Des Polonais s’élèvent contre la remise en cause de l’indépendance de la justice

EuropeLe PiS poursuit sa mise sous tutelle des juges. L’opposition a manifesté dimanche. Ce mardi, un nouveau texte sera voté.

Déjà en mai dernier, les Polonais avaient manifesté contre le pouvoir conservateur et la défense des libertés constitutionnelles.

Déjà en mai dernier, les Polonais avaient manifesté contre le pouvoir conservateur et la défense des libertés constitutionnelles. Image: Reuters

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Jusque tard dans la nuit de dimanche à lundi, des milliers de Polonais ont manifesté à Varsovie et dans d’autres villes du pays pour protester contre la réforme de la justice votée samedi par le Sénat. Les opposants à une mise sous tutelle politique de la justice par le parti national conservateur Droit et justice (PiS) ont formé un cortège de bougies dans la nuit depuis le parlement jusqu’au siège de la Cour suprême. Pour eux, la séparation des pouvoirs, constitutive de la démocratie, est comme une flamme qui vacille dans la nuit.

Le ministre de la Justice pourra désormais nommer ou démettre tous les présidents de tribunaux. Le Conseil national de la magistrature sera dissous et de nouveaux membres seront désignés par le parlement à la majorité. Enfin, ce mardi, un nouveau texte mis au vote doit permettre au ministre le renvoi en retraite anticipée de juges de la Cour suprême, un organe qui valide les élections et les comptes de campagne des partis.

«Si ces lois venaient à être signées par le président de la République, elles mettraient fin à l’Etat de droit en Pologne», a commenté Marek Safjan, ancien président du tribunal constitutionnel polonais, interrogé par Le Monde. «Ces lois marquent la politisation absolue et l’appropriation par un parti politique de tous les tribunaux du pays, toutes instances confondues», juge Waldemar Zurek, actuel porte-parole du Conseil national de la magistrature, dans le même journal.

Mercredi, la Commission européenne, qui a enclenché une procédure inédite «pour non-respect de l’Etat de droit» en janvier, doit examiner cette nouvelle réforme. Mais jusqu’ici, les admonestations de Bruxelles n’ont pas fait reculer le parti populiste au pouvoir. «Cette menace reste actuellement un tigre de papier: l’unanimité requise ne serait pas atteinte à cause du veto annoncé par la Hongrie», écrit le journal allemand Tagesspiegel, qui estime que «depuis la création de l’UE, la Pologne, notre voisin, n’a peut-être jamais été aussi loin de nous».

Le ministre de la Justice, Zbigniew Ziobro, lui, dénonçait le corporatisme des juges. Et la députée du PiS Krystyna Pawlowicz estimait que, dimanche, «les communistes et les postcommunistes (ndlr: l’opposition libérale) sont devenus fous de rage parce qu’ils ont perdu le pouvoir. Une fois de plus, ils ont montré devant le Sejm (ndlr: la chambre basse du parlement polonais) leur visage de traîtres antidémocratiques et leur culture de la barbarie».

(24 heures)

Créé: 17.07.2017, 18h16

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