250 dans la vie des Vaudois
1897: L’affaire Dreyfus vue d’ici
Par Philippe Dumartheray. Mis à jour le 15.07.2012
Dossiers
Rétrospective
Cette année là
7 mars Le médecin américain John Kellogg sert pour la première fois des pétales de maïs à ses patients. Les corn-flakes sont nés.
30 avril Le physicien anglais Joseph Thompson annonce la découverte de l’électron. Jusque-là, l’atome était considéré comme la plus petite parcelle de matière.
10 mai? Ouverture de l’exposition universelle de Bruxelles, qui accueille 1,2 million de personnes en six mois.
29 novembre Première course de motos à Richmond en Angleterre sur une distance de
Le retour du Téméraire
Un peu plus de quatre cents?ans après la bataille de Grandson, le Neuchâtelois Adolphe Ribaux, spécialiste des pièces historiques, monte Charles le Téméraire, grand drame interprété par 300 Grandsonnois en juin 1897. Un succès, malgré le mauvais temps: «En somme c’était un beau spectacle, dont on parlera au loin et qui justifiera une fois de plus la devise de l’antique cité: Petite cloche fait grand son», peut-on lire dans la presse. (Image: CABINET DES ESTAMPES/ BILBLIOTHÈQUE NATIONALE SUISSE )
1er
?Le 29 août, Theodor Herzl organise à Bâle le premier Congrès sioniste. Dans son journal, il précise le sens de cette manifestation. «A Bâle, j’ai fondé l’Etat juif (…). Peut-être dans cinq ans et certainement dans cinquante ans, chacun le saura.» C’est dans la même ville qu’il fonde également l’Organisation sioniste mondiale qui vise à aider les Juifs à s’implanter dans un foyer en Palestine. Elle sera soutenue, des années plus tard, par la déclaration Balfour.
phdy
Partager & Commenter
Une marée socialiste envahit la Palud
Elections communales: le jeune PSL est majoritaire. Il occupe soudainement 39 sièges sur les 100 du Conseil communal On se rappelle qu’il y a sept ans, l’indomptable tribun Aloys Fauquez avait finalement rompu avec ses frères du Parti radical vaudois, en en rebaptisant l’aile gauche Union ouvrière. Cette nouvelle mouture du Grütli romand
Lors des élections communales de 1897 cependant, les choses changent. Et les observateurs politiques de la scène lausannoise sont frappés de stupeur: la très prolétarienne Union vient d’envoyer dix députés à la Cité, et surtout 39 conseillers communaux au législatif de la capitale vaudoise, qui en compte 100. La voici majoritaire dans un aréopage stratégique, mais, comme on dit chez nous, elle n’y cassera pas des briques. Ses plus brillants orateurs, dont Fauquez lui-même, ont de redoutables contradicteurs, tel le libéral Edouard Secrétan, qui sait, lui aussi, trouver des solutions intelligentes, mais différentes, à la cause ouvrière.
A la Palud siège aussi un député radical, au timbre moins claironnant, mais dont les travaux d’ingénieur imposent le respect à tous: Adrien Palaz (1863-1930), un fils de vignerons de Lavaux qui dirigera les Tramways Lausannois, construira la ligne Bex-Gryon-Villars, créera notre laboratoire d’électricité industrielle, et que la France nommera in fine officier de la Légion d’honneur.
Face à ces fortes personnalités de droite, la nouvelle majorité socialiste ne baisse pas les bras. Mais on la voit perdre l’un après l’autre les fruits de sa formidable percée: pour n’avoir pas conquis, comme elle l’exigeait, la syndicature, elle retire ses deux représentants à la Municipalité
Gilbert Salem
?
Les lecteurs de la Feuille d’Avis de Lausanne (FAL) apprennent l’arrestation d’Alfred Dreyfus le
L’affaire connaît un nouveau temps fort dans le journal lors du procès devant le Conseil de guerre. Le 24 décembre de la même année, il n’hésite pas à commenter sans la moindre nuance la condamnation de l’officier par les juges militaires. «Ils ont été éclairés et convaincus. La trahison leur a été démontrée, ils ont eu la certitude que le traître était devant eux.»
