
Amoureux du secret, le Californien Theodore Roszak exacerbe la curiosité. Il y a cinq ans, la parution en français de La conspiration des ténèbres (Flicker) mettait en pleine lumière cet observateur curieux du monde et de ses machinations. L’enfer des rêves , dont la traduction sort ces jours, traite aussi de complot. Deirdre Vale possède le don de pénétrer dans l’inconscient des autres et y manœuvre leurs songes. La jeune femme est recrutée par le gouvernement américain. Cauchemars assurés.
Ses états de service impressionnent. Agé aujourd’hui de 76 ans, ce baroudeur des sciences et de la philosophie a inventé le concept de «contre-culture» dans la bohème des sixties américaines. Natif de Chicago, il s’est établi à Berkeley, où il enseigne l’histoire à l’université, maison légendaire pour avoir été le berceau des anticonformismes.
Toujours sur la brèche, en 1995, désormais éminent professeur, il militait pour l’écopsychologie, une théorie qui implique avec précocité la fusion du bulletin de santé de l’homme et de sa planète.
Le polémiste lançait encore il y a deux ans, le brûlot du Triomphalisme américain à l’âge du terrorisme. Mais ce tempérament réfractaire séduit le plus quand il s’abandonne à la fiction. L’explorateur de la pensée laisse alors parler un style unique, à la fois tendu vers la rigueur scientifique et la tension psychologique.
Ainsi, l’essayiste, historien, sociologue, se transforme-t-il en comploteur machiavélique dans L’enfer des rêves. Le suspense, dont il semble un maître inné, dope des fulgurances idéologiques pointues, les rend accessibles. Si la contre-culture a produit des auteurs aux chimères parfois surréalistes – les William Burroughs, Timothy Leary ou Philip K. Dick – le romancier Roszak reste sur la terre ferme. Jamais fumeux, jamais au ras de la moquette…
Son trip favori serait plutôt celui qu’énonçait Rabelais: «La science sans conscience» et les catastrophes qui s’ensuivent. L’an dernier, L’enfant de cristal était publié en français avant même de sortir aux Etats-Unis. Avec un rien de résignation, le romancier décrivait sa position inclassable. Science-fiction, pamphlet politique, heroic fantasy? Il échappe aux genres littéraires, les fonde dans une outrance qui, au fond, reste sa marque: un cocktail d’intelligence brillante et de paranoïa enivrante.
La machination Hollywood
La conspiration des ténèbres date de 1991. L’enfer des rêves a été écrit en 1986 et se voit seulement traduit aujourd’hui. La modernité du propos épate. «L’allégorie qui domine toute ma pensée est celle de Frankenstein, note-t-il. Ce mythe est par excellence celui du monde moderne. Il montre comment l’homme peut créer quelque chose qui peut se retourner contre lui et le détruire. C’est cet avertissement que je fais passer dans mes livres.» Il rendait d’ailleurs hommage à la romancière Mary Shelley dans Les Mémoires d’Elizabeth Frankenstein , saluant la visionnaire féministe, écologiste et humaniste. A l’évidence, les prémonitions et les combats de Theodore Roszak restent pertinents.
CRITIQUE Si La conspiration des ténèbres pose en classique absolu, L’enfer des rêves ne manque pas d’arguments. Comme si elle lisait en cachette le journal intime de son enfant, Deirdre infiltre les rêves de sa petite fille, Laney. Un talent qu’elle a réprimé dans l’enfance, exploité à l’adolescence pour draguer les garçons, puis enfoui quand son mari s’est laissé guider par les «rêves noirs». Là, elle a deviné un territoire effrayant, révélé dans une puissance mortifère surnaturelle. Soignée pour autisme dans une clinique aussi privée que gouvernementale, la jeune femme apprivoise son inconscient, progresse vers une reconversion active. Le Dr. Delane la promeut assistante. Son job? Entrer en communication avec mère Constancia, religieuse expulsée du Guatemala susceptible d’obtenir le Nobel pour sa guérilla humanitaire qui froisse l’Amérique. Comme un Stephen King ou un Michael Crichton, le visionnaire Theodore Roszak actionne les mondes obscurs avec une férocité plausible. Sa force, son incongruité, demeurent dans un pouvoir de réflexion qui dépasse le fantastique vécu à l’état pur ou le techno-thriller traduit en préoccupations de société. L’impensable peut arriver.
L’enfer des rêves, Theodore Roszak, Ed. Le cherche midi, 398 p.
En vacances deux semaines, nous vous proposons de (re)découvrir une partie des rencontres mises en ligne durant ce premier trimestre 2010:
Les petites communes abandonnées par la Nation?
La justice est-elle trop clémente avec les mineurs?
«Ces enfants blessés seraient condamnés si l'on ne faisait rien!»
«Oui, on peut être tuteur et heureux!»
D'autres témoignages sur notre site officiel: http://www.actiontutelle.ch En la matière, tout...
Les dessins de ce grand artiste romand du XXe siècle furent longtemps pris pour de l’art brut;...
Etes-vous favorable au renvoi systématique des criminels étrangers?
Dans une initiative, l'UDC préconise le renvoi des auteurs étrangers de délits y compris ceux relevant de la perception abusive de prestations sociales. Cette mesure vous semble-t-elle opportune?
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