La vallée de la Roya, un refuge pour les migrants

Crise migratoirePrès de Nice, des habitants de l’enclave montagneuse se mobilisent pour aider les exilés malgré les risques de poursuites judiciaires.

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Entre Nice et Vintimille, la résistance s’organise. Dans la vallée de la Roya, des habitants témoins de la détresse des migrants venus à pied d’Italie les accueillent, malgré la loi qui interdit l’aide au séjour irrégulier. Certains leur offrent un hébergement, des vêtements ou de la nourriture. D’autres leur dispensent des soins, des cours de français ou les aident à quitter cette vallée encaissée et étroitement surveillée par les forces de l’ordre, au risque de se faire pincer.

Pas plus tard que vendredi, quatre de ces citoyens solidaires ont été arrêtés en compagnie de plusieurs exilés, dont des mineurs. «Dans la vallée, on était débordés. Ce soir-là, on ne pouvait pas loger tout le monde dans des conditions correctes. Alors on a décidé de les emmener dans une maison sur une autre commune, a rapporté l’un d’eux au journal Libération. C’était soit ce transport, soit une nuit sous la tente alors que la température tombe à – 3 °C en ce moment.» Libérés après 24 heures de garde à vue, ils sont poursuivis pour aide à l’entrée, au séjour et à la circulation d’étrangers en situation irrégulière et devront répondre de leurs actes devant le Tribunal correctionnel de Nice en mai.

Le même jour, la justice prononçait la relaxe d’un enseignant-chercheur du CNRS qui risquait cinq ans de prison et plus de 30 000 francs d’amende pour des faits similaires. Lundi, c’était au tour d’un autre militant de passer devant les juges pour avoir aidé des migrants près de la frontière franco-italienne. Le procureur a requis huit mois de prison avec sursis à l’encontre de cet agriculteur de 37 ans. Selon plusieurs sources, souligne le collectif Roya citoyenne qui gère la logistique et la récolte des dons, pas moins de 150 personnes participent activement à la protection de cette population. Un élan de solidarité et d’humanité qui n’est pas du goût des autorités françaises. Elles disent avoir interpellé près de 37 000 étrangers en situation irrégulière dans les Alpes-Maritimes en 2016, contre 27 000 en 2015. Quant à l'Italie, redevenue la porte d’entrée des migrants en Europe depuis la fermeture de la «route des Balkans», elle a vu arriver 181 000 personnes par bateau l’an dernier, soit une hausse de 18% par rapport à 2015.

Depuis un an et demi, cette vallée des Alpes-Maritimes voit ainsi débarquer des dizaines de Soudanais, Erythréens, Tchadiens ou Nigérians épuisés et affamés. Après avoir réussi à traverser la Méditerranée, puis à gagner Vintimille, ils ont franchi, à pied et en douce, la frontière italienne voisine malgré le rétablissement des contrôles par les autorités françaises. Selon les militants rencontrés par Libération, «si on ne les aide pas, ils partiront d’eux-mêmes par les chemins. Avec les risques, le froid et la neige, ce ne sont plus des personnes en bonne santé que les gendarmes ramasseront, mais des morts».

(24 heures)

Créé: 10.01.2017, 17h53

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