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Domaine Méo-Camuzet, Vosne-Romanée, continuité bourguignonne

DÉGUSTATION | La Bourgogne exerce toujours de la fascination chez les amateurs de vin. A condition de viser l’excellence. Chez les Méo, père et fils, cela dure depuis cinquante ans.

© DR | ean-Nicolas, 45 ans, et Jean Méo, 82 ans, au cœur de leurs vignes de Clos de Vougeot, trois hectares parmi les mieux situés de ce Grand Cru de 51 hectares. Le château avait été cédé par Etienne Camuzet à la Confrérie du Tastevin en 1944.

PIERRE THOMAS | 29.01.2010 | 00:01

Le bail paraît ténu, dans une région qui se réclame de près de mille ans de tradition, quand les moines de l’abbaye de Cîteaux plantèrent, les premiers, le Clos de Vougeot. A travers Jean Méo et son fils Jean-Nicolas, toute l’histoire de la Bourgogne s’incarne. Pour la résumer, rien de plus élémentaire qu’une dégustation au château du Clos de Vougeot. C’était en novembre dernier, juste avant la soirée du Tastevinage, qui est à la Bourgogne ce que les Ressats de la Confrérie du Guillon, au château de Chillon, sont au vignoble vaudois.

Un glorieux héritage

On aurait pu y voir, sous les poutres ancestrales, un rendez-vous people et tape-à-l’œil. Pourtant, l’histoire du Domaine Méo-Camuzet est écrite dans (et sous) ces murs. Etienne Camuzet, au début du XXe siècle, constitua son domaine, parcelle par parcelle, en Côtes de Nuits. Il fut aussi le dernier propriétaire du château du Clos de Vougeot, qu’il céda à la Confrérie des Chevaliers du Tastevin, en 1944. Sa fille, quand elle mourut, en 1959, confia les vignes à son plus proche parent, Jean Méo. Si Etienne Camuzet fut député de la Côte-d’Or durant trente ans, Jean Méo était alors un grand commis de l’Etat auprès de Charles de Gaulle. Ce qui valut au général, chaque Noël, une caisse des meilleurs crus du domaine.

Mais Paris est bien loin des vignes… Quand elle céda le domaine à Jean Méo, la fille d’Etienne Camuzet veilla à ce que les métayers continuent à travailler la vigne. Leur salaire, comme pour les vignerons-tâcherons vaudois, est payé en nature, par une demi-vendange. Parmi ces métayers, Henri Jayer s’imposa comme un des plus subtils vinificateurs bourguignons. Il veillait sur le Richebourg, le Vosne Les Brûlées, le Cros Parantoux et le Nuits Murgers, des «climats», comme on les nomme ici, qui ont fait la réputation à la fois d’Henri Jayer, jusqu’à sa mort, en septembre 2006, à 84 ans, et de Méo-Camuzet.

Si les vins étaient élaborés sur place, ils étaient d’abord cédés en fûts au négoce de Beaune. La vente au domaine ne débuta qu’en 1985. Mais ce fut le choix de Jean-Nicolas de revenir à la cave, à 25 ans, après des études de commerce aux Etats-Unis, qui marqua l’essor de Méo-Camuzet, il y a vingt ans. Au contact d’Henri Jayer, le jeune homme a appris à vinifier et à continuer l’œuvre de son aîné. «J’ai eu la chance de débuter au moment d’un nouvel âge d’or pour la Bourgogne», confie-t-il.

Longtemps, le domaine n’a produit que du pinot noir, de plants fins, sélectionnés sur place. On sait toute la difficulté à mettre en valeur ce délicat cépage. La vinification n’a guère changé. La maturité du raisin, éraflé, est primordiale, comme la maîtrise des températures. Ce contrôle s’exerce de la macération préfermentaire à froid, pour extraire les arômes du raisin, jusqu’à la fin de la fermentation alcoolique, dans des cuves en béton aux propriétés isothermiques. Ensuite, l’élevage se poursuit en barriques… Depuis 1988, aucun vin n’est filtré à la mise en bouteilles. A l’exception d’un bourgogne générique, issu d’une activité de négoce, aucun assemblage. Chaque «climat» est vinifié séparément.

Un Richebourg presque inatteignable

Et quand on glisse à Jean-Nicolas Méo, après une dégustation d’une dizaine de crus sur vingt millésimes, qu’il devrait commercialiser ses vins à leur apogée, après quelques années de cave, il répond: «Nous ne le faisons pas. Mais je vais m’y mettre. Dix pour cent à réserver chaque année, c’est trop; cinq pour cent, cela me paraît bien.» Soit 60 bouteilles exactement de ce Richebourg, vin culte, précieux et (presque) inatteignable.

Une fois par mois, notre expert Pierre Thomas fait le portrait d’un vigneron et de son domaine.




Quoi?
17 ha en propriété en Bourgogne, 80 000 bouteilles par an.

Où?
11, rue des Grands-Crus, Vosne-Romanée, www.meo-camuzet.com

Comment?
Importés en Suisse par Jean Solis, à Pully, info@jeansolis.ch

Combien?
25 vins dans une gamme de 28 fr. 50 à 450 fr. la bouteille.




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