Guanabara, la baie du fiasco écologique

JO 2016Malgré les promesses, la dépollution du célèbre plan d’eau a été abandonnée. Le bilan environnemental de ces Jeux sera bien maigre.

La baie de Guanabara est fortement polluée, par les eaux usées autant que par les ordures flottantes de toutes sortes.

La baie de Guanabara est fortement polluée, par les eaux usées autant que par les ordures flottantes de toutes sortes. Image: EPA - MARCELO SAYAO

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L’image a été largement reproduite sur les réseaux sociaux dès que les autorités de Rio ont confirmé l’an dernier que la baie de Guanabara ne serait pas dépolluée: un caricaturiste a dessiné un poisson mort à la place du félin souriant faisant office de mascotte officielle des Jeux de Rio.

L’abandon de la dépollution, alors que cette dernière était la principale promesse de Rio au CIO et le point d’orgue de son dossier de candidature en 2009, a été la grande déception de ces Jeux. «Là, on aurait pu parler d’un véritable héritage pour Rio. Mais la baie a juste été utilisée pour vendre la compétition, car ni le comité ni les autorités n’ont sérieusement envisagé de la dépolluer», pense aujourd’hui l’écologiste Sergio Ricardo.

Malgré les engagements pris en la matière par le CIO dans une ville classée par l’Unesco à son patrimoine naturel, le bilan écologique de ces Jeux n’a rien de différent ni d’innovant. Certes, des transports en commun ont été construits, dont 16 km de métro, 20 km de tram et des couloirs de bus. Mais ils desservent prioritairement des quartiers plus privilégiés de la ville, la Barra de Tijuca et le centre-ville, où les besoins en transports ne sont pas les plus criants, loin de là.

Réserve détruite

Non seulement la baie et les deux lagunes de Rio où se dérouleront toutes les épreuves nautiques (voile, aviron, canoë-kayak, triathlon, nage en eau libre) n’ont pas été dépolluées comme promis, mais une réserve écologique a également été rasée pour y installer le golf olympique et une autre a été fortement dégradée pour construire un accès au complexe sportif de Deodoro.

Face aux critiques, la Mairie avait promis de compenser la perte de biodiversité en plantant 24 millions d’arbres. Elle n’en a planté au final que 5,5 millions. Le CIO, lui, a chiffré précisément l’empreinte écologique de l’événement: 8 millions de mètres cubes d’eau, 17 000 tonnes de déchets, 23 millions de litres de combustible et l’arrivée de 28 500 avions à Rio. Au total, 3,6 millions de tonnes de dioxyde de carbone (CO2).

Compensation

Comme lors des Jeux de Sotchi, en Russie, son partenaire Dow Chemical s’est engagé à compenser deux millions de tonnes de CO2 des Jeux de Rio, en «améliorant ses processus de production dans toutes ses unités en Amérique latine». Une compensation également critiquée par les écologistes de Rio: «Si le comité a été incapable de faire pression sur les autorités de Rio au sujet de la baie, nous doutons fortement qu’il contraigne un partenaire comme Dow Chemical. Les engagements comme les solutions sont des plus flous quand nous demandons des explications au groupe ou au comité», ajoute Sergio Ricardo.

Les Jeux de Rio ne resteront donc pas dans l’histoire pour leur bilan écologique; ils auraient pourtant gagné là le cœur d’une population carioca très sensible à cette question pour sa ville qui n’est «merveilleuse» que grâce à la nature qui l’entoure.


Un pays qui frise le chaos politique

C’est un Brésil au bord du chaos politique qui accueille les Jeux olympiques. D’ailleurs, vendredi au mythique stade Maracanã, la cérémonie d’ouverture aura lieu sans la présidente Dilma Rousseff, qui fait l’objet d’une procédure de destitution pour avoir maquillé les comptes publics. Une procédure lancée en décembre mais dont l’issue se joue ces jours prochains. Quant à son illustre prédécesseur, le charismatique Lula, qui avait défendu la candidature de Rio, il ne sera pas non plus de la partie, lui qui a été inculpé vendredi de tentative d’entrave à la justice dans le cadre de l’enquête sur le scandale de corruption Petrobras. On l’accuse d’avoir voulu acheter le silence d’un ancien directeur du géant pétrolier. Et d’avoir reçu des pots-de-vin d’entreprises du BTP…

