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Belgique

La complice de Dutroux trouble la paix d'un couvent

Par Sandrine Perroud. Mis à jour le 20.08.2012

Les religieuses prêtes à accueillir Michelle Martin à sa libération conditionnelle ont vu leur vie paisible basculer face à l'indignation et la virulence d'une partie de l'opinion publique belge.

1/6 Michelle Martin, photographiée le 22 avril 2004 lors du procès de Marc Dutroux.
Image: AFP

   

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Qui sont les clarrisses? (RTBF)

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Rien n'est plus comme avant pour les onze soeurs clarisses de Malonne, petite bourgade située près de Namur. Les médias belges ne cessent de faire l'écho de l'enfer qu'elles traversent depuis plus d’un mois.

Le couvent a accepté fin juillet d’accueillir en ses murs Michelle Martin, ex-femme et complice du pédophile Marc Dutroux. La Cour de Cassation doit se prononcer en faveur de sa mise en liberté conditionnelle le 28 août prochain. Ne dépendant pas d’un évêché, les religieuses, qui ont fait vœu de pauvreté et de charité, ont donc voté entre elles d'offrir l'hospitalité à Michelle Martin. Une décision qui suscite l'incompréhension scandalisée d'une bonne partie de la Belgique.

Car depuis leur annonce, les manifestations à Bruxelles, mais aussi près du couvent des Clarisses s’enchaînent. Les protestataires exigent une réforme-expresse de la justice pour que l'ex-femme de Marc Dutroux reste derrière les barreaux jusqu’à la fin de sa peine. Hier, ils étaient 5000 dans la capitale belge à scander dans la rue : «Dutroux. Martin. Assassin!».

«Faits horribles»

Harcelées par les médias, les religieuses ont tenté de crever l’abcès en diffusant rapidement un communiqué le 31 juillet. Et en adressant une lettre au père de l’une des victimes du pédophile. Ces documents soulignent «la différence» entre leur accueil de Michelle Martin et «une quelconque approbation des faits horribles» qu’elle a commis. Les Clarisses ont aussi précisé que la complice de Marc Dutroux ne vivra pas au sein de leur communauté, mais dans un logement à part.

Parlant de «mission», le communiqué des sœurs interroge également l’opinion publique: «Que serait un monde qui boucherait absolument l’avenir de ceux et celles qui ont dérapé dans la vie?». Pas sûr que le terme de «dérapage» corresponde à ce que pense la majorité des Belges sur les actes de la complice de Marc Dutroux, s’interroge à son tour RTL.be.

Tags et courriers

La preuve: le couvent a été recouvert de tags hostiles, comme en témoigne un reportage photos du quotidien SudPresse. Des courriers injurieux sont quotidiennement adressés aux onze religieuses. Au point que la police a décidé de mettre en place un dispositif de surveillance autour de la bâtisse lors de manifestations, et d'y garder un œil attentif le reste du temps.

«Les sœurs ne s’attendaient pas à tant de hargne, même si, comme moi, elles comprennent l’émoi que cette annonce suscite», a témoigné dans La Libre Belgique le bourgemestre de Malonne, familier de la communauté. «Il faut voir, en tout cas, le contenu de certains courriels qui leur sont adressés. Il y a de quoi perturber les cœurs les plus solides».

Le coût de la surveillance du couvent, évalué à 300'000 euros par mois, est un autre sujet de débat dans cette affaire. Personne ne veut régler la facture, la police fédérale la renvoyant à la police régionale qui refuse à son tour de payer… Enfin, les sœurs sont accusées par la partie civile de pratiquer le travail au noir, car elles comptent échanger leur gîte et le couvert contre de menus services, rapporte Rue89.

Droits des condamnés

Au final, outre quelques membres de l’Eglise, seuls les représentants de la justice semblent prendre la défense des religieuses. Dans une lettre publique, l’Association syndicale des magistrats (ASM) a défendu samedi le principe de la liberté conditionnelle. Pour elle, la loi n’a pas à être modifiée, elle a simplement ses limites, rapporte le quotidien belge Le Soir. Le texte déclare que jamais la justice ne pourra «apaiser le sentiment d’horreur ni réparer les souffrances subies par les victimes» et rappelle que les condamnés ont des droits, dont celui de se réinsérer dans la société. Des droits «sans lesquels il n’y a pas de dignité humaine».

Décision très attendue

Agée de 52 ans, Michelle Martin, ancienne institutrice, avait été reconnue coupable d'avoir séquestré plusieurs des victimes du pédophile Marc Dutroux et d'avoir laissé mourir de faim deux d'entre elles.

Condamnée à 30 ans de prison, elle a aujourd'hui déjà purgé un peu plus de la moitié de sa peine (16 ans). Michelle Martin a rencontré les sœurs clarisses en prison, où les religieuses lui rendent visite depuis 11 ans.

(Newsnet)

Créé: 20.08.2012, 11h41

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