
En s’approchant des fenêtres, les ferronneries entraperçues à l’intérieur rappellent l’univers de 20 000 lieues sous les mers. Un peu plus loin, une porte d’un caveau funéraire qui semble, au vu des arabesques ornant son faîte, ouvrir sur un autre monde extraterrestre plutôt que sur l’au-delà, surgit de terre au milieu du gazouillis des oiseaux virevoltant sur des arbres d’essences de bois typiques de la fin du XIXe siècle.
En fait, le visiteur ne se trouve pas dans l’univers reconstitué d’un roman mais dans le jardin du Musée de l’Ecole de Nancy, cette association d’artistes et industriels qui ont porté l’Art nouveau à la fin du XIXe et au début du XXe siècle dans la ville lorraine (lire ci-contre), comme d’autres l’ont fait dans treize autres villes en Europe. Dont Bruxelles, porte-drapeau du mouvement avec l’architecte Victor Horta, Barcelone, avec l’artiste Gaudí, ou encore Paris, avec Hector Guimard et ses bouches de métro qui font le délice des touristes.
Le concept de ce mouvement artistique – l’art dans tout et pour tous – trouve une résonance particulière à Nancy, son berceau français. C’est que le cœur de la ville semble lui aussi vouloir intégrer «l’art partout»: le flâneur se délecte de passer sans à-coups d’une porte moyenâgeuse à une place du XVIIIe siècle. Il suffit de lever la tête pour apercevoir ici une ornementation ou là une échauguette, petite tour d’angle. Comme celle de la Grande Rue, qui domine les tonneaux en bois faisant office de tables extérieures pour Le Cyrano, un bar à vin.
Les terrasses en hiver
A une vingtaine de mètres, la rue des Maréchaux, piétonne, est surnommée «rue gourmande» puisqu’elle n’accueille que des restaurants dont les terrasses s’alignent, même en hiver, les unes à côté des autres sur une centaine de mètres. Seule exception: le magasin de disques Punk Records. «Je suis comme Astérix l’irréductible Gaulois», plaisante le patron, Francis Kremer, implanté là depuis trente-cinq ans. «A l’époque, l’AS Nancy-Lorraine avait gagné la Coupe de France de foot avec Platini. J’ai connu les files devant mon magasin quand les fans venaient acheter leurs billets au bureau de l’ASNL, juste à côté.»
Un peu plus loin s’ouvre la magnifique place Stanislas, inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco en 1983. Là, l’Office du tourisme propose des audioguides pour différents itinéraires à travers la ville, dont celui sur l’Art nouveau. Immanquable en cette année où la ville fête les 150 ans de la naissance de Louis Majorelle (lire ci-après), cofondateur de l’Ecole de Nancy. Le visiteur passera de devantures de bâtiments à l’intérieur de banques, où tous semblent trouver normal de voir entrer des touristes empressés d’apercevoir un escalier ou une verrière de 250 m2.
Autre singularité du parcours: pour les accros à la consommation, il permet d’allier shopping et visite culturelle puisqu’il se fait au cœur des rues marchandes. Compter moins de deux heures. Pendant la belle saison, des itinéraires élargis peuvent se faire en minibus ou à vélo.
Autre étape incontournable, la villa Majorelle, maison familiale de l’artiste située à 1 km à pied de la gare, se visite deux ou quatre fois par week-end selon la saison. La semaine, ce sont les employés des bureaux du patrimoine qui gravissent le majestueux escalier en bois de l’entrée ou admirent la cheminée dont le corps est digne des dessins d’Alien de HR Giger. La maison devrait être prochainement entièrement restaurée. La chambre à coucher et son lit dont la tête rappelle les ailes d’un papillon, actuellement au musée, pourrait ainsi reprendre sa place. «Ce n’est pas un problème politique, car le maire a beaucoup fait pour la culture, mais financier, explique la conférencière Kathy Agazzini, qui mène les visites sur place. La ville a beaucoup dépensé ces dernières années pour le tram et la rénovation de la place Stanislas.»
