Pays du Nord
Breivik n'a pas fait reculer le populisme
Les tueurs isolés
22 juillet 2011 - NORVEGE - Déguisé en policier, Anders Behring Breivik fait feu sur un rassemblement de près de 600 membres de la Jeunesse travailliste, réunis sur l’île d’Utoeya près d’Oslo pour un camp d’été, tuant 69 personnes.
Juste avant de perpétrer ce massacre, qui suscite une vague d’indignation à travers le monde, Breivik avait fait exploser une bombe près du siège du gouvernement norvégien, tuant huit personnes.
16 avril 2007 - ETATS-UNIS - Cho Seung-hui, un étudiant d’origine coréenne abat 32 camarades et professeurs avant de se donner la mort sur le campus de l’université de Virginia Tech à Blacksburg (Virginie, est). Le matin même du massacre, Cho Seung-hui avait envoyé à la chaîne de télévision américaine NBC, un manifeste violent, haineux et paranoïaque, ainsi que 27 mini-vidéos et 43 photos.
28 avril 1996 - AUSTRALIE - Martin Bryant, un homme de 28 ans, ouvre le feu sur la foule à Port Arthur, site touristique de l’île de Tasmanie (sud), tuant 35 personnes avant de se barricader pendant 18 heures dans une résidence hôtelière avec trois otages. Il est arrêté alors qu’il tente de s’échapper, vêtements en flammes, de la bâtisse qu’il vient d’incendier.
Bryant sera condamné à la prison à perpétuité.
19 avril 1995 - ETATS-UNIS - Timothy McVeigh, 26 ans, fait sauter une camionnette remplie d’explosifs au pied d’un immeuble de l’administration fédérale, le Murrah Federal Building: 168 morts et plus de 500 blessés.
Arrêté peu après, cet ancien soldat de la guerre du Golfe, proche des milieux néo-nazis, est exécuté le 11 juin 2001 après avoir affirmé avoir agi pour "le bien commun des Américains" en frappant l’Etat, surnommé "la Bête", qu’il exécrait.
Cet attentat est le plus meurtrier jamais commis sur le sol américain avant ceux du 11 septembre 2001.
5 décembre 1986 - COLOMBIE - Campo Elias Delgado, un ingénieur électronicien, ancien combattant du Vietnam, tue à coups de fusil et de couteau 29 personnes avant d’être abattu par la police. Delgado, récemment rentré des Etats-Unis, aura tiré au total 350 cartouches.
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Les partis populistes nordiques, bien implantés, ont été éclaboussés par la vague de choc qui a suivi le carnage perpétré l’été dernier en Norvège par l’extrémiste de droite Anders Behring Breivik, mais seule la formation norvégienne a effectué quelques ajustements de forme.
Depuis le massacre du 22 juillet, quand Breivik a tué 77 personnes, les populistes ont été largement accusés en Europe du nord d’avoir favorisé une telle tragédie par leur discours anti-immigration et anti-islam.
"C’est une sensation très désagréable que d’être accusé d’une telle chose", a confié le secrétaire des Démocrates de Suède, Mattias Karlsson.
Dans son manifeste de 1500 pages, publié sur l’internet peu avant de passer à l’acte, Breivik se déclare en croisade contre le multiculturalisme et "l’invasion musulmane" en Europe. Il y salue en outre les positions défendues par le Parti du Progrès norvégien, les Démocrates de Suède, le Parti du Peuple Danois (PPD) et le Parti des Finlandais (ex-Vrais Finlandais). Alors ces partis ont rapidement pris leurs distances avec le meurtrier.
"Je rejette tout ce qu’il représente. Je rejette ses actes et je ne serai pas associée à ce type", a assuré la chef du Parti du Progrès, Siv Jensen, quelques jours après les attaques.
Toujours le même discours
Les nationalistes nordiques ont cependant précisé que les atrocités commises par Breivik ne changeraient rien aux critiques qu’ils émettent à l’encontre de la forte immigration et de l’extrémisme islamiste.
"En aucune circonstance ne vais-je, en tant que femme politique, avoir peur de ce que je dis", affirmait ainsi en août la chef du PPD, Pia Kjaersgaard, au quotidien danois Politiken. Effectivement, les politologues relèvent que peu de changements sont intervenus dans ces partis au cours des neuf mois écoulés depuis le massacre.
"Beaucoup de choses auraient pu se passer, mais non. Il aurait pu y avoir une très grande discussion après les attaques sur la légitimité des débats: est-il légitime de dépeindre l’islam comme une menace ?", estime Anders Hellström, de l’Université de Malmö (Suède).
Mais les Démocrates de Suède n’ont "pas vu de raison de se plier à une analyse politique ou une introspection sur la base de ce que ce fou a fait", selon M. Karlsson.
Seul le Parti du Progrès norvégien a adopté une posture différente et effectué un examen de conscience car, selon les observateurs, Breivik en a été membre plusieurs années et surtout parce que la tragédie s’est déroulée sur son sol.
Quelques expressions supprimées
Porte-parole du Parti du progrès pour la politique internationale, Morten Hoeglund reconnaît que les attaques de Breivik ont obligé le parti à revoir sa rhétorique. Par exemple, l’expression "islamisation furtive" a été bannie, affirme M. Hoeglund.
Mais, a-t-il souligné, "les questions liées à l’immigration, à l’intégration et autres n’ont pas pour autant disparu et nous continuons à en débattre".
Simplement, "nous devons faire attention à la terminologie que nous utilisons quand nous parlons de ces sujets sensibles".
La politologue Elisabeth Ivarsfaten, de l’Université de Bergen (Norvège), souligne cependant que, malgré un revers aux élections locales de septembre, le Parti du progrès "n’a pas joué la carte de l’immigration" qu’il a l’habitude de ressortir à chaque fois qu’il baisse dans l’opinion publique. Les autres mouvements populistes d’Europe du nord sont également en perte de vitesse.
Le PPD, qui a été un allié clé du gouvernement danois durant une décennie, est repassé dans l’opposition après les législatives de septembre dernier en perdant de nombreux électeurs. Le Parti des Finlandais qui avait fait une percée spectaculaire aux législatives d’avril 2011 a essuyé un lourd revers lors de la présidentielle du début d’année.
Quant aux Démocrates de Suède, leur popularité stagne alors qu’ils avaient été propulsés au Parlement pour la première fois lors des législatives de 2010.
Les politologues estiment cependant que ces revers pour la droite populiste nordique, hors Norvège, ne sont que peu liés à Breivik. (afp/Newsnet)
Créé: 14.04.2012, 10h11
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