Les «Panama Papers» rattrapent Almodóvar

Festival de Cannes Alors que son film «Julieta» concourt à Cannes, le cinéaste madrilène a dû répondre à des questions embarrassantes

Pedro Almodovar à la conférence de presse pour «Julieta», devant un parterre de journalistes curieux.

Pedro Almodovar à la conférence de presse pour «Julieta», devant un parterre de journalistes curieux. Image: EPA/JULIEN WARNAND

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L’affaire des Panama Papers a contrarié la sortie du dernier Almodóvar en Espagne. Au point que Julieta a essuyé un échec relatif dans son pays. Dans la foulée, l’annonce de sa sélection en compétition à Cannes a ravivé la polémique. Le cinéaste madrilène a d’abord fait savoir qu’il annulait toute la promotion de son film. Mais pour pallier un retour de bâton du côté des entrées dans les autres pays, il a quand même daigné accorder quelques entretiens. Au compte-gouttes.

Et bien sûr, il n’a pas pu non plus se soustraire à la rituelle conférence de presse ayant suivi la première projection de son film lundi. C’est dans une ambiance plutôt tendue qu’elle s’est déroulée. Alors que le modérateur avait intimé aux journalistes de ne s’en tenir qu’à des questions sur le film, le réalisateur a quand même été interrogé sur l’affaire et les vastes opérations d’évasion fiscale qu’elle recouvre. Réponse sibylline de sa part: «Mon nom ainsi que celui de mon frère sont les moins importants à être cités dans les Panama Papers. Si c’était un film, nous ne serions même pas au générique. Pourtant, la presse espagnole nous traite comme les personnages principaux. On ne sait pas de quoi il s’agit et il n’y a pas eu d’enquête.» Son intervention a malgré tout détendu l’atmosphère et valu des applaudissements à l’auteur, mine contrite incluse.

Portraits de femmes

Mais en dehors de la polémique, il y a le film, qu’il ne faut évidemment pas oublier. Almodóvar, déjà venu plusieurs fois en compétition à Cannes, récompensé en 2000 pour Tout sur ma mère et en 2006 pour Volver, n’a jamais remporté la Palme. Julieta ne devrait pas inverser la tendance, ne serait-ce que parce que le niveau du reste de la compétition est cette année très au-dessus de la moyenne. Dans ce style qu’il a érigé en signature – plans au cordeau et souvent à mi-hauteur des comédiens, image soignée, économie des mouvements de caméra et ambiance influencée par les romans-photos (on appelait ça la movida à ses débuts) –, Almodóvar se lance à nouveau dans ces portraits de femmes dont il a le secret. Ici Julieta (Emma Suarez), quinquagénaire s’apprêtant à quitter Madrid pour toujours, lorsqu’une rencontre fortuite avec Beatriz, amie d’enfance de sa fille, la pousse à changer ses plans.

Constantes d’une œuvre

On apprend très vite que la fille de Julieta l’a abandonnée depuis des années et surtout qu’elle vit toujours, quelque part en Suisse. Dès lors, Julieta nourrit l’espoir de la retrouver, de la revoir. Le film fait s’entrelacer plusieurs strates temporelles et confronte son héroïne à ses souvenirs, tout en distillant quelques révélations dissipant le mystère entourant ce cursus familial.

Elégant et racé, Julieta pourrait se définir comme un Almodóvar standard. La gravité du thème, la légèreté avec lequel celui-ci est traité, l’omniprésence des figures matriarcales et des femmes en général sont autant de constantes d’une œuvre dont l’esthétisme affirmé ne doit pas pour autant masquer l’aspect subversif. Il y a dans Julieta un mélange de cruauté et de tendresse symptomatique du cinéma du Madrilène. Mais on a malgré tout le sentiment que le film reste à la surface de ce qu’il pourrait être. Même si le récit s’abandonne dans quelques volutes digressives bienvenues, il flirte trop souvent avec un premier degré bienveillant et facile. Reste le plaisir d’une mise en scène fidèle à elle-même, c’est-à-dire fluide et généreuse, et de beaux numéros d’actrices. A voir dès aujourd’hui en salles.

«Julieta» Dès le 18 mai, Cinerama Empire, Les Scala, Pathé Balexert, Archamps Gaumont

(24 heures)

Créé: 18.05.2016, 08h30

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