Qui a bombardé le camp des opposants iraniens en Irak?

RépressionLe camp des Moudjahidines du peuple, opposants iraniens en exil a été visé par des roquettes la nuit dernière

L'attaque a eu lieu alors que l'Iran prend part pour la première fois à la table des négociations sur la Syrie, tenues en ce moment à Vienne.

L'attaque a eu lieu alors que l'Iran prend part pour la première fois à la table des négociations sur la Syrie, tenues en ce moment à Vienne. Image: Joe Klamar/AFP

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Qui a tiré des roquettes, la nuit dernière, sur le camp Liberty, une ancienne base américaine en banlieue de Bagdad, qui abrite aujourd'hui des centaines d'opposants iraniens des Moudjahidines du peuple, tuant 23 personnes selon eux? Pour l'organisation dirigée par Maryam Radhavi, cela ne fait aucun doute, les roquettes sont des Katiouchas et des Falaq, produites en Iran. Quatre-vingt engins ont été tirés, lors de la pire attaque jamais subies par les opposants en exil, déjà visés dans le passé par des commandos à la solde du régime de Téhéran, dans un Irak à majorité chiite qui s'est rapproché de l'Iran.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a condamné fermement l'attaque, assurant que les Etats-Unis restent déterminés à assister le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) pour transférer les résidents du camp dans un endroit sûr et permanent hors d'Irak. «C'est un acte déplorable», commentait Antonio Guterres, le patron du HCR. Les forces de sécurité irakiennes ont annoncé avoir ouvert une enquête. Selon Bagdad, le camp n'était pas nécessairement la cible de l'attaque, et deux membres des forces de sécurité irakiennes ont été blessés. Le nombre de tués n'a pas été confirmé.

Alors que l'Iran s'est assis pour la première fois à la table des négociations sur la Syrie et que l'accord sur le nucléaire va rétablir les relations commerciales des puissances occidentales avec Téhéran, les Moudjahidines du peuple sont révoltés par la realpolitik des Américains et des Européens, qui leur fait «fermer les yeux sur les crimes du régime des mollahs». Les témoignages de leurs membres, emprisonnés récemment en Iran, viennent contredire l'image de l'actuel président iranien, Hassan Rohani, présenté comme plus modéré que ses prédécesseurs.

Farzad Madadzadeh, 30 ans, a été emprisonné en Iran entre 2009 et 2014. Il a été arrêté en février, avant l'insurrection verte de 2009, le soulèvement post-électoral sév-rement réprimé en Iran. Joint par 24 heures, cet activiste des Moudjahidins du peuple, libéré l'an dernier, a quitté secrètement son pays pour un exil en Europe. Deux de ses frères et sœurs ont été tués en 2011, lors d'une attaque du camp d'Achraf, où se trouvaient les opposants iraniens avant le camp Liberty.

Rohani, le renard violet, est un dictateur
«J'étais totalement isolé dans une cellule de 1,5 x 2 mètres, sans rien d'autre qu'un simple tapis. Dès le premier jour de mon incarcération dans la prison d'Evin à Téhéran, on m'a dit que la nuit suivante serait la dernière avant mon exécution. J'avais les yeux bandés, lors d'interrogatoires qui duraient toute la journée. J'étais battu et torturé psychologiquement par des agents des services secrets. Mes tortionnaires ont aussi voulu m'obliger à témoigner à la télévision contre les manifestants alors que j'avais été arrêté avant. Un jour, leur chef m'a dit, tu seras condamné à cinq ans de prison. C'est exactement ce qui est arrivé. Parler de justice indépendante en Iran est une plaisanterie», témoigne-t-il.

Lors des neuf premiers mois de la présidence Rohani, Farzad était encore en prison. «Les conditions de détention ont empiré sous Rohani. Dans la prison de Karaj où j'ai été transféré, les prisonniers pouvaient voir un médecin s'ils avaient des soucis de santé. Après son élection, ce n'était plus possible. Et ces deux dernières années, il y a eu un surcroît d'arrestations d'activistes et le rythme des exécutions s'est accéléré. En Iran, les gens appelle Rohani le renard violet, c'est un dictateur», conclut-il.

«Pas de nouvelles de mes parents arrêtés»
Saqayeeq Azimi a 22 ans. Elle est depuis octobre 2014 réfugiée en Finlande. Elle et sa soeur aînée Niloufar sont membres des Moudjahidines. Elles étaient toutes deux dans les camps d'Achraf, puis Liberty. En octobre 2011, leurs parents ont été arrêtés chez eux par des agents des services iraniens. Sa mère, Fatemej Ziaei, a fait huit ans de prison, et a été arrêté pour la troisième fois en 2009 après avoir rendu visite à sa famille à Achraf.

Son père a été interpellé en 2011 alors qu'il était allé filmer la cérémonie d'hommage à sa nièce au camp d'Achraf, tuée lors de l'attaque du camp par des forces irakiennes. «Je n'ai aucune nouvelles d'eux depuis octobre 2011. Je ne sais même pas où ils sont. Je suis très inquiète pour ma mère qui est très malade. J'ai écrit des lettres aux autorités pour savoir ce que mes parents sont devenus. Sans réponse. Je demande leur libération et celle de tous les prisonniers politiques», explique la jeune femme. Elle non plus ne comprend pas pourquoi les Européens peuvent négocier avec un régime meurtrier et ne condamnent pas plus fermement le non-respect des droits de l'homme par le régime des mollah. (24 heures)

Créé: 30.10.2015, 17h13

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