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Des pompes funèbres… au féminin singulier

RARE | Danielle Voisard dirige son entreprise funéraire dans le Jura, seule femme en Suisse romande.

© DR | «On n’est plus dans l’apparence, avec les familles les relations sont souvent très authentiques.»

ANNE KAUFFMANN | 16.01.2010 | 00:01

Madame l’entrepreneur de pompes funèbres refuse de porter le noir. C’est en bleu marine que Danielle Voisard nous accueille dans son arcade au cœur de la Vieille-Ville de Delémont. «J’aime cette couleur, dit-elle, c’est respectueux et apaisant.»

Accroché au mur, un diplôme de l’Association suisse des services funéraires (ASSF), obtenu en 2000. C’est le brevet fédéral d’entrepreneur en pompes funèbres qu’elle est, pour l’instant, la seule femme à détenir en Suisse romande.

«Au début, j’aurais voulu qu’ils me le féminisent, et puis je m’y suis fait, dit-elle. Cela ne m’empêche pas de mettre ma petite touche féminine dans ce métier.»

Pour Danielle Voisard, une Nyonnaise d’origine, cela veut dire consacrer du temps à écouter les familles, mettre un soin particulier à habiller et préparer les défunts (maquillage, coiffure) et faire tout son possible pour réaliser les souhaits de ses clients. «Je me souviens d’une famille qui voulait enterrer deux enfants morts accidentellement dans le même cercueil, ce qui est interdit. Mais j’ai réussi à obtenir une autorisation et ils ont pu reposer ensemble dans un cercueil que j’ai fait fabriquer spécialement. C’était tellement important pour les parents!»

Une nouvelle vie commencée à 39 ans

Le monde funéraire, c’est la deuxième carrière de Danielle Voisard, après celle d’hôtesse de l’air. «Le tournant, ça a été l’accident du SR 111, explique-t-elle. J’étais dans l’équipage de réserve, alors, après, mes enfants angoissaient à chaque vol et cela faisait un moment que je ressentais le besoin d’un métier aux contacts moins superficiels…» Danielle Voisard pense à un travail en EMS, un ami lui conseille plutôt les pompes funèbres. «La mort ne me fait pas peur, alors je me suis dit pourquoi pas.»

Cette parfaite bilingue commence par des stages des deux côtés de la Sarine – «Ici, personne ne voulait former une future concurrente!» – puis réunit l’argent nécessaire avec l’aide de proches. «L’investissement a été lourd, un corbillard 4X4 pour aller partout en hiver, des cercueils, des urnes…» Après quelque temps, Danielle Voisard entreprend la formation de l’ASSF: «Le brevet m’a donné une certaine crédibilité, notamment avec les autorités», constate-t-elle. Certains clients ont aussi été rassurés, même si la première réticence passée les familles font volontiers recours à une «dame».

Expérience Swissair: un plus

Pour Danielle Voisard, être une femme est un atout. «J’ai souvent le rôle d’une grande sœur à qui l’on se confie.» Reste qu’il faut assurer physiquement. «Je suis sportive, ça va. Et puis, quand on a vu que l’entreprise pouvait tourner, mon mari m’a rejointe.»

Accepter aussi une disponibilité totale, chaque jour, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. «On ne peut pas non plus se permettre d’excès, en habillement ou autre, parce que c’est une véritable fonction publique, mais ça ne me pèse pas», ajoute l’entrepreneuse delémontaine.

Une discipline très Swissair, non? Danielle Voisard acquiesce: «Oui, j’ai gardé des réflexes très utiles. Comme le soin du détail, la capacité à fixer des priorités… Quand vous avez sept décès en un seul jour, ça aide. Savoir garder son sang-froid dans les circonstances dramatiques, aussi.»

Côtoyer la mort, est-ce que ça change la vie? «Oui, on n’est plus dans l’apparence, avec les familles les relations sont souvent très authentiques. Et puis, je vois que des maladies foudroyantes ou des accidents peuvent tout bouleverser… J’ai appris à savourer chaque instant heureux, en particulier ceux passés avec mon mari, mes enfants et mon petit-fils.»

 


 

Comment dit-on croque-mort au féminin?

Un bastion masculin se féminise… un peu.

Les femmes sont désormais plus nombreuses à travailler dans le domaine funéraire. Ainsi, dans les grandes entreprises, où les tâches sont spécialisées, elles sont quelques-unes à la tête de filiales régionales et le nombre d’assistantes qui conseillent les familles augmente.

Elles sont encore très rares

Mais celles qui dirigent leur propre entreprise sont encore très rares, constate l’Association suisse des services funéraires (ASSF) qui rassemble 170 entreprises de pompes funèbres, la plupart alémaniques, sur les quelque cinq cents que compte la Suisse.

Un métier très physique

«Dans les petites entreprises familiales, surtout hors des villes, le métier est très physique, relève Ursula Stalder, secrétaire centrale de l’ASSF. Il faut pouvoir tout faire, parfois même creuser les tombes. Voilà pourquoi beaucoup de femmes renoncent.»

Depuis cinq ans, l’ASSF dénombre pourtant davantage de candidates à ses cours (pratique, administratif, comptabilité) accessibles après plusieurs années de pratique. Une formation – uniquement en allemand – qui s’étend en moyenne sur trois ans.

«En 2008, il y avait 50% de candidates au brevet et dans la volée qui a commencé en mars nous comptons six femmes sur vingt-trois participants», précise Ursula Stalder.




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