Arts martiaux
Le dernier ninja du Japon
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Lorsqu'un lui demande s'il est vraiment le dernier guerrier ninja du Japon, il répond «oui, je pense qu'on peut m'appeler comme ça» avec une fierté tout en maîtrise.
Jinichi Kawakami est le 21e chef du clan Ban. Il devrait ne pas en avoir de 22e: «il n'y a probablement personne d'autre qui ait appris l'art des ninjas» selon les préceptes des maîtres édictés il y a plusieurs siècles, explique le maître ninja.
Jinichi Kawakami ne disparaîtra pas toutefois sans trace. Il dispose de son musée personnel consacré à ces mystérieux guerriers dans la ville de Iga. Cette cité entourée de montagnes, située à environ 350 km au sud-ouest de Tokyo et tout près de l'ancienne capitale impériale Kyoto, est considérée comme le berceau de la tradition.
Un musée pour seul héritage
Sanglé dans un kimono tout simple, ce paisible retraité à l'imposante masse de cheveux noire ne ressemble en rien à l'image cinématographique des silhouettes noires bondissantes qui disparaissent comme par magie dans une nuage de fumée, après avoir lancé quelques mortelles étoiles d'acier.
21ème chef du clan, Jinichi Kawakami sait bien que ces ninjas-là n'existent plus. Mais il entend perpétuer leur esprit et leurs techniques, quand ils combattaient pour leurs seigneurs samouraïs dans le Japon médiéval. Avec certaines limites. «Il nous est désormais interdit par exemple tuer ou empoisonner. Et même si on suit les instructions pour fabriquer du poison, on ne va pas l'essayer», explique-il à l'AFP.
Difficile de savoir s'il le regrette ou non, tant il est impassible. Tout, en tout cas, invite le visiteur à se laisser emporter dans la fantasmagorie des hommes en noir, à commencer par les portiques de bois rouges qui mènent à un petit sanctuaire shinto proche de son musée, perché en haut d'une colline et pas loin non plus d'un château médiéval datant de 1585.
Depuis l'âge de 6 ans
Les ninjas ont pour la première fois croisé la route de Jinichi Kawakami quand il n'avait que six ans. Ils ne l'ont jamais quitté depuis, même si 57 ans plus tard il n'a qu'un vague souvenir de son maître Masazo Ishida, dont il a hérité le titre. Il garde tout de même l'image d'un homme habillé en moine bouddhiste.
Jinichi Kawakami se décrit lui-même comme «un garçon étrange». Quand il était petit, on ne faisait pas trop attention quand il se livrait à ses pratiques bizarres. «Je faisais des exercices mais je ne savais pas en fait ce que je faisais.
Ce n'est que bien plus tard que j'ai compris que je pratiquais le ninjutsu», l'art des ninjas qui combine des exercices physiques et mentaux, mais aussi l'étude de la chimie, la météorologie et la psychologie. «Pour moi le ninjutsu c'est une technique globale de survie».
Entendre le bruit d'une aiguille qui tombe
Au départ cela s'apparentait plus à un art de la guerre centré sur l'espionnage, les techniques de guérilla et comment échapper à la mort, raconte Jinichi Kawakami. «Il est possible d'y échapper en se perchant sur le cil de votre ennemi, ce qui signifie que vous êtes tellement près de lui qu'il ne peut vous voir».
«Pour la concentration, je regardais la mèche d'une bougie jusqu'à ce que j'ai l'impression d'être à l'intérieur de la bougie. Ou alors je m'entraînais à écouter le son d'une minuscule aiguille qui tombe par terre».
Alors le «garçon étrange» a escaladé des murs, sauté de haut, a appris à mélanger des produits explosifs, s'est imposé le froid, le chaud, la faim et la souffrance physique... «C'était dur, douloureux, pas drôle, je ne me demandais pas pourquoi je faisais ça. Cela faisait partie de ma vie».
Aujourd'hui inadaptés
A 19 ans, il hérite du titre de maître et reçoit des parchemins secrets mais aussi des outils spéciaux. Certains de ces objets sont exposés dans les quelques salles de son musée.
Parallèlement à ses entraînements, Jinichi Kawakami a récemment entrepris des recherches sur les ninjas à l'Université publique de Mie (centre-ouest). Et quand il n'étudie pas, il fait visiter son musée-passion et continue à inlassablement exercer son corps et son esprit de dernier ninja. Avec un brin de tristesse lucide dans son regard. Car pour lui, «les ninjas ne sont pas adaptés au monde moderne». (AFP/Newsnet)
Créé: 16.08.2012, 12h21
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