Déradicaliser? La France s’y prend très mal

Constat d'échecLes politiques publiques mises en place sont un fiasco, selon un rapport parlementaire. Il faut tout reprendre à zéro.

Le centre de désendoctrinement de Pontourny, près de Tours, est devenu l’un des symboles du fiasco.

Le centre de désendoctrinement de Pontourny, près de Tours, est devenu l’un des symboles du fiasco. Image: AFP

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Ce n’est qu’un rapport intermédiaire, mais il fait mal. Deux sénatrices françaises, Esther Benbassa (EELV) et Catherine Troendlé (LR) ont rendu public mercredi une évaluation très négative des programmes de déradicalisation instaurés dans l’Hexagone depuis trois ans. A ce stade, alors que la France compte 13'000 personnes signalées comme radicalisées, les politiques publiques mises en place sont en échec.

Particulièrement pointé du doigt: le manque de sérieux qui a prévalu dans le recrutement des acteurs encadrants. «Nombre d’acteurs engagés dans la lutte contre la radicalisation des jeunes ne sont pas du tout outillés pour le faire, souligne Catherine Troendlé, l’une des deux rapporteuses. Quelque 80 associations, qui s’occupaient jusqu’ici essentiellement d’enfants en difficulté et étaient sous perfusion des collectivités locales, ont profité de la manne de l’Etat pour s’engager sur le terrain de la déradicalisation. Elles sont de bonne volonté, mais on se retrouve avec des travailleurs sociaux pas formés, et des approches inadaptées.».

Pontourny, symbole du fiasco Le centre de désendoctrinement de Pontourny, près de Tours en Indre-et-Loire, destiné exclusivement aux personnes «en voie de radicalisation», est devenu l’un des symboles du fiasco. Ouvert en juillet 2016, il devait compter 25 pensionnaires en décembre, il n’en a jamais compté plus de 8 et il est aujourd’hui… totalement vide. Les pensionnaires, pour y être admis, ne devaient présenter aucun caractère de dangerosité. Mais les incidents se sont multipliés. On a découvert qu’un résident était fiché S. Un autre s’est retrouvé interpellé en janvier dans une action antiterroriste.

«C'est avec les collectivités locales où vivent les concernés qu’il faut travailler»

A l’origine, Pontourny était un centre d’accueil pour mineurs étrangers isolés. Sa reconversion a peut-être sauvé des emplois, mais guère aidé de jeunes en perdition. «L’Etat a investi 2,5 millions d’euros dans ce qui n’est rien d’autre qu’un centre aéré. Le site a accueilli des jeunes qui vivaient à 300 km de là, qu’on a isolés de tout, or c’est dans la proximité, avec les familles, avec les collectivités locales où vivent les concernés qu’il faut travailler», dit encore Catherine Troendlé.

Trop de politique Les chercheurs, comme Asiem El Difraoui, avaient pourtant tiré la sonnette d’alarme au sujet de Pontourny: «On a dit au gouvernement que ça ne fonctionnerait pas, relève ce politologue, spécialiste du djihadisme, et qui a fait partie des experts consultés par le Comité interministériel de la prévention de la délinquance et de la radicalisation pour la mise en œuvre des politiques publiques en France. «On sait que les programmes de déradicalisation doivent reposer sur des approches individuelles, car chaque cas est différent. La déradicalisation de manière collective, ça n’existe pas», relève le chercheur. «Le problème en France, même s’il existe des initiatives intéressantes, c’est que l’Etat n’a pas créé d’espace de débat sur ce sujet. La France n’est pas allée voir suffisamment ce qui se fait à l’étranger, elle n’aborde pas cette problématique avec la tête froide, mais la prend en otage pour des raisons d’agenda politique. Il y a aussi eu par le passé beaucoup d’incompétence à la tête de l’instance en charge des politiques publiques».

«C’est un fiasco complet, tout est à repenser, tout est à reconstruire», commentait mercredi le président de la commission des Lois du Sénat, Philippe Bas. Pour Catherine Troendlé, «il existe des programmes qui fonctionnent, tout n’est pas sombre, mais l’Etat doit décentraliser son action. Il faut aussi plus d’argent dans la prévention, via des programmes axés sur l’éducation, le sport, la culture». (24 heures)

Créé: 22.02.2017, 20h44

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