
Le 10 janvier, l’aube se lève sur un sinistre décor: un échafaud, installé sur les berges de la Broye, en aval de Moudon. Le condamné auquel il est destiné s’appelle Héli Freymond. Il n’a que 25 ans. Pourtant, la foule réclame sa mort à grands cris. Lorsque les cloches de l’église sonnent le glas, dans le petit matin, le condamné est conduit de la prison jusqu’à l’échafaud. Un trajet de vingt minutes qui prendra une heure: le retentissement du crime était tel que plus de 20 000 personnes assistent à l’exécution.
Au pied de l’échafaud, le peintre Charles Vuillermet doit peindre un portrait fidèle de l’événement, à la demande du procureur général. «La foule s’était resserrée autour de l’échafaud, qui n’était isolé que par une corde retenue par des piquets», racontera-t-il par la suite. Lorsque le jeune Héli Freymond est amené, il retarde le moment funeste, «embrassant les gendarmes qui l’ont gardé et veillé dans la prison; enfin, il gravit l’escalier, sans aide, et se place debout devant la chaise.» Le pasteur s’avance pour prier avec le malheureux. Mais, rapporte le peintre, «le bourreau fait signe que cela dure trop, et prend son glaive». Par deux fois, il fait mine d’abattre l’arme sur le cou du condamné, puis au troisième essai, «il frappe vivement, et le glaive passe. Freymond est décapité». La tête est jetée dans la sciure. A la grande horreur de Charles Vuillermet, des campagnards montent alors sur l’échafaud et «déplacent la tête pour mieux en admirer les traits». Dégoûté, le peintre s’empresse de fuir «ce lieu néfaste et cette scène horrible». Il vient d’être témoin de la dernière exécution capitale en Pays de Vaud.
Empoisonnée à l’arsenic
Le condamné, Héli Freymond était natif de Corrençon, un petit village de la Broye vaudoise. Jeune agriculteur, il épouse en 1866 Elise Olivier, une jeune fille que le tribunal qualifiera de «remarquable sous tous rapports, appartenant à une famille des plus respectables de la contrée». La demoiselle, originaire de Saint-Cierges, possède surtout un domaine important. Héli se marie par intérêt. Il fréquente en cachette depuis trois ans une autre fille, Louise Freymond, qu’il a séduite alors qu’elle n’avait que 16 ans.
La jeune Louise rêve d’épouser Héli. Devant l’impatience de sa maîtresse, le jeune homme lui promet qu’Elise, alors enceinte, ne vivra pas longtemps. Un jour de marché à Moudon, il achète de l’arsenic chez le taupier et le donne à Louise, qui parvient par ruse à le faire avaler à sa victime. La pauvre Elise perd d’abord son bébé: un second empoisonnement finit par l’achever, le 23 mai 1867. Sa mort subite est toutefois mise sur le compte d’une santé fragile.
Aussitôt veuf, Héli Freymond entreprend de courtiser la sœur d’Elise, Méry, qui vient d’hériter de la moitié de la fortune. Ses plans sont mis à mal par Jean Mettraux, l’amoureux de Méry. Qu’à cela ne tienne! Héli décide d’éliminer le gêneur. Le dimanche 30 juin, alors que les deux hommes rentrent tous deux de Lausanne sur la route de Corrençon, Héli donne à Jean Mettraux de la strychnine dans un petit pain. Lorsque la victime tombe et se tord de douleur, l’empoisonneur l’abandonne à son sort, après lui avoir subtilisé ses économies. Le malheureux agonisera jusqu’à cinq heures du matin, où il sera sauvé in extremis par un passant.
Jean Mettraux accuse Héli Freymond et une enquête est ouverte. On se souvient de la mort étrange d’Elise, un mois plus tôt: son corps est exhumé. L’autopsie dévoile alors que son estomac, son foie et ses intestins contenaient de l’arsenic. Héli est aussitôt emprisonné à la prison de Moudon. Devant les preuves accablantes, il craque et finit par tout avouer, le 16 août 1867.
Le procès, qui s’ouvre le 11 novembre devant le Tribunal criminel de Moudon, durera cinq jours. Chaque matin, devant le tribunal, la population hurle sa colère: «A mort Freymond! A mort l’empoisonneur!» Pour sa défense, Héli tente de reporter la responsabilité sur Louise, sa jeune maîtresse. Celle-ci écopera de vingt ans de réclusion. Héli Freymond, lui, est condamné à mort.
A la lecture du verdict, les témoins rapportent qu’il se trouve «sous l’emprise d’une prostration absolue. Sa souffrance est cruelle, ses mains s’agitent convulsivement, son regard fixe paraît perdu, sa poitrine se soulève et laisse échapper des gémissements.» Son recours en grâce auprès du Grand Conseil, le 7 janvier, est refusé. Trois jours plus tard, la tête d’Héli Freymond roule dans la sciure. «Puisse cette condamnation terrible servir de sévère, mais salutaire leçon aux habitants de la contrée et du pays tout entier», conclut l’arrêt du Tribunal de Moudon.
En vacances deux semaines, nous vous proposons de (re)découvrir une partie des rencontres mises en ligne durant ce premier trimestre 2010:
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FC Ependes - FC Concordia Lausanne 0 - 5 (0 - 2) Notes : Terrain d'Ependes Franki
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Dans une initiative, l'UDC préconise le renvoi des auteurs étrangers de délits y compris ceux relevant de la perception abusive de prestations sociales. Cette mesure vous semble-t-elle opportune?
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