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Douglas Coupland, génération jPod

ESSAI | Près de vingt ans après qui balisait les blues modernes, le Canadien récidive. Le monde ne s’arrange pas, lui non plus.

© CHRISTOPHER J. MORRIS | Douglas Coupland hume l’air du temps à l’ère de Microsoft, du web et de la fourmilière digitale.

CÉCILE LECOULTRE | 30.01.2010 | 00:01

Drôle de type que Douglas Coupland. Malgré un best-seller aussi emblématique qu’inattendu en 1991, Génération X, il persiste à ne pas se considérer comme un écrivain. Peu dupe du succès auréolant ce premier roman, le Canadien rappelle d’ailleurs: «Ce livre a failli être flingué par l’éditeur. Mais, par expérience, je sais que les livres les plus appréciés des lecteurs sont ceux que les éditeurs détestent le plus.»

Dilettante et anticonformiste, il a pu décevoir par la suite, ne retrouvant pas l’air du temps de Génération X, passant pour un surfeur, un jour romantique et cool, l’autre tragique et désespéré. Jusqu’à ce jPod, hilarant et tragique, qui cartographie un monde devenu encore plus fou que jadis…

Artiste sarcastique
A 50 ans, Douglas Coupland cultive le sarcasme, ce bouclier qui lui a permis de dépasser une enfance corsetée dans la religiosité. Artiste et designer de formation, il a longtemps rêvé de s’établir à Tokyo. Mais une allergie cutanée sévère l’a obligé en 1991 à rentrer à Vancouver. C’est là qu’il écrit «par hasard» Génération X et la douzaine de romans qui suivirent.

Avec un humour sardonique aiguisé par la détestation de son éducation, le Canadien remarquait: «Je n’ai aucune idée de mon orientation politique. Libéral? Conservateur? Anarchiste? Néant. Je suis l’électeur générique qui change tout le temps d’avis.» Mais si Génération X se classe dans les microphénomènes de société propres à engendrer leur vocabulaire, Douglas Coupland ne donne jamais dans le «McJob» littéraire.

Par contre, ses paumés de protagonistes, de Microserfs à Toutes les familles sont psychotiques, subissent leurs destins minables comme une fatalité. Dans jPod, la fresque se savoure à bouffées goulues de gaz hilarant, dans un gros délire graphique où les chiffres et les lettres se bousculent en un charivari symphonique ahurissant. Pour Douglas Coupland, cette habitude des répétitions, fiches, listes ou reproductions de courriels, n’a rien d’un tic. C’est son hommage à Andy Wahrol, et à ses tableaux découpés en carrés de couleurs différentes.

Il faut sauver les geeks

Publié en 2006 aux Etats-Unis, l’ouvrage surprend par sa totale adéquation avec les soubresauts technologiques du siècle. Mais l’auteur insiste, c’est pure coïncidence s’il publie un roman dédié aux geeks, ces fondus d’informatique dont le réalisateur James Cameron se réclame à grande force. De toute façon, d ans jPod, il n’est pas question d’inventer la planète Pandora comme dans Avatar. Au contraire, les créatifs sont priés de se la coincer.

La franchise jPod Les aventures de sept programmateurs affectés à la composition d’un jeu vidéo. Sans aucune originalité, ils «écrivent» les longues lignes de programme. Tout un feuilleton.

Coupland se moque de tout, et d’abord de lui-même, s’introduisant même comme personnage de son propre roman. «Oh mon Dieu! J’ai l’impression d’être un réfugié d’un roman de Douglas Coupland», balance-t-il dès les premières pages. Dans les dernières, il se dégomme, proposant une improbable fin heureuse qu’il juge «ennuyeuse et soporifique» mais salutaire aux yeux du «grand écrivain cosmique». C’est pour rire…

jPod, Douglas Coupland Ed. Au Diable Vauvert, 522 p.

 





Un comique irrésistible

CRITIQUE Au-delà des trucs chers à Douglas Coupland – listes de mots librement associés, typographie en pagaille, énoncé des 100 000 premières décimales du nombre pi (avec une erreur), etc. –, jPod condense avec une puissance comique irrésistible toutes les stratégies mises en œuvre par l’auteur jusqu’ici. Dénonçant la saturation technologique des temps modernes, le Canadien surdose un récit déjà fort échevelé. Derrière la «googlelisation» générale se dessine en creux le vide créé par la spirale infernale du «toujours plus speed».

Ethan et ses potes pédalent dans la semoule, affrontent des mafieux chinois, des parents zinzins, des clandestins…

Se dégagent de ce maelström des séquences d’anthologie. Voir quand cet analyste subtil décrypte les mécanismes des briefings dans les entreprises, ou quand il explique pourquoi le jeudi est le meilleur jour de la semaine. Comme s’il ambitionnait de concilier la force émotive de Toutes les familles sont psychotiques et la critique sociale de Microserfs, Coupland donne une âme à ces geeks. Derrière les écrans apparaissent alors des visages, les secrets surgissent, expliquent des attitudes frisant souvent l’autisme. A décoder, avant d’enfoncer la touche «replay».




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