
Elle se fait rare (cinqlivres en dix ans), mais ses fans lui restent fidèles. Assister à une séance de dédicace d’Anna Gavalda est une expérience étonnante: les lecteurs attendent des heures pour avoir une petite discussion avec elle et un joli dessin dans leur exemplaire. Réponses à l’occasion de la parution de L’échappée belle.
– Ce livre a d’abord été écrit pour France Loisirs, en 2001. Dans quelles circonstances?
– Je venais de terminer Je l’aimais. C’est toujours triste pour un auteur de quitter ses personnages, mais là j’étais encore plus triste parce que je savais que je laissais mon héros dans une impasse. Pour sortir de cet état de blues totalement irrationnel, j’ai décidé d’écrire une petite histoire qui serait son exact contraire, où tout serait léger, provisoire et gai, et où personne ne souffrirait. D’où cette petite virée avec une fratrie heureuse qui envoie tout balader pour aller pique-niquer.
– Nous sommes loin des 500 pages de La consolante. Pour vous, est-ce très différent d’écrire un texte court ou un gros pavé?
– Je ne vois aucune différence. Ecrire, c’est écrire. Que l’on y passe quelques heures ou quelques mois ne change rien à l’affaire. Ce qui change, ce sont les rapports que l’on entretient avec ses personnages. J’ai tellement vécu avec ceux d’Ensemble, c’est tout ou de La consolante que je pense à eux comme à de vieux camarades. Et ce alors que la petite Ludmilla, par exemple, qui vend des hamsters et des chiots dans une animalerie de la région parisienne (c’est l’héroïne d’une nouvelle que j’ai écrite le mois dernier), je la connais peu. Nous nous sommes juste croisées entre deux sorties d’école. Mais j’y pense. Je me demande ce qu’elle devient. Je la trouvais géniale, peut-être même que j’irai la retrouver un jour…
– On a l’impression que vous attrapez les sentiments, les humeurs au vol. Etes-vous toujours à l’affût de ce qui se passe autour de vous?
– Je n’ai aucun mérite, c’est le métier qui veut ça. Quand on se pique de raconter des histoires, il faut en écouter beaucoup. Je suis curieuse, je n’ai pas de carnet de notes, mais une bonne mémoire. Il y a des détails, anodins qui résonnent au sens propre. Qui sont comme une balle de flipper dans mon cerveau. Je n’explique rien, j’essaie juste de tenir les manettes et de marquer des points.
– Si vous n’étiez pas devenue écrivain, qu’auriez-vous pu faire?
– Travailler dans un atelier de haute couture peut-être? J’aurais fait un métier manuel où l’on conçoit de belles choses et j’aurais rêvé pendant que mes mains s’activaient.
– Y a-t-il un peu de votre vie dans chacun de vos livres?
– Oui. Dans le moindre geste du moindre de mes personnages, j’y suis. C’est ce qu’on appelle la sensibilité. Mais je me sens moins proche de L’échappée belle que de La consolante, par exemple… Comme les personnages de cette histoire, j’ai des frères et sœurs que j’adore, mais nous ne nous sommes jamais fait la belle ensemble. Et je n’avais pas la moindre belle-sœur quand je l’ai écrite. Heureusement d’ailleurs! Elle m’aurait arraché les yeux!
– Est-ce vous qui avez décidé du tirage initial: 299 999 exemplaires?
– Mon éditeur a toujours des chiffres de tirage rigolos. Quand j’ai publié mon premier recueil de nouvelles, en 1999, ils l’ont tiré à 1999 exemplaires. Il faut croire qu’en dix ans, le cercle s’est un peu agrandi.
Anna Gavalda est l’hôte ce jour de la «Librairie francophone» sur La Première et France Inter (17 h 05-18 h). Les deux autres invités: notre confrère Nicolas Verdan (Saga Le Corbusier), Jean-Pierre Winter (Pourquoi ces chefs-d’œuvre sont-ils des chefs-d'œuvre?).
CRITIQUE Anna Gavalda semble aussi à l’aise dans le gros roman (Ensemble c’est tout, La consolante) que dans la nouvelle (Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part). Cette fois, elle mêle les genres puisque c’est un court roman qu’elle nous offre, une Echappée belle d’une journée, le temps pour deux frères et deux sœurs de retrouver leur belle complicité que les années, les mariages et autres babioles du genre avaient un peu égratignée.
Simon, Garance et Lola prennent la route ensemble pour se rendre au mariage d’une vague cousine. Une fois arrivés là-bas, ils tombent sur de vieilles tantes acariâtres, des enfants trop bien habillés: voici une soirée qui s’annonce particulièrement éprouvante, au-dessus de leurs forces même!
En quelques secondes, ils prennent leur décision, abandonnent la femme de Simon avec son beauty case et sa cascade de reproches, et partent rejoindre leur frère Vincent, qui joue les guides d’opérette dans un château décati.
Ce roman, écrit au départ pour France Loisirs, épuisé, longtemps réclamé et retravaillé pour sa sortie en librairie, est une véritable bouffée d’air frais, dans lequel toutes les fratries (enfin, celles où l’on se parle encore!) se reconnaîtront.
L’échappée belle, Anna Gavalda, Ed. Le Dilettante, 165p.
En vacances deux semaines, nous vous proposons de (re)découvrir une partie des rencontres mises en ligne durant ce premier trimestre 2010:
Les petites communes abandonnées par la Nation?
La justice est-elle trop clémente avec les mineurs?
«Ces enfants blessés seraient condamnés si l'on ne faisait rien!»
«Oui, on peut être tuteur et heureux!»
D'autres témoignages sur notre site officiel: http://www.actiontutelle.ch En la matière, tout...
Les dessins de ce grand artiste romand du XXe siècle furent longtemps pris pour de l’art brut;...
Etes-vous favorable au renvoi systématique des criminels étrangers?
Dans une initiative, l'UDC préconise le renvoi des auteurs étrangers de délits y compris ceux relevant de la perception abusive de prestations sociales. Cette mesure vous semble-t-elle opportune?
Participez au sondage et au débat sur www.lesquotidiennes.com