La Une | Samedi 19 avril 2014 | Dernière mise à jour 21:08
Gel bancaire

«Moi, Christos Theodoulou, 35 ans, épargnant chypriote»

Par Marion Moussadek. Mis à jour le 19.03.2013 3 Commentaires

Le plan de sauvetage de Chypre décidé par la Troïka samedi à l'aube prévoit, en échange, la ponction derechef des comptes des épargnants chypriotes. Témoignage sur place.

1/19 Lundi, les Chypriotes sont descendus dans les rues pour manifester leur désaccord avec la décision (en cours) de l'Union européenne de se servir directement sur les comptes bancaires des résidents afin d'amortir le plan de sauvetage accordé à l'île.
Image: AFP

   

Les Chypriotes réagissent

De quelle Chypre parle-t-on?

L'île de Chypre est de facto coupée en deux: la République de Chypre, avec pour capitale Nicosie et pour président Nicos Anastasiades, interlocuteur de référence de l'UE; et la République turque de Chypre du nord, autoproclamée République indépendante par la Turquie (qui occupe militairement cette partie de l'île) et qui n'est reconnue au niveau international par aucun pays. Seul Ankara proclame cette entité indépendante.

En mai 2004, tout le territoire de Chypre intègre l'UE, aux côtés de 9 autres pays. Mais en réalité, l'UE s'adresse uniquement à Nicosie et ferme les yeux sur l'hermétisme effectif entre nord et sud, symbolisé par la ligne verte.

Dans les faits, l'île est donc quand même coupée en deux. Cela se traduit par exemple par la circulation de la monnaie qui n'est pas l'euro, mais la livre turque. Juridiquement, «l'acquis communautaire» (voir définition vidéo ci-dessous) est «suspendu» dans le nord de l'île, soit 37% du territoire et 260'000 personnes (sur un total de 885'000 habitants).



Résultat: «les sanctions européennes qui pèsent actuellement sur Chypre sont censées être appliquées sur tout le territoire mais ne concernent de facto que le sud de l'île, qui fonctionne en euros», explique Miroslav Jovanovic, professeur à l'institut européen spécialisé dans les questions économiques.

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Vous avez 20'000 euros en banque? Dès demain, vous n'en aurez que 18'650. Vous avez plus; 100'000 euros? Demain, il ne vous en restera plus que 90'100. Ainsi en a décidé, pour l'heure, la troïka – Union européenne (UE), Banque centrale européenne (BCE) et Fonds monétaire international (FMI) – qui, en échange de cette ponction sur tous les comptes des épargnants chypriotes sans distinction d'âge ni de situation, promet de mettre 10 milliards sur la table pour que le secteur bancaire chypriote sorte la tête de l'eau.

Cette décision inédite, qui consiste en une taxe exceptionnelle sur les dépôts bancaires de 6,75% pour une épargne de 20'000 (25'000 francs environ) à 100'000 euros, et de 9,9% dès 100'000 euros (123'000 francs environ), a pris de court les Chypriotes qui se sont rués sur leurs banques dès samedi matin. Mais ont trouvé portes closes. Sozos-Christos Theodoulou, habitant de Larnaca, père de deux enfants en bas âge, diplômé de l'Université de Genève, président de l'association Chypre-Suisse, raconte -dans un français impeccable- l'ambiance qui règne sur la petite île.

24 heures – Monsieur Theodoulou, comment réagissent les Chypriotes depuis samedi?

Christos Theodoulou – Samedi matin, les gens étaient paniqués. Dès l'ouverture des banques, ils se sont précipités. Ils ne s'attendaient pas à ça, le gouvernement avait promis l'inverse. Il y avait la queue devant les banques. Mais les banques sont restées fermées samedi, hier dimanche et aujourd'hui encore car c'est férié. Dès samedi, il y avait une affichette indiquant «la fermeture exceptionnelle». La banque centrale de Chypre a donné directement l'ordre de fermeture aux banques commerciales. On suppose que le gouvernement essaie de gagner du temps.

Personne n'a pu retirer de l'argent?

