Procès
Le témoin clé de Kerviel attaque la Société Générale
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Philippe Houbé, 55 ans, chargé de compte à la société de courtage Newedge (ex-Fimat), filiale de la Société Générale, (GLE 32 -0.48%) paraissait toutefois avoir la tâche difficile pour démonter techniquement, avec son bon sens et sa capacité d'indignation, les arguments de la Société Générale.
Son témoignage a commencé vers 11 heures et devait reprendre en début d'après-midi, après une suspension d'une heure. La salle d'audience de la Première chambre de la cour d'appel a retrouvé pour l'occasion une affluence des grands jours, tant du côté du public que de la presse.
Philippe Houbé est le témoin surprise de ce procès, en cours depuis le 4 juin, son nom n'étant apparu qu'après l'évocation la semaine dernière par Jérôme Kerviel d'une machination dont il aurait été l'objet.
«Insulte à la justice»
L'ancien trader estime avoir servi de fusible à la Société Générale dans la crise des «subprimes» (crédits hypothécaires américains), considérant que ses supérieurs n'ignoraient rien de ses prises de positions spéculatives massives mais l'ont laissé faire à dessein.Jérôme Kerviel, 35 ans, a été condamné en première instance à trois ans de prison ferme et à des dommages et intérêts de 4,9 milliards d'euros, montant de la perte que lui impute la banque et dont il avait été jugé seul responsable.
«C'est un cas de conscience... J'ai connu l'injustice, je sais ce que c'est, je la supporte assez difficilement», a déclaré Philippe Houbé, costume gris sombre, muni d'un bloc dans lequel il a consigné les calculs et déductions qu'il a pu faire à l'étude du dossier.
Pour lui, la manière dont la Société Générale a présenté l'affaire Kerviel «insulte la profession, le bon sens et la justice». «C'est ce qui m'a déterminé» à contacter l'avocat de l'ancien trader, David Koubbi, et à venir témoigner, a-t-il dit.
Dans cette affaire, «les représentants de la direction n'ont pas assumé leurs responsabilités». Ils ont selon lui «sali» l'entreprise et son personnel «pour garder leurs postes et les avantages qui vont avec».
Pour lui, il est «impossible» que sa hiérarchie n'ait rien vu des prises de positions massives de Jérôme Kerviel, comme l'affirme la banque. «Des choses énormes soi-disant dissimulées par des petites bidouilles?», c'est impossible, a-t-il insisté.
Pertes alourdies
D'abord interrogé par Me Koubbi, Philippe Houbé a ensuite eu des échanges animés avec les avocats et la représentante de la Société Générale, Claire Dumas, à propos du «débouclage» des positions spéculatives de Jérôme Kerviel, en janvier 2008.
Selon lui, la banque a alourdi la perte imputée à Jérôme Kerviel, pour alléger ses propre pertes dues aux subprimes. Ce que la banque dément, et qu'a nié un chef trader entendu par la cour avant Philippe Houbé.
Ce trader, Maxime Kahn, 41 ans, a expliqué comment il avait débouclé (soldé) les positions prises par Jérôme Kerviel pour un montant «surréaliste», selon lui, de 50 milliards d'euros.
L'opération, a-t-il dit, devait rester «confidentielle». «Si le marché avait su que la Société Générale était en train de déboucler une position 'surnaturelle'», la banque n'était «plus solvable», elle aurait été confrontée à une «crise de liquidités» fatale, selon lui.
Maxime Kahn, responsable d'une équipe de traders à la Société Générale, a affirmé avoir débouclé ni plus, ni moins, que les 50 milliards de positions de Jérôme Kerviel. Il a en outre qualifié de «complètement délirante» la théorie du complot. La cour a prévu d'entendre Philippe Houbé et Maxime Kahn ensemble, à la reprise de l'audience. (afp/Newsnet)
Créé: 14.06.2012, 14h52
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