L'Arkansas se rue pour exécuter ses condamnés

Etats-Unis Un médicament bientôt périmé oblige l'Etat américain à grouper ses exécutions.

«Il existe des doutes sur comment se procurer un nouveau produit», a déclaré le gouverneur Asa Hutchinson. (vendredi 10 mars 2017)

«Il existe des doutes sur comment se procurer un nouveau produit», a déclaré le gouverneur Asa Hutchinson. (vendredi 10 mars 2017) Image: Archives/AFP

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L'Etat américain de l'Arkansas prévoit d'exécuter en avril huit prisonniers en dix jours, un rythme inédit justifié par la proche date de péremption d'une substance utilisée pour mettre à mort les condamnés.

«Exécutions à la chaîne»

Les opposants à la peine capitale dénoncent des exécutions «à la chaîne», fondées sur un motif aussi absurde que prosaïque.

Il s'agit en l'espèce de huit hommes qui ont passé en moyenne deux décennies dans le couloir de la mort.

Conformément au décret signé par le gouverneur républicain de l'Arkansas, Asa Hutchinson, ces prisonniers seront exécutés selon le calendrier suivant: deux le 17 avril, deux le 20 avril, deux le 24 avril et deux le 27 avril.

Selon le Centre d'information sur la peine de mort (DPIC), un organisme indépendant qui fait autorité sur la question, aucun Etat n'a procédé à huit exécutions en 10 jours depuis que la Cour suprême américaine a rétabli la peine de mort en 1976.

Programmer une double exécution pour un même jour est par ailleurs «atypique», souligne le DPIC, qui note qu'«aucun Etat n'a procédé à plus d'une double exécution en une semaine».

Aucune exécution depuis 2005

Le paradoxe est d'autant plus notable que l'Arkansas n'a exécuté aucun détenu depuis 2005. En avril, l'Etat se retrouvera donc à réduire brutalement d'un quart le nombre total de ses condamnés à mort.

Cette précipitation s'explique car le mois dernier la Cour suprême à Washington a refusé d'examiner le protocole d'injection létale utilisé par les autorités de l'Arkansas, le validant de facto.

Ce protocole associe trois produits dont le premier, le midazolam, est extrêmement controversé. Cet anxiolytique supposé avoir un effet anesthésiant est accusé de ne pas plonger suffisamment dans l'inconscience le condamné, entraînant pour lui un risque de grave douleur.

Le midazolam reste toutefois légal, mais les stocks possédés par l'Arkansas sont proches d'arriver à expiration. Or il est devenu extrêmement compliqué pour les prisons américaines de se fournir en nouvelles substances létales, en raison d'un refus d'approvisionnement de grandes firmes pharmaceutiques.

«J'aimerais bien pouvoir planifier (ces exécutions) sur une période de plusieurs mois et plusieurs années, mais je n'en ai pas la faculté», a expliqué le gouverneur Hutchinson.

«Il existe des doutes sur comment se procurer un nouveau produit», a-t-il poursuivi, et «les familles des victimes ne peuvent continuer à vivre avec cette incertitude prolongée».

Porc gracié

En agissant ainsi, Asa Hutchinson a sûrement pensé à contenter ses électeurs conservateurs. L'Arkansas a beau avoir vu naître et servi de tremplin à l'ancien président démocrate Bill Clinton, l'Etat s'est ancré ces dernières années dans le camp républicain.

Mais son annonce a suscité des vagues bien au-delà des frontières de cet ancien Etat du sud confédéré qui reste à dominante agricole.

Le gouverneur «justifie une frénésie de mises à mort légales par une date de péremption estampillée sur un flacon», a dénoncé dans un éditorial le New York Times, en qualifiant d'«absurde» cette «précipitation».

Des internautes ont eux opposé le respect supérieur de la vie à la trivialité d'une mesure d'économie, un peu comme on vide son réfrigérateur de ses denrées périssables avant de partir en vacances.

Kenneth Roth, un juriste qui dirige l'organisation Human Rights Watch, a lui parlé d'une décision «grotesque».

Certains ont enfin relevé avec ironie que le gouverneur Hutchinson avait, il y a quelques semaines, gracié par décret un porc nommé Roxy Hamilton, en hommage à ces mammifères utilisés par l'industrie pharmaceutique pour produire de l'insuline servant aux diabétiques. (AFP/nxp)

Créé: 10.03.2017, 17h57

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