Les premiers arrivés ont retiré tout l'argent possible et très vite, sur tous les bancomats de l'île, il y a eu une affichette indiquant qu'il n'y avait pas d'argent disponible. Les bancomats étaient vidés. Je n'ai pas même pu utiliser mon système de e-banking, tout est grisé. Impossible de faire le moindre transfert, d'accéder à quoique ce soit. Tout est bloqué. Absolument tout.

Comment vivez-vous, sans argent liquide, depuis 3 jours et sans doute jusqu'à après-demain au moins?

Nous payons tout par carte de crédit. Mais les cartes de crédit sont limitées. Or, c'est le début du carême en plus, aujourd'hui, 50 jours avant Pâques. C'est la fête. Il nous faut acheter du poisson, du tzatziki (yaourt aux concombres), de la purée d'ail, des olives vertes, de l'humus, des dips (soupe à l'avocat). On nous étrangle. C'est incroyable! C'est complètement illégal. On nous gèle nos comptes comme si nous étions des criminels! Cela pose tout un tas de questions juridiques.

Comment qualifieriez-vous votre état d'esprit aujourd'hui?

C'est un choc. Mais avant tout, je suis déçu. Déçu de l'Union européenne. Déçu de nos politiciens qui n'ont pas su mieux négocier. Déçu aussi de mes compatriotes qui, pour beaucoup, ont vécu bien au-dessus de leurs moyens et ont mis notre système bancaire en péril. Ils ont de grandes maisons, des grosses voitures, connaissent untel ou untel dans leur banque qui a fermé les yeux sur les conditions d'octroi du prêt, et voilà où ça nous mène!

Les coupables que vous désignez ne vont, eux, pas payer?

Le pire, c'est ça! C'est que les irresponsables qui ont vécu au-dessus de leurs moyens et nous mènent là où on en est aujourd'hui, sont débiteurs. Ce ne sont pas ceux-là dont on va ponctionner l'épargne; ils n'en ont pas! Par contre, ma femme et moi qui économisions depuis longtemps de manière rationnelle pour pouvoir nous acheter une maison sans faire appel à un gros crédit, oui, nous allons être sanctionnés! C'est in-croya-ble!

La décision n'est pas encore tout à fait avalisée. La Banque centrale européenne a ouvert la porte, ce lundi, à des amendements qui permettraient d'assouplir le plan prévu.

Le mal est fait! Même si cette décision n'était finalement pas approuvée, le mal psychologique est là. On s'attend donc à une levée massive d'argent de Chypre vers l'étranger.

Et vous-même, qu'allez-vous faire avec votre épargne? En placer une partie en Suisse?

Vous savez, étant donné que j'ai vécu 7 ans en Suisse, j'ai déjà reçu pas mal de coups de fil me demandant des conseils. Des cousins, des amis, m'appellent pour savoir ce qu'ils ont de mieux à faire avec leur argent, dès que les banques rouvriront. Je suis moi-même partagé. Car si on retire tous notre argent, l'économie du pays va s'effondrer. Je ne veux pas laisser tomber mon pays. Mais je ne veux pas exposer ma famille non plus. Pour bien faire, il ne faudrait pas réagir de manière impulsive, et parvenir à une solution du juste milieu. Je prendrai ma décision dans les jours à venir, de concert avec ma famille. Vous savez, on est du Sud, je ne ferai rien sans l'aval de mon cercle familial. (Newsnet)

Créé: 19.03.2013, 14h39

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3 Commentaires

Raymond Jean

19.03.2013, 08:00 Heures
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Rien ne vaut l'or sous son matelas. Un tabou est brisé, plus aucun compte en banque n'est à l'abri. Les banques vont se vider comme les églises. On va pouvoir ouvrir un nouveau Loft en plein Saint-François. Répondre


eric parisod

21.03.2013, 03:54 Heures
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Si Chypre n'était pas membre de l'UE, elle devrait s'adresser au seul FMI qui aurait des exigences probablement plus drastiques. Le Gouvernement peut adapter les conditions envisagées pourvu qu'il arrive au montant demandé. Que l'ont prélève une taxe sur des capitaux dont les détenteurs ont largement profité de la fiscalité de ce paradis ne me choque pas. Ce sont les risques du métier (fraudeur). Répondre



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