
C’est divin. Simple, évident et pourtant surprenant. Le fait de marcher pieds nus dans la nature procure un plaisir étonnant. «J’en avais assez de me déplacer l’été en montagne avec de gros souliers, explique Corine Estoppey, accompagnatrice en moyenne montagne. Je les ai simplement enlevés et me suis libérée.» Samedi dernier, elle partageait ce plaisir pour la première fois au Mont-Sujet (au-dessus de Diesse, à l’ombre du Chasseral). La jeune femme de 29 ans, domiciliée à La Chaux-de-Fonds, désire faire «découvrir la nature par les sens».
Bien pensée, son escapade dans le Jura bernois – pour l’instant, la seule en Suisse romande – compte un temps de marche de nonante minutes pour quatre heures d’accompagnement. «C’est que lorsqu’on n’est pas habitué à gambader pieds nus, il faut y aller doucement», poursuit Corine. Il est vrai que les vingt premières minutes sollicitent les muscles. L’herbe est tendre et chatouille lorsqu’elle s’enfile entre les orteils; les cailloux s’évitent facilement et massent la plante; la mousse se fait sensuelle sous le talon; les feuilles mortes humidifient. Suprême délice: la boue. «C’est carrément régressif!» lancent Anne, Sylvie et Nathalie, toutes trois de Neuchâtel.
Tous les podologues sont d’accord sur ce point: marcher pieds nus stimule les zones réflexes et muscle le pied. Une musculature qui soulage les articulations en permettant aux pieds de jouer, enfin, leur rôle: amortir les chocs. Du coup, genoux et colonne vertébrale sont soulagés.
Eviter les tiques
Et pour ceux qui sont effrayés à l’idée de marcher sur un chardon, un insecte ou de se faire mordre par une tique? «Je réponds simplement que je choisis des parcours adaptés, rassure Corine Estoppey. Et les tiques sont surtout présentes en forêt dans les buissons. Si on évite ces endroits, le risque est très limité.» Boue et pré fleuri n’attendent plus que vos petons!
A se déplacer ainsi, on observe surtout le chemin pour éviter les petits bouts de bois qui piquent, les cailloux saillants et les bouses de vache. On remarque ainsi plus volontiers les herbettes, les pâquerettes et les boutons d’or.
Corine s’arrête souvent pour présenter des aliments: «Là, vous avez une raiponce. En allemand, elle s’appelle «griffe du diable». Cette fleur comestible est délicieuse dans une salade. Ici, vous avez une alchémille, que l’on appelle aussi «manteau des dames». En tisane, elle soulage les douleurs menstruelles. Plus loin, vous avez de la pimprenelle, qui assaisonne un fromage frais.» Tout ce qu’elle trouve se transforme en recettes (lire trois propositions ci-contre), même les orties! Après une leçon de Land-art, une marche silencieuse sur un chemin pierreux et une grosse frayeur – les fils électrifiés des enclos à vaches sont violents lorsqu’on est une va-nu-pieds – on termine la boucle ravie. L’effet circulatoire est immédiat. Avant de renfiler ses chaussures, Corine invite à se poser un instant pour essuyer et masser ses pieds retrouvés.
Prochaines randonnées pieds nus: 27 juin; 11, 18, 19 juillet; 1er, 2, 8 et 29 août; 19 septembre. Prix: 35 fr. par adulte, 20 fr. pour enfant jusqu’à 20 ans, collation incluse. voyagenature.wordpress.com
Trois recettes à cueillir soi-même
FROMAGE BLANC À LA PIMPRENELLE
En balade: récolter une bonne poignée de pimprenelle (attention à ne pas arracher les racines). De retour à la maison: effeuiller et hacher les herbettes. Mélanger avec 150 g de fromage frais (n’importe lequel fait l’affaire). Mettre dans un joli pot hermétique et réserver au frigo. Déguster sur du pain ou des crackers.
GELÉE DE FLEURS DE PISSENLIT
En balade: cueillir une bonne quantité de fleurs. De retour à la maison: les mettre dans une marmite et recouvrir d’eau. Porter à ébullition, éteindre la plaque. Couvrir et laisser reposer toute la nuit. Filtrer. Ajouter 1 kg de sucre par litre de liquide. Ajouter un peu de citron. Faire cuire à feu moyen en remuant souvent jusqu’à l’obtention de la consistance désirée. Mettre dans un pot hermétique. Réserver au frigo et déguster sur une tresse le dimanche matin.
BEURRE AUX HERBES
En balade: cueillir un mélange d’herbes. Au choix, orties, pimprenelle, bugle rampant, pissenlit, myosotis, plantain, égopode, bon-henri, thym serpolet. De retour à la maison: bien nettoyer toutes les plantes (év. avec un peu de vinaigre dans l’eau). Hacher très fin. Sécher les plantes quelques minutes au four. Mélanger avec du beurre tenu à température ambiante et ajouter un peu de sel. A déguster sur du pain, du poisson, de la viande.
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