«Rendez-nous l’Alsace et la Lorraine!» C’est l’annexion par l’Allemagne de ces deux régions qui joue un grand rôle dans l’émergence de l’Art nouveau à Nancy. En effet, la ville devient la première cité française, à 30 km de la frontière. De nombreux habitants de ces régions, «les optants», souvent jeunes, aisés et cultivés, décident de rester français et déménagent donc à Nancy. Conséquence: une grande augmentation démographique suivie d’une effervescence économique, industrielle, culturelle et intellectuelle.
En 1901, Emile Gallé fonde notamment avec Louis Majorelle l’Ecole de Nancy ou Alliance provinciale des industries d’art. L’Exposition internationale de l’est de la France, en 1909, est la dernière manifestation du mouvement.
Les velléités de destruction du bâtiment abritant la Brasserie Excelsior, à deux pas devant la gare, marque une prise de conscience pour les Nancéiens qui montent aux barricades. Depuis 1976, tous les bâtiments Art nouveau sont protégés.
Majorelle. Ce nom évoque des meubles et une couleur, Bleu Majorelle. La teinte vient des murs de la maison à Marrakech de Jacques Majorelle, fils de Louis. Ce dernier est cofondateur de l’Ecole de Nancy. La ville fête les 150 ans de sa naissance.
Fils d’Auguste, qui a installé la première fabrique de meubles d’art à Nancy en 1859, Louis Majorelle, qui reprendra l’entreprise familiale en 1879, cherche à allier art et industrie. Sur la base des modèles haut de gamme, il produit ensuite pour une large diffusion des meubles plus simples, donc au prix de revient moins coûteux.
Majorelle est récompensé aux Expositions universelles à Paris en 1889 et 1900, année où il est élevé chevalier de la Légion d’honneur. «Sa réputation est internationale. Dès 1904-1905, il exportait en Amérique centrale et du Sud», explique Roselyne Bouvier, historienne d’art.
MUSÉE DE L’ECOLE DE NANCY C’est dans l’ancienne maison du plus grand mécène de l’Ecole de Nancy, qui a offert près de 750 pièces à la ville, que se trouve le musée. 36-38 rue du Sergent-Blandan.
Pour l’hébergement en ville, l’Office du tourisme trouvera le lieu qui vous convient au tél. +33 3 83 35 84 71.
BRASSERIE L’EXCELSIOR A deux pas en sortant de la gare, la brasserie L’Excelsior est un must. Les banquettes en acajou à deux faces de Louis Majorelle permettent de créer des espaces intimes au sein de l’effervescence du lieu. Brasserie L’Excelsior,50 rue Henri-Poincaré. Rés. surwww.brasserie-excelsior.com
SPÉCIALITÉS Ils sont réputés depuis 1793, les macarons des Sœurs Macarons! On peut aussi acheter dans leur boutique les fameuses bergamotes, bonbons eux aussi estampillés «Nancy». Et des «perles de Lorraine», pâtes de fruit avec un cœur d’eau-de-vie de mirabelle. Sœurs Macarons, rue Gambetta.

En vacances deux semaines, nous vous proposons de (re)découvrir une partie des rencontres mises en ligne durant ce premier trimestre 2010:
Les petites communes abandonnées par la Nation?
La justice est-elle trop clémente avec les mineurs?
«Ces enfants blessés seraient condamnés si l'on ne faisait rien!»
«Oui, on peut être tuteur et heureux!»
Etes-vous favorable au renvoi systématique des criminels étrangers?
Dans une initiative, l'UDC préconise le renvoi des auteurs étrangers de délits y compris ceux relevant de la perception abusive de prestations sociales. Cette mesure vous semble-t-elle opportune?
Participez au sondage et au débat sur www.lesquotidiennes.com