu privilégié à visiter le dimanche autour des 13 h du matin: l’Esquisse, encore. «La cuisine est délicieuse, hypercréative, on y mange incroyablement bien. Et puis surtout, il y a le cadre, les arbres !»
Les arbres, c’est son nouveau truc. Y grimper, surtout. Et pour ça, le parc de l’Hermitage est idyllique. «Tu montes dans les branches, tu sens leur énergie, tu retrouves les sensations de l’enfance. De là-haut, tu vois les choses différemment, tu t’élèves, tu prends du recul. Le plus fou, c’est que personne te remarque. A part les enfants…»
Une source d’inspiration, aussi ? «L’album en cours, je l’ai surtout écrit dans les cafés. Peut-être que le suivant, je le ferai dans les arbres. Quoique c’est un peu casse-gueule. Surtout là, avec la neige.»
Alors, vivement le printemps ? «Oui, ce sera bien. Quoique l’automne c’est chouette. L’été et l’hiver aussi, en fait… »
Bio
1976 Naissance un 27 février à Lausanne. Passe son enfance à Reverolle.
1985 Commence le piano classique.
1993 Reçoit pour son anniversaire la guitare folk de son père et commence à «jouer tous les jours pendant des heures». Lance un groupe de rock quelques années plus tard.
2001 Arrête le groupe et passe 10 jours au studio du Flon pour enregistrer Monsieur Obsolète. L’album est rapidement découvert par François Pinard, qui devient son manager.
2003 Signe chez Naïve, gros label indépendant français.
2005 Sortie de Le ours, 2e album.
2006 En mai, «première grande salle parisienne à moi tout seul, La Cigale. Salle comble et moi comblé.»
2009 Au printemps: «Enfin la sortie de mon 3e album et je croise les doigts.»
– Les week-ends de l’enfance, c’était comment ?
– La première chose qui me vient à l’esprit, c’est surtout le foot. Tout le temps, dans tous les temps, avec les copains de Reverolle. Les juniors E, au FC Apples-Ballens, c’est mes meilleurs souvenirs. Plus tard j’ai entraîné des enfants aussi.
Les week-ends d’enfance évoquent aussi mon père, qui nous jouait du Brassens ou d’autres trucs à la guitare. La semaine, il avait moins de temps, alors on le voyait moins. Je pense aussi aux familles du voisinage qui venaient faire leur pain dans notre four à pain. Ma mère y faisait plein de choses, des tartes incroyables. Des pizzas, aussi. Avec des spéciales juste pour moi: sans tomates et sans mozzarella.
– Et dans dix ans, ce sera quoi le week-end idéal ?
– Il ressemblera beaucoup à ceux d’aujourd’hui. Mais avec des enfants dans ma vie. J’aimerais bien en avoir deux ou trois. Dans mon idée du bonheur, ils décupleront la rigolade, les jeux, les boules de neige, tout ça. J’espère qu’ils poseront plein de questions, qu’ils oseront aller parler aux gens, être impertinents. Pas le truc suisse classique, le regard par terre, la peur de déranger, de faire du bruit ou des bêtises. J’aimerais bien qu’ils soient des électrons libres, qui tournent. Et qu’ils me pousseront à toujours m’interroger.
– L’amour, c’est important ?
– Bien sûr. J’ai trouvé quelqu’un avec qui je ris tout le temps. On parle beaucoup, on se prend pas au sérieux, on a du plaisir à faire des trucs tout simples, tout bêtes. C’est peut-être ça le plus important.
– Le week-end raté, c’est quoi ?
– Ben l’antithèse du week-end idéal, non ? Genre j’ai la grippe, il pleut, alors je peux pas sortir et voir mes copains, pas faire de sport,
rien, quoi.
– Un bon vendredi ou samedi soir ?
– Je vais au Bourg, et j’y retrouve tous mes meilleurs amis. On y va souvent. Je bois des sirops de jasmin, on fait des blagues et on rigole toute la soirée.
– L’angoisse du dimanche soir, ça existe ?
– J’ai la chance de faire un métier où la question ne se pose pas vraiment. J’entends les autres en parler, forcément, et j’imagine bien ce que ça doit être. C’est clair, j’ai vraiment beaucoup de bol de faire ce que je fais.
MES ADRESSES
L’Esquisse «Ils font une cuisine délicieuse, hyper inventive. Les poissons sont incroyables. Et puis, il y a le cadre, la vue, les arbres !»
➜ Route du Signal 2, Lausanne. www.lesquisse.ch
Le Bourg «La programmation est cool, et il y a toujours plein de gens que j’aime bien. En plus, l’endroit est très très beau.»
➜ Rue de Bourg 51, Lausanne. www.le-bourg.ch
La Couronne d’Or «Un des plus chouettes cafés de la ville. Là aussi, toujours plein d’amis.»
➜ Rue des Deux-Marchés, Lausanne. www.couronnedor.ch
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