Imprimer Imprimez    E-mail Envoyez    Commenter Login    Partager Twitter Facebook flux rss

Pionniers de l’air et folles machines en terre romande

1911 | Un livre retrace la grande épopée des précurseurs Dufaux, Failloubaz et autres Cailler.

© DR | Georges Cailler à bord de son monoplan, à Broc, en 1910. Au fond, on voit les maisons ouvrières de la fabrique de chocolat construite par son père, Alexandre. Le 1er août 1938, l’appareil dans lequel Georges avait pris place tomba en vrille et s’écrasa. Il mourut de ses blessures.

JEAN-MARC CORSET | 19.12.2009 | 00:01

Le premier meeting aérien sur sol romand devait se dérouler à Chavannes-près-Renens, site choisi pour sa proximité de la gare de Renens, alors très importante. Mais, en raison des conditions trop contraignantes formulées par les quelque 20 propriétaires concernés, c’est finalement aux Plaines-du-Loup, vers l’actuel terrain de la Blécherette, qu’il eut lieu. Le Département militaire n’avait quant à lui exprimé aucune exigence…

Les Journées lausannoises d’aviation, les 3, 4 et 5 juin 1911, marquent le véritable décollage de l’aviation en Suisse romande, et sans doute en Suisse.

La manifestation fut un immense succès populaire: plus de 25 000 entrées comptabilisées. C’est que les pionniers les plus réputés de l’époque étaient là. Parmi eux, le célèbre Ernest Failloubaz, d’Avenches, appelé «le gamin volant». Il avait obtenu le premier brevet suisse pour avions à moteurs à 17 ans! Une véritable légende: devenu millionnaire grâce à un héritage, il se ruina pour sa passion avant de mourir de la tuberculose, dans la solitude, à l’âge de 27 ans.

Essor romand

Si Failloubaz est mort dans son lit, ce ne fut pas le cas de bon nombre de ses compagnons. D’ailleurs, sur les hauts de Lausanne, en 1911, un décès violent fut évité de peu: «Taddeoli, ayant fait une chute de 200 mètres, eut son avion complètement brisé», raconte Philippe Cornaz dans le premier tome de son ouvrage L’aviation suisse romande, qui vient de sortir de presse.*

Il faut se rappeler que c’est à l’ouest de la Sarine que l’aviation helvétique est née. Pour illustration, huit des neuf pilotes mobilisés le 3 août 1914 pour la guerre (avec leur propre appareil) étaient des Romands. L’explication est simple: en Europe, les héros des débuts de l’aviation sont avant tout des Français. C’est eux qui inspirent les entrepreneurs romands les plus téméraires. A l’exemple de Georges Cailler, enfant de la grande famille des chocolatiers de Vevey, qui se lance sur un terrain de fortune situé à côté de l’usine de production, à Broc.

Il raconte dans une lettre adressée à un journal illustré les essais réalisés pendant huit jours au printemps 1910 sur le monoplan construit avec son ami Henri Magnenat: «Nous nous sommes régulièrement décollés et avons terminé par un vol d’une centaine de mètres à huit mètres de hauteur. Tout cela avec une hélice provisoire et un terrain trop défectueux pour continuer des essais plus en grand. (…) Quoi qu’il en soit, nous croyons êtres les premiers aviateurs suisses ayant effectué plusieurs vols sur un monoplan construit entièrement en Suisse et par des Suisses.»

Une année plus tôt, les frères Dufaux avaient commencé à fabriquer des hélices et des avions biplans dans leurs ateliers de Genève. Mais, pour ces inventeurs de génie – la célèbre bicyclette à moteur Motosacoche, c’est eux –, l’aventure des airs avait commencé bien avant le 25 juillet 1909, date de la première traversée de la Manche par Louis Blériot.

Hélico avant l’heure

Dès le début du siècle, ils imaginent un avion à moteur capable d’amorcer son vol à la verticale. En cours de recherche, ils conçoivent même un modèle d’hélicoptère, qu’ils dévoilent en 1905 à Genève.

C’est seulement quatre ans plus tard que sera mis au point leur incroyable aéronef à décollage vertical. Les premiers essais ont lieu sur la place militaire de Bière. Hélas, l’appareil ne parvient jamais à décoller, et le rêve d’Henri et Armand Dufaux se brise sur le terrain accidenté du pied du Jura. Deux ans plus tard, leur fortune engloutie dans leur passion, ils vendront leurs licences et leurs avions à Failloubaz. Celui-ci déménage les ateliers à Avenches, en face de la gare, dans le bâtiment de l’Aventica.

Très tôt, les pionniers de l’aviation romande eurent aussi l’idée d’utiliser un plan d’eau pour décoller et se poser. Georges Cailler construisit un hydravion, qu’il testa sur le lac de Morat. A la fin de l’été 1912 déjà, Ouchy-Lausanne est le théâtre du Concours international d’hydro-aéroplanes, qui voit des casse-cou français et romands exhiber leurs inventions. Le pilote Henri Kramer était un adepte, comme le montre cette photo inédite du Farman retrouvée par Philippe Cornaz. Le hangar où ses mécaniciens entretenaient ses appareils se trouvait à Villeneuve, en bordure de l’Eau Froide, qui se jette dans le Léman.

Le 2 août 1914, l’homme reçoit plusieurs télégrammes lui donnant l’ordre de se rendre immédiatement à Berne avec un de ses avions pour y être mobilisé. La Grande Guerre a commencé, qui projettera l’aviation dans l’ère industrielle…

Philippe Cornaz, L’aviation suisse romande, tome 1, 2009. Disponible en librairie.




Vos commentaires sont les bienvenus. Soyez concis, courtois et pertinents. Les commentaires injurieux et hors sujet seront effacés. En cas de non respect de ces instructions, le compte d'un utilisateur pourra être bloqué sans préavis.

24H sur Facebook

La question du jour

  • La pratique de l’héliski doit-elle être interdite ?

    Oui

    Non

    Sans avis

  •  
Tous les sondages

Le podcast de la rédaction

En photo avec une star du LHC

 

Le débat de la semaine

Etes-vous favorable au renvoi systématique des criminels étrangers?
Dans une initiative, l'UDC préconise le renvoi des auteurs étrangers de délits y compris ceux relevant de la perception abusive de prestations sociales. Cette mesure vous semble-t-elle opportune?

Participez au sondage et au débat sur www.lesquotidiennes.com

Les plus lues