La FAL revient sur le sujet en 1895 en évoquant la dégradation qui a lieu le 5 janvier. Puis un long silence jusqu’en novembre 1897 avec un fait nouveau, l’apparition du vrai coupable. Le comte Esterhazy sera pourtant acquitté. A la suite de cet événement, Emile Zola fait paraître son fameux «J’accuse...!» . Le journal vaudois se signale par son étroitesse de vue. Il prend pour argent comptant les paroles des autorités militaires, balaie d’un revers de main les doutes de plus en plus consistants sur la culpabilité de Dreyfus. A propos de Zola, il ne fait pas dans la dentelle: «L’écrivain pornographe qui cherche à salir aujourd’hui l’armée française est poursuivi.»
L’affaire Dreyfus va connaître de nombreux rebondissements. A chaque fois, le journaliste, qui signe R., pour Maxime Reymond, prend le parti des autorités en place, malgré les indices innocentant désormais Dreyfus. «Il faut laisser aux autorités compétentes le soin d’en juger, et notre seul rôle nous semble être d’enregistrer simplement les diverses péripéties de cette lamentable affaire.»
Un supplément gratuit
Le cas passionne de plus en plus les foules, même à Lausanne. En septembre 1898 se pose la question de la révision du procès. C’est oui et la FAL se fend d’un supplément gratuit avec un titre sur 4?colonnes: «Condamnation de Dreyfus». L’année suivante, elle distribue un nouveau supplément pour annoncer l’incompréhensible et nouvelle condamnation prononcée par les juges militaires de Rennes.
Après avoir été violemment antidreyfusarde, la FAL, sentant le vent tourner, change diamétralement de position dans son commentaire du 13 septembre 1899. «La conscience humaine n’arrive pas à comprendre le crime commis par les cinq bandits en uniforme qui ont condamné un innocent par esprit de corps. L’acte infâme des juges militaires n’a pas d’excuses. L’affaire Dreyfus n’est pas terminée.»
Une condamnation certes, mais suivie d’une grâce présidentielle qui permet au quotidien de devenir lyrique: «La grâce n’est qu’un pas en avant vers la victoire, c’est-à-dire vers la réhabilitation complète.»
Ce sera chose faite en 1906. Le journal lausannois clôt l’affaire par un avis grandiloquent. «Aujourd’hui, tout est fini. Le capitaine Alfred Dreyfus proclamé innocent sera réhabilité solennellement devant l’armée, devant la France, devant le monde.»
Que faut-il retenir de ce long feuilleton suivi par notre ancêtre? Comme beaucoup d’autres en France, la FAL s’est montrée très conformiste. Longtemps antidreyfusarde, n’accordant d’importance qu’aux avis des autorités politique et militaire, elle a refusé d’entendre les arguments de plus en plus convaincants de tous ceux qui évoquaient l’innocence du capitaine.
Avec son revirement, rapide, définitif, elle suit l’air du temps, sans esprit critique. Il ne serait pourtant pas charitable de jeter la pierre au journaliste Maxime Reymond. Il a travaillé, sans grands moyens, sur un dossier compliqué avec des sources d’information contradictoires. Et la période était propice à toutes les manipulations.
Sans oublier les préjugés de l’époque. Après tout, Alfred Dreyfus était juif et incarnait un coupable tout désigné.
Source: Deux cents ans de vie et d’histoire des Vaudois, la Feuille d’Avis de Lausanne 1762-1962, Librairie Payot, 1962 (24 heures)
Créé: 15.07.2012, 19h01
Publier un nouveau commentaire
Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction
ABONNEMENTS MOBILE
Grâce à notre outil comparatif indépendant, nous vous aidons à trouver l’abonnement optimal pour votre téléphone portable.





Veuilliez attendre s'il vous plaît 





