Du coup, la cérémonie sera ouverte par l’ancien vice-président Michel Temer, qui assure depuis le 12 mai l’intérim à la tête de l’Etat et qui ne cache pas vouloir s’y maintenir jusqu’à l’élection présidentielle prévue en 2018. Celui qu’on surnomme «le traître» se moque bien d’être impopulaire. Il s’est dit «fin prêt» pour affronter, ce vendredi, les sifflets et les huées. Son gouvernement de transition est lui aussi éclaboussé par les affaires de corruption. Trois de ses ministres ont dû démissionner. Mais aussi ses principaux alliés politiques: le président du Sénat, le président de l’Assemblée nationale, le président de son parti (le PMDB) et un ancien président de la République. Enfin, Michel Temer est personnellement mis en cause par l’ancien dirigeant d’une filiale de Petrobras.

Dimanche, à cinq jours des JO, des manifestations pro et anti-Dilma se sont tenues dans diverses villes du pays, de Rio de Janeiro à São Paulo, de Brasília à Recife, mais aussi à Salvador ou encore à Belo Horizonte. La présidente Rousseff dénonce un «coup d’Etat» parlementaire fomenté par «le traître» et jure qu’elle saisira la Cour suprême si le Sénat finit par voter sa destitution. Quant à Luis Inácio Lula da Silva, ses avocats ont écrit jeudi au Comité des droits de l’homme de l’ONU à Genève pour dénoncer des «abus de pouvoir» du juge Sergio Moro.

A Brasília, la commission spéciale nommée par le Sénat est sur le point de livrer un rapport recommandant ou non la destitution. Un premier vote en séance plénière aura lieu le mardi 9 août. Si le oui l’emporte, un vote final sera alors organisé. Il faudra au moins 54 voix sur 81 pour que la destitution soit prononcée. Faute de quoi, la présidente Rousseff reprendra ses fonctions.

Pour éviter que le chaos n’éclate en plein milieu des JO, la Cour suprême a annoncé samedi que l’acte final de la procédure de destitution ne se tiendra qu’après la clôture de l’événement sportif. Le vote au Sénat débutera donc le 29 août et durera une semaine. A moins, bien sûr, qu’il ne soit à nouveau reporté! Andrés Allemand (24 heures)

Créé: 02.08.2016, 22h22

Une course contre la montre pour terminer les chantiers

Les eaux polluées de la baie de Rio et des lagunes où doivent se dérouler les compétitions nautiques ne sont pas le seul souci pour le comité organisateur et le CIO. Nombre de chantiers olympiques présentent des défauts, alors que certains sites, à deux jours de la cérémonie d’ouverture, voient toujours des ouvriers s’échiner, notamment dans le parc olympique.

La nouvelle ligne de métro, qui dessert le parc olympique, n’a été inaugurée que samedi et n’est entrée que partiellement en service lundi. Faute d’essais grandeur nature, elle ne transportera pour l’instant que les membres de la «famille olympique» (spectateurs et accrédités).

Le village olympique
, qui accueille les athlètes par milliers, n’est pas au mieux non plus.
Lors de son inauguration, le 24 juillet, des problèmes de finition touchaient la moitié de ses 31 immeubles, problèmes allant de la fuite d’eau aux toilettes bouchées par des blocs de béton. Quelque 630 plombiers ont été envoyés d’urgence sur les lieux pour y remédier. Vendredi dernier, un incendie dans un sous-sol obligeait les athlètes australiens à évacuer les lieux. La Chine, elle, a fait savoir que ses athlètes avaient été victimes de vols dans ce même village olympique, parfois «à main armée». Tous ces problèmes ont créé des dissensions entre le comité organisateur et le maire de Rio, Eduardo Paes, furieux de cette mauvaise publicité.

Soucis aussi pour le vélodrome, qui n’a été livré qu’à la fin de juin. Ce retard a empêché l’organisation d’une véritable épreuve «test» avant le début des compétitions, prévu le 11 août.
Ces derniers mois, les chantiers ont connu des aléas parfois dramatiques. Ce fut le cas en avril, lorsqu’une piste cyclable en lien avec le remodelage de la ville s’effondrait, tuant deux ouvriers. Au total, depuis 2013, treize ouvriers ont perdu la vie sur des chantiers concernant les infrastructures des JO ou sur des chantiers en lien avec la modernisation de Rio. C.M. avec AFP

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