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Sacha Sperling, un nouvel enfant du siècle

DÉCOUVERTE | À 18 ans, il compose le roman d’une génération cabossée, d’une fulgurante lucidité.

© DUKAS | Son premier livre rappelle celui de Sagan, à qui Diane Kurys, sa mère, a consacré un film.

JEAN-LOUIS KUFFER | 05.12.2009 | 00:01

«Tes plaisirs sont des trêves, faciles et rapides», écrit Sacha, 14 ans. «Tu as tout et pourtant tu te retrouves peu à peu le cœur vide et la tête pleine d’images violentes qui seules peuvent te rappeler que tu es en vie.»

D’une implacable acuité, le regard que Sacha porte sur lui-même vaut pour les enfants pourris gâtés de son âge et les adultes. Mais tout de suite il faut préciser que Sacha Winter, narrateur du livre, 14 ans, n’est pas identifiable à Sacha Sperling, 19 ans aujourd’hui, qui a écrit Mes illusions donnent sur la cour et se défend d’avoir vécu les situations extrêmes ponctuant la dérive de son protagoniste.

Le Sacha du roman a des bleus au cœur, non sans raisons. Fils de divorcés immatures, il fuit dans la musique abrutissante, la défonce à l’alcool, à l’herbe puis à la coke, les baises confuses, les frasques et les provocations signifiant autant d’appels au secours. Pas plus que ses parents largués, les kyrielles de psys qu’on lui colle depuis l’âge de 4 ans, ni ses camarades trop grégaires ou conformistes, ne l’aident à trouver ce qu’il cherche: une vie plus intense et plus vraie, de l’amitié et de l’amour peut-être, comme il les trouve chez son alter ego Augustin.

Comme les Kids de Larry Clark ou les «zombies» de Bret Easton Ellis, le Sacha du roman incarne une adolescence à la fois blasée et sûre de rien, qui couche avant de connaître son partenaire et en souffre «quelque part», oscille entre vague bisexualité et vague homophobie, sait tout par internet et patauge dans son bouillon d’inculture.

Tout cela que Sacha Sperling a vécu ou observé tout en récusant l’identification à son personnage. Or, ce qui stupéfie est la maturité avec laquelle il module ses constats. Son entourage, et sa propre éducation, y est sûrement pour quelque chose. Sacha Sperling est en effet le fils de Diane Kurys, comédienne et réalisatrice de premier plan (Prix Delluc pour Diabolo menthe), dont le dernier film est consacré à… Françoise Sagan, et d’Alexandre Arkady, réalisateur très en vue lui aussi, notamment du Coup de sirocco, de Pour Sacha (!) et d’Avoir vingt ans dans les Aurès.

Or, sans donner dans le paradoxe, nous pourrions nous demander si ce jeune auteur n’a pas tout contre lui pour être pris au sérieux: trop doué, trop indépendant d’esprit, trop joli garçon aussi.

Pour ce qui nous concerne, en attendant son prochain livre déjà en chantier, nous y voyons une valeur sûre de la relève du roman français actuel, qui en a tellement besoin…

 


 

Poète urbain

CRITIQUE A la fin du récit de Sacha Winter, narrateur de Mes illusions donnent sur la cour, le romancier le vire gentiment pour s’adresser au lecteur: «Sachez que ce qu’il vous a raconté est probablement faux puisque la vérité l’a toujours effrayé. Il est plus facile pour lui de romancer une réalité médiocre.» Or, si la réalité ressaisie ici est effectivement «médiocre», comme tant de confessions juvéniles imbibées de sexe, de drogue et de rock’n’roll, la modulation littéraire de ces thèmes, le «montage» du roman, et plus encore la vérité de celui-ci, les sentiments qu’il filtre avec une incomparable attention, les dialogues qui en découlent avec tant de justesse, sont d’un véritable écrivain à «papatte». On ne criera pas au chef-d’œuvre, mais les coups de sonde dans le coeur humain et l’observation du milieu dénotent une pénétration aiguë chez le jeune auteur. Enfin, il faut signaler la poésie profonde de ce roman, et ses échappées de lyrisme urbain: «Les jeunes aux yeux vermillon se sont arrêtés. Ils regardent le ciel avec angoisse. Un instant on peut sentir le poids du monde sur leurs épaules. Le trop grand poids du monde. A l’heure où tout devient plus sombre, il nous faut rapidement nous regarder en face.»

Sacha Sperling, Mes illusions donnent sur la cour. Fayard, 265p.




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