Tuerie de Toulouse
Les derniers sarcasmes de Mohamed Merah
Par Laureline Duvillard. Mis à jour le 09.07.2012
L'avocate de Merah s'étonne du timing choisi pour diffuser les extraits
L’avocate algérienne du père de Mohamed Merah, Maître Zahia Mokhtari s’est dite «étonnée par le timing choisi» par TF1. «Pourquoi les vidéos ne sont pas apparues plus tôt et pourquoi attendre la semaine où je dois me rendre en France pour les remettre à la justice pour diffuser cette vidéo?» s’est interrogée Me Zahia Mokhtari qui a estimé que «des personnes dans l’ombre s’agitaient».
La vidéo diffusée dimanche par TF1 «est une pièce de théâtre pour attirer l’attention et orienter l’opinion publique», a indiqué Me Zahia Mokhtari à l’AFP.
«Il y a une totale contradiction entre ce qui est dit dans la vidéo diffusée par TF1 et les vidéos en notre possession», a-t-elle ajouté.
L’avocate a par ailleurs précisé que «toutes information, vidéo ou (tout) document pouvant permettre de faire la lumière sur ce qui s’est passé sont les bienvenus.»
Me Zahia Mokhtari devrait se rendre le 12 juillet en France pour remettre à la justice française des preuves en sa possession, dont des vidéos qui auraient été filmées par le tueur.
La justice française a décidé d’ouvrir une enquête préliminaire pour violation du secret de l’instruction. La police des polices a été chargée de mener une enquête administrative et une enquête pénale sur la diffusion de ces enregistrements.
Source: AFP
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«Vous vous êtes complétement loupés parce que j'ai pu faire trois attaques, tuer plus de sept personnes et en blesser plusieurs.» Alors que Mohamed Merah est retranché dans sa salle de bains, il se gausse. Le tueur, amateur de mode «pour tromper l'ennemi», est satisfait. Et tant pis s'il crève sous les balles, il a réussi son coup. Malgré ses voyages suspects au Pakistan et en Afghanistan, il a réussi à déjouer les services de renseignement.
De cette «prouesse», il s'en vante à H., un policier du renseignement, déjà côtoyé en novembre 2011 ainsi qu'à un négociateur du RAID, comme le révèle Le Monde qui a eu accès aux retranscriptions du long échange entre les forces de l'ordre et Mohamed Merah. Une conversation dont TF1 a diffusé des extraits audio dimanche.
Attaque en solo
En donnant une image de Musulman modéré, limite je-m'en-foutiste, le jeune homme de 24 ans, «se faisait passer pour un touriste» et «a trompé son monde», comme le souligne son frère Abdelkader lors de sa garde à vue après la mort de Mohamed Merah. Un grand frère adepte de l'islamisme radical, soupçonné d'avoir insufflé l'amour du terrorisme à son cadet, et d'avoir joué un rôle de complice dans les assassinats du 11, 15 et 19 mars à Toulouse et Montauban.
Dans son ultime échange, le jeune homme assure pourtant avoir agi en solo. Lorsque les enquêteurs tentent de savoir si son grand frère était au courant de ses projets, le tueur affirme que son «objectif était d'attaquer en solitaire (...) afin d'être entiérement autonome.» Il évoque le rapport compliqué avec son aîné. «Tu sais très bien que moi et lui, c'est comme Tom et Jerry (...). Tout le temps on s'embrouille. Quand on se réconcilie, ça dure pas longtemps.»
Comme avec son frère, Mohamed Merah a joué au chat et à la souris avec les services de renseignement français, alors qu'il dit s'être fait arrêter en Israël, en Irak, en Algérie ou encore en Afghanistan. Lors de ses nombreux voyages, il a cherché «ses frères» et ses maîtres qui lui enseigneraient comment mener le djihad. Il les trouve, affirme-t-il, au Pakistan, en octobre 2011.
La formation de djihadiste
Pour parfaire sa «formation» il se rend ensuite dans le Nord-Waziristan à la frontière pakistano-afghane. A en croire ses déclarations, il y côtoie des personnes du monde entier venues parfaire leur cursus du parfait djihadiste.
«On m'a proposé des attaques en Amérique, au Canada, (...) de faire les bombes. J'ai pas voulu. (...) Les produits qu'il faut pour faire les bombes, c'est assez surveillé en France, (...) je risquais de me faire arrêter avant même d'avoir fait quelque chose.» Mohamed Merah veut pour sa part apprendre à tirer. Vœu exaucé. «Je suis pas un professionnel, j'ai reçu un petit entraînement.»
Ce manque de professionnalisme n'empêche pas le jeune homme de se comporter en froid assassin. Ni remords ni regrets pour les victimes. Mohamed Merah affirme dans cet échange avoir préparé ses meurtres dès son retour du Pakistan, fin 2011. Il se procure des armes et un gilet pare-balles. Comme il le déclare aux négociateurs, ne manquait plus que le scooter. «En roulant comme ça en voiture, j'ai vu le scooter avec les clés dessus. Je l'ai pris. Et ça, c'est un signe d'Allah. (...) J'ai commencé à récupérer mes armes qui étaient un peu à droite à gauche.»
Un froid assassin
L'argent pour tous ces préparatifs, il l'a gagné en conduisant les bandits façon «Drive». «On me payait pour aller d'un point à un autre». Et les contrats sont juteux, selon ses dires, le jeune homme a touché «un peu plus de 10'000 euros d'un coup.»
Une somme qui lui a permis de concrétiser ses macabres ambitions. Mais le tueur voulait encore aller plus loin, tuer plus de militaires «engagés en Afghanistan», «d’ennemis» juifs et de policiers. Le jeune homme voulait faire un carnage avant de mourir au volant d'une «voiture puissante».
«Ca aurait été chaud, y aurait eu des barrages, (...) j'aurais tapé au culot. Je serais rentré dans les petits commissariats et j'aurais canardé jusqu'à ce qu'on me tue.» Mohamed Merah prévoyait même de liquider son interlocuteur. Il déclare à H. «Si, crois-moi que j't'avais ciblé. (...) Mon but c'était de t'appeler, de te dire que j'avais le nom (du tueur) pour que tu viennes à moi et t'en aurais pris une en pleine tête.»
Exposer ses meurtres
Mais ce «sujet narcissique», comme l'avait qualifié une analyse psychologique en 2009 ne voulait pas seulement tuer. Il désirait aussi exposer ses crimes. «Il est là ton pote Sarko?», jette-t-il au policier. Avide de sang et de gloire lugubre Mohamed Merah affirme aux négociateurs avoir réalisé un montage vidéo de ses exécutions. Il espère qu'il tournera sur le net pour «motiver d'autres frères».
Durant l'échange, le tueur s'enquiert aussi du monde dans la rue. L'homme se veut un héros morbide. Après plus de 30 heures de négociations, et l'espoir d'arrêter Mohamed Merah vivant, les forces de l'ordre déchantent. Il ne se rendra finalement pas. Suite au refus du RAID de le mettre en communication avec sa mère, l'échange est rompu. «Y avait deux issues qui s'offraient à moi: soit la prison avec la tête haute, soit la mort avec un grand sourire...Comme j'ai le choix, je préfère opter pour la dernière lutte», avait-il déclaré auparavant. (Newsnet)
Créé: 09.07.2012, 16h